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Bloc-Notes de la semaine du 21 au 27 septembre 2015

- Dictée – Prise de la pastille – Petit con... -


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Le bloc notes de cette semaine s’intéresse encore à la dictée. Le coup de com’ ne passe pas bien auprès des enseignants. Et la presse quant à elle s’intéresse à la diversité des formes que peut prendre le travail sur l’orthographe au delà du mythe nostalgique de la dictée de grand-papa. Dans cette revue de presse on déconstruit aussi l’emballement médiatique sur l’affaire des “pastilles rouges” pour les enfants ne mangeant pas de porc dans une cantine d’Auxerre. Et on s’intérese aussi au cas de Robert Ménard qui a insulté et menacé un enseignant qui refusait de lui serrer la main...

les fautes de la dictée
La dictée continue à faire des vagues...
On se souvient que lors de la présentation des nouveaux programmes la semaine dernière, la ministre avait choisi d’axer sa communication sur le thème de l’“école de l’exigence” en mettant l’accent sur la dictée quotidienne au primaire. Or, cette injonction ne figure même pas sous cette forme dans les programmes officiels. Mais l’enjeu était pour la Ministre et ses communicants d’allumer un contre-feu en focalisant le débat, les médias et l’opinion sur ce sujet. Au risque d’agacer les enseignants...
Une semaine après c’est toujours la dictée qui fait parler. Et d’abord les enseignants. Dans L’Humanité, Sébastien Sihr résume le sentiment de nombreux enseignants : “C’est un coup de communication ! Après avoir été accusée d’avoir coupé la tête au latin et au grec à l’occasion de la réforme du collège, elle veut donner des gages à une partie de l’opinion publique en lui faisant croire que l’on va, passez-moi l’expression, «  tenir la maison  » avec des bonnes vieilles recettes d’antan… Il y a une forme de démagogie politicienne sur ce sujet, où l’on fait planer le symbole d’un «  âge d’or  » de l’école qui n’a, en réalité, jamais existé. ”.
Sur son blog Jean-Michel Zakhartchouk titre son billet “Donnez-nous aujourd’hui notre dictée de chaque jour ? ” et dit à son tour son agacement. Et il rappelle aussi que ce n’est qu’un “exercice d’évaluation avant tout qui permet de vérifier si on orthographie correctement dans une situation bien précise : écrire sous la dictée. Situation d’écriture qui n’est pas la plus fréquente, puisqu’on écrit surtout ce qu’on a dans sa tête, sans qu’il y ait oralisation. Exercice d’évaluation assez curieux où on enlève des points à partir d’un capital de départ et où dans sa forme canonique on parvient rapidement à Zéro, ce qui ne permet pas de noter les formidables progrès de celui qui passe de trente erreurs à quinze, qui ne hiérarchise pas les erreurs ou le fait très mal
Plusieurs journaux proposent des articles de fond qui s’intéressent à cette passion française ”comme le titre Le Monde. Ce même journal donne aussi la parole à des internautes (enseignants ou non) . De la quinzaine de témoignages sélectionnés, il ressort une diversité des pratiques en classe. Une inquiétude sur la dictée, facteur d’échec si elle n’est pas bien utilisée, et une attente sociale, forte, en faveur d’une orthographe mieux maîtrisée. Le Figaro évoque, quant à lui, “un mythe et plusieurs réalités . Car il est vrai qu’au delà de la représentation traditionnelle et mythifiée cet exercice peut prendre aujourd’hui des formes et des finalités très diverses. Pour Louise Tourret, dans Slate.fr La dictée tranquillise, la dictée fédère. La dictée, c’est le passé dans le présent, l’école immuable et rassurante (surtout quand on ne fait pas soi-même cette dictée, avec une note à la clé). Un invariant scolaire, une expérience commune, un « lieu de mémoire » pour reprendre la typologie chère à l’historien Pierre Nora. Nous avons tous fait des dictées, et quand la ministre en parle, tout le monde comprend, on sait où on va. ” Mais dit-elle l’annonce du retour de “la dictée quotidienne me fait penser à cette marque de Yaourt qui met La Laitière de Vermeer sur des pots qui sortent d’une usine… ”. Car aujourd’hui, rappelle une internaute interrogée par Louise Tourret “il existe des tas de dictées : négociée, frigo, escalier, de mots, de phrases, à trous,... tout est affaire de choix pédago.” On a évoqué aussi dans dernier bloc-notes , les “twictées”. D’autres enseignants rappelleront que pour apprendre l’orthographe et l’écriture il faut d’abord comprendre qu’elle sert à communiquer et qu’il y aussi les ateliers d’écriture, les correspondances scolaires ou les journaux chers à la pédagogie Freinet (et dont les twictées ne sont qu’un prolongement numérique).
Si la ministre a fait appel aux mythes scolaires pour calmer l’opinion et les éditorialistes, elle a aussi jeté le trouble chez les enseignants. Qui n’avaient pas besoin de cela...

Prise de la Pastille
Une affaire a fait le buzz en cette fin de semaine. Et c’est l’occasion, comme il nous arrive de le faire dans ce bloc-notes, de déconstruire un emballement médiatique.
Un premier article parait sur le site Creusot-Infos et est repris par le site de France3 Bourgogne. On y lit qu’a l’école des Pieds Dalloues, à Auxerre, on avait mis au point un système de collier avec une pastille rouge pour les enfants qui ne mangent pas de porc. Et une pastille jaune pour ceux qui ne mangent pas de viande du tout. L’article initial signale que l’information vient d’une élue municipale d’opposition qui indique “C’est une mère de famille qui m’a interpellé et fait part de son indignation. Des pratiques comme celle-ci ne sont pas acceptables. On n’a pas le droit d’imposer cela, en catimini, à des enfants.” Et elle s’écrie : “C’est révoltant. Cela renvoie à des heures sombres
Immédiatement, la machine à indignation s’emballe et le “point Godwin” est vite atteint avec évidemment des comparaisons avec l’étoile jaune durant la seconde guerre mondiale. Et c’est d’une certaine façon, logique dans un contexte actuel de forte tension sur la laïcité et en particulier au niveau des cantines. Sur Internet, on va compter de nombreuses réactions, tout comme dans la presse , où l’on se dit révolté par une telle mesure. J’ai moi aussi contribué à cet emballement en diffusant l’information et en disant mon indignation sur les réseaux sociaux. La mairie d’Auxerre a été amenée à très vite publier un communiqué après une enquête interne menée au sein des 11 restaurants et conclut qu’il s’agissait d’une initiative isolée, maladroite, autorégulée. Car il ne s’agit que de quelques enfants de maternelle et de CSP (18 pour être précis) qui ne sont pas encore forcément capables de lire et d’exprimer clairement leurs choix (ou plutôt ceux de leurs parents). Il suffit d’interroger des enseignants travaillant en maternelle pour savoir que les colliers avec des pastilles (ou des clefs) de couleur sont fréquemment utilisés pour pouvoir aller dans un coin jeu ou en bibliothèque ou pour d’autres activités. C’est ce qui a été utilisé, très maladroitement en effet, par de nouvelles surveillantes lors d’un seul repas. Le personnel de la cantine venait de changer et les préférences, allergies et autres spécificités de chacun pas encore connues par tous, indique un article du Figaro très nuancé (eh oui, ça existe...). Le restaurant scolaire fonctionnant en self, les plus grands ont été jugés capables de ne pas se servir de porc s’ils n’en souhaitaient pas et n’ont donc pas reçu de collier. “Il s’agissait de s’assurer que les petits dont les parents ont spécifiquement demandé qu’ils ne mangent pas de porc ne se trompe pas de choix”, indique la mairie d’Auxerre. Celle ci reconnait une « maladresse » dont elle comprend qu’elle puisse « heurter », mais réfute absolument avoir voulu stigmatiser des enfants en fonction de leur appartenance religieuse supposée.
Cette "affaire" ne mérite pas l’emballement médiatique auquel j’ai d’une certaine manière contribué. Nous avons raisonné avec nos références culturelles et historiques d’adultes alors que la décision qui a été prise se situe à hauteur d’enfant et dans des problèmes d’organisation qui sont ceux des enseignants et personnels qui travaillent en maternelle. Il s’agit donc surtout d’une maladresse qui a été instrumentalisée politiquement et médiatiquement.
On attribue à Napoléon l’aphorisme selon lequel “il faut toujours faire l’hypothèse de la bêtise avant celle de la méchanceté”. On peut s’accorder sur le fait que les personnes qui ont pensé à cette solution (même si, au départ, elles n’ont pas pensé à mal), auraient pu envisager les dimensions symboliques de l’affaire. Mais cela ne mérite pas tous les excès auxquels on a assisté depuis la publication de l’information. Tout cela n’aurait pas du se produire si notre beau pays n’était pas si crispé sur des questions identitaires et avec des pyromanes qui jouent sur les peurs et contribuent à un climat de plus en plus rance...

Petit con...
La transition est toute trouvée avec l’information suivante. Robert Ménard aime la provocation mais n’aime pas qu’on lui résiste. Selon le Midi Libre , jeudi 24 septembre, en visite d’école et de cantine dans l’établissement Georges-Sand au Faubourg, Robert Ménard aurait traité un enseignant de "petit con" parce que ce dernier refusait de lui serrer la main. Il aurait ajouté qu’il mériterait une gifle et qu’il ferait déplacer l’enseignant de sa ville. Il a alerté l’inspection d’académie. Sur les réseaux sociaux, le syndicat UNSA éducation a publié une caricature, accompagné du commentaire : "Monsieur Ménard, vous n’êtes pas le bienvenu dans notre école publique". Une phrase qui fait écho aux propos polémiques tenus par le maire de Béziers dans une vidéo, où on le voyait clamer à des réfugiés syriens qu’ils n’étaient "pas les bienvenus".
Samedi après-midi, le rectorat a pris position contre Robert Ménard, selon un article de Metronews et enclenché une “protection juridique du fonctionnaire”. Cela signifie que l’Education nationale assiste le collègue dans ses démarches (notamment pour porter plainte) et se substitue à lui devant les tribunaux si nécessaire. Toujours selon cet article, le cabinet de la ministre de l’Education nationale, est attentif aux évolutions de l’affaire et a lui-même tenu à confirmer la décision du rectorat.
Voilà un beau sujet très concret d’éducation morale et civique... Quelle doit être l’attitude d’un fonctionnaire d’État face à un maire légalement élu mais dont les comportements sont ouvertement racistes ? Doit-on en tant que fonctionnaire respecter l’institution et si oui comment ? Peut-on manifester son désaccord ? Comment résister aux pressions ? Des questions qui risquent de se poser alors que les élections régionales avec tout ses dangers approchent et que certains s’amusent à remettre en question le statut des fonctionnaires...

Bonne Lecture...

Philippe Watrelot