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Bloc-Notes de la semaine du 23 au 29 novembre 2015

- Bulletins de notes – Changer les maths- Et le Collège ? -


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Même si l’actualité “normale a du mal à retrouver son souffle, on peut trouver dans la semaine qui vient de s’écouler des informations qui nous éloignent des suites du drame et nous ramènent à des débats classiques et actuels. C’est le cas avec la publication du rapport de l’OCDE “Regards sur l’Éducation 2015” et les recommandations du CNESCO sur l’enseignement du calcul et des mathématiques. C’est aussi le cas avec la polémique sur la réforme du Collège 2016 qui reprend mais sans beaucoup d’échos dans la Presse.

Bulletin de notes de la France
La publication mardi 24 novembre dernier par l’OCDE, de “Regards sur l’Éducation 2015” a donné l’occasion de reparler de l’éducation sous un autre angle que celui des attentats. D’autant plus que cette publication est particulièrement riche et offre plusieurs angles aux commentateurs. Le magazine Challenges en offre un résumé rapide pour ceux qui ne veulent pas en lire l’intégralité. D’autres articles développent un aspect ou l’autre de ce rapport qui est une sorte de “bulletin de notes” de l’École Française.
Commençons par un apparent paradoxe. La France dépense plus que la plupart des pays riches pour ses maternelles. Elle y consacre quelque 0,7% de sa richesse nationale, contre 0,6% dans les autres pays de l’OCDE. Mais, surprise, la dépense par enfant y est plus faible qu’ailleurs, de l’ordre de 6.545 euros contre une moyenne de 7.520 euros pour ses homologues de l’OCDE. Explication : la quasi-totalité des petits Français de 3 ans sont scolarisés, contre moins de trois quart dans les autres pays de l’OCDE, ce qui fait grimper la facture finale. Ce focus sur la maternelle permet de mettre en avant cette spécificité française que beaucoup de voisins nous envient. Le même jour que la publication du rapport se tenait d’ailleurs un colloque organisé par le SNUipp où était rendu public un sondage montrant que 85 % des Français – et 79 % des enseignants – estiment que la « première école » fonctionne plutôt bien et mieux que par le passé. Un colloque qui a aussi permis de dire que les professionnels trouvaient les nouveaux programmes « plus équilibrés, plus lisibles et plus opérationnels ».
L’autre gros morceau du rapport de l’OCDE, abondamment repris, est la question du temps des apprentissages. On nous confirme que l’école primaire française est celle du monde où les enseignements sont les plus concentrés. Les élèves n’ont que 162 jours de cours par an, contre 185 dans les autres pays riches. Ils étudient plus que les autres avec 864 heures de cours par an en primaire, contre 804 heures en moyenne dans les autres pays de l’OCDE, et 991 heures au collège, contre 916 heures. Contrairement aux idées reçues, les enseignements de base (appelés aussi “fondamentaux”) occupent une place centrale. Quelque 37% du temps d’instruction en primaire est consacré à la lecture et l’écriture, soit le taux le plus élevé des pays riches !
Mais pour quel résultat ? Jean-Marc Vittori, éditorialiste des Échos résume la situation en quelques phrases chocs : “Les écoliers français travaillent. Ils travaillent même beaucoup. Mais les résultats ne sont pas au rendez-vous. […] Les jeunes passent plus de temps à l’école en France que dans la plupart des pays avancés. Et ils consacrent 58 % de ce temps à apprendre à lire, à écrire et à compter, la proportion la plus élevée de tous les pays de l’OCDE où la moyenne est de 37 %. Jusque là, tout semble aller bien, car il y a une excellente raison à cet effort : la maîtrise des mots et des chiffres est au fondement de l’éducation. […] Sauf que cet effort est vain. Malgré ces centaines d’heures supplémentaires sur les bancs de l’école pour consolider les « apprentissages fondamentaux », les Français ont des résultats à peine dans la moyenne dans les comparaisons internationales de niveau en littératie et numératie. Et ces résultats sont particulièrement dispersés . En bon français, on dirait que l’école française n’est pas efficace. Mais en France, on n’aime pas accoler ces deux mots. Quitte à se rassurer en constatant que les meilleurs sont toujours excellents. C’est une erreur dramatique. A l’ère numérique, il faut mobiliser tous les talents, et plus seulement ceux d’une petite élite. ”. Il faut rajouter à cela, le constat, là aussi déjà connu, que nous livre l’OCDE : la France ne dépense pas assez pour le Primaire.
La France ne dépense pas non plus assez pour ses profs. Là aussi, ce n’est pas un scoop. L’OCDE a déjà donné de nombreuses statistiques en ce sens. Même si la rémunération des profs du secondaire est proche de la moyenne de l’OCDE, c’est le salaire des enseignants du primaire qui est insuffisant. Ceux-ci touchent des rémunérations inférieures de 12% par rapport aux enseignants des autres pays. Alors qu’aujourd’hui en France, le niveau de recrutement est le même que pour le secondaire, cet écart est encore plus insupportable et même scandaleux.

Changer les maths
Les 12 et 13 novembre à Paris se tenait une conférence de consensus sur la numération organisée par le Conseil national d’évaluation du système scolaire (Cnesco). Jeudi 26 novembre, l’organisme a présenté ses conclusions pour améliorer l’enseignement des maths dans les petites classes.
Alors qu’à ce jour, 40 % des élèves quittent le primaire avec des lacunes, voire de graves difficultés dans cette matière, l’instance née de la loi de refondation de l’école préconise une évolution des pratiques quotidiennes des enseignants. Pour aider les enfants à se représenter les nombres, les professeurs d’élémentaire sont ainsi invités, comme le font ceux de maternelle, à recourir à la « manipulation » d’objets et à “donner du sens” aux nombres . De même les élèves doivent d’abord être capables d’exprimer les nombres à l’oral avant d’apprendre à les écrire. Ce qui, au passage, est plus difficile en français “de France” où on dit soixante-dix au lieu de septante... Enfin, le jury suggère que les enseignants doivent s’allier aux parents en les encourageant à proposer à leurs enfants des situations ludiques d’apprentissage. Enfin, le Cnesco insiste aussi sur la nécessité de mieux intégrer les résultats de la recherche dans les programmes. Il accorde aussi une grande attention à la formation initiale des enseignants du premier degré. De fait, 80 % des professeurs des écoles sont plutôt de formation littéraire et n’ont pas suivi de cursus scientifique dans l’enseignement supérieur.
Signalons pour clore ce chapitre un article de Louise Tourret dans Slate.fr où, en s’appuyant sur les travaux du CNESCO, elle donne “quelques trucs à savoir avant de décréter que vous êtes nul en maths ”. Un vrai article de vulgarisation utile d’abord aux parents mais aussi aux enseignants !

Et le collège ?
Après sa parution au journal officiel le 24 novembre, cette semaine a vu aussi la publication au Bulletin officiel spécial n°11 du 26 novembre 2015 des Programmes d’enseignement du cycle des apprentissages fondamentaux (cycle 2), du cycle de consolidation (cycle 3 : CM1, CM2, 6ème ) et du cycle des approfondissements (cycle 4 : 5ème, 4ème, 3ème). Ce sont donc tous les programmes du CP à la troisième qui se trouvent modifiés à la suite des travaux du CSP et de la consultation qui a suivi.
Même si la question des programmes n’est pas au cœur de la contestation, cela nous amène à prendre des nouvelles de la réforme du Collège. Au grand dam des opposants, les actions de lutte contre cette réforme ne font plus les gros titres de la Presse. On évoque, ici ou là dans la presse régionale, quelques actions mais peu d’articles dans la presse nationale. L’action du SNALC appelant à contourner la réforme est évoquée dans le Café Pédagogique. Son rédacteur en chef remarque que pour “abroger la réforme de l’intérieur” (comme le dit le tract syndical), il va falloir que le syndicat entre dans le jeu de la réforme en participant aux conseils pédagogiques honnis jusque là et entrouvant des appuis au sein du conseil d’administration.
L’action concurrente “GrainS de sable” du SNES-FSU visant à bloquer et perturber les formations trouve peu d’écho en dehors de la presse syndicale et des réseaux sociaux. Du coup, certains font feu de tout bois... Ainsi un responSable du SNES-Marseille a répondu favorablement à une interview du polémiste de plus en plus d’extrême droite Jean-Paul Brighelli dans son blog hébergé par Le Point . Celui-ci insiste en préambule sur leur convergence de vues.
Cette initiative n’est pas sans poser des questions à un certain nombre de militants sincèrement opposés à la réforme du collège mais inquiets de ces dérapages. Quand les digues sautent, les grainS de sable risquent d’être balayés...

Bonne Lecture...

Philippe Watrelot