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Bloc-Notes de la semaine du 21 au 27 avril 2014

- Nouveaux nouveaux rythmes – Ministre(s) - Décrochage et noyau dur- Avis -


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Retour du bloc notes avec la fin des vacances de la zone C. On reviendra évidemment sur les réactions aux « assouplissements » de la réforme des rythmes scolaires. Et ce sera aussi l’occasion de se pencher sur la fonction d’un ministre de l’éducation. Et de rappeler les enjeux de son action. On terminera avec un hommage à Jacques Nimier qui vient de disparaître.

Nouveaux nouveaux rythmes
Nous avons détaillé dans la revue de presse de vendredi dernier les propositions de Benoît Hamon faites dans son interview à RTL et dansle Monde . Rappelons que le décret de janvier 2013 n’est pas remis en cause et reste la base de cette réforme, avec sa semaine découpée en neuf demi-journées, pour un total qui ne pourra pas dépasser 24 heures hebdomadaires d’enseignement. Mais deux aménagements sont possibles : la possibilité de concentrer les activités périscolaires sur une seule demi-journée à condition de garder 5 matinées et la possibilité de réduire la semaine d’une heure (à condition de réduire les vacances).
Quelles sont les réactions à cet “assouplissement” ? Sur le site de L’Express, Libie Cousteau détaille les réactions des principaux intéressés : parents d’élèves, maires et enseignants. Sébastien Sihr, du SNUipp, le principal syndicat du primaire est interviewé spécifiquement toujours dans L’Express.fr . Il se dit déçu de ces aménagements cosmétiques alors que son syndicat demandait une réécriture du décret.
Sortons des institutionnels pour aller voir d’autres analyses intéressantes. D’abord celle de Lucien Marboeuf sur son blog L’instit’humeurs . Cet instituteur blogueur remarque que l’on reste dans ce qui était l’essentiel de la réforme Peillon, la valorisation des 5 matinées de travail. Il précise : “A l’usage, en effet (et même si le mercredi matin ne vaut pas, à mon sens, le samedi matin), le fait de travailler 5 matinées est un vrai plus, les élèves étant plus attentifs et concentrés sur ce créneau, tout enseignant peut le constater. Le ministre Hamon semble avoir compris que c’est là-dessus qu’il fallait appuyer. ”. En revanche, note t-il, avec le regroupement des activités sur une après-midi, le rythme reste aussi lourd qu’auparavant pour les autres jours. Alors que l’idée était d’alléger des journées présentées comme les plus lourdes du monde (le décret Peillon fixait la norme à 5 h 30).
Autre analyse intéressante, celle de Claire Leconte, spécialiste des rythmes qui s’était élevée contre la rigidité de la réforme. Dans son dernier billet de blog, elle commence ainsi : “Quel drôle de pays que la France qui s’obstine à chercher des solutions sur des problèmes qu’elle est seule à se créer. Aucun autre pays au monde ne se préoccupe des « rythmes scolaires », pour améliorer le fonctionnement de l’école. La France est focalisée là dessus depuis des décennies, tout en ne trouvant jamais le bon « rythme », parce qu’elle ne le cherche pas là où il faudrait le chercher. ”. Pour elle, la réponse doit être d’abord pédagogique : “Comment utiliser au mieux les temps strictement scolaires pour qu’ils permettent aux enseignants de se repositionner dans leurs pratiques et méthodes d’apprentissage, dans les systèmes d’évaluation également, afin de développer chez chaque enfant le désir d’apprendre, le plaisir d’apprendre, de comprendre, de découvrir, développer sa motivation intrinsèque au final ? De nombreuses études ont montré que l’une des difficultés actuelle de tous les enfants est leur incapacité à maintenir leur attention qui doit être reconquise par les enseignants. Ce ne peut se faire que si ces enfants perçoivent un réel intérêt dans les apprentissages qu’on leur fait faire, intérêt qui ne doit pas être que scolaire, mais aussi si ils se sentent participants, « acteurs de leurs apprentissages » comme le disait déjà Freinet. Cela nécessite d’autres organisations des temps scolaires que celles qui continuent de découper ces temps sur le plus de demi-journées possibles. ”. Et elle prône plus de souplesse en interpellant le ministre : “Revenez à un texte comme celui qu’avait écrit Lionel Jospin pour mettre en œuvre la loi d’orientation de 1989, permettant d’organiser les temps scolaires sur 5 jours, du lundi au samedi. Ainsi en une phrase, vous insistez sur l’importance de 5 matinées sur la semaine, mais pourquoi vouloir formater davantage les temps scolaires ? quel intérêt ? Vous vous privez juste de projets éducatifs de qualité ayant associé, dans leur construction, tous les acteurs de la communauté éducative, les enseignants, les parents, les animateurs et professionnels d’associations, les ATSEM, les élus. En avez-vous vraiment beaucoup actuellement ? Que craignez-vous qu’il arrive si vous laissez davantage de liberté dans l’organisation de ces cinq jours ?

Ministre(s)
Pour Libie Cousteau dans L’Express.fr , le nouveau ministre a déminé le dossier des rythmes scolaires qui avait coûté sa place à Vincent Peillon. Selon la journaliste, Benoît Hamon s’est montré «  habile vis-à-vis des enseignants, fâchés, hier, d’avoir dû étaler leur travail sur cinq jours et de se lever un jour de plus dans la semaine, ils pourront, demain - à condition que la commune et l’école se mettent d’accord - bénéficier d’un après-midi entier libéré pendant que les enfants, eux, profiteront des activités périscolaires. Habile avec les maires en leur facilitant l’organisation des activités périscolaires et en leur permettant potentiellement de faire des économies d’échelle en construisant des partenariats entre communes. Habile, aussi, vis-à-vis des parents en écoutant leur revendications concernant les maternelles mais aussi en leur lâchant potentiellement, le vendredi après-midi pour partir .. en week end.  ». Sur ce dernier point, on rappellera à la journaliste que ce ne sera pas forcément le cas puisqu’il s’agira surtout de faire “tourner” les activités au sein d’un groupement de communes. Et qui a la possibilité de partir en week-end dès le vendredi ?
Mais en dehors de cela, on verra à l’usage si le nouveau ministre a été suffisamment habile pour déminer le terrain. Un terrain qui avait été miné par les atermoiements de Matignon et de l’Élysée d’ailleurs… C’est ce que rappelle Maryline Baumard dans un long article sur les raisons de “l’échec Peillon”. Et c’est aussi ce que reconnaît à demi-mot Vincent Peillon lui même . Sur les dix-huit mois qu’il a passés Rue de Grenelle, il n’a qu’un regret, “celui de n’être pas allé plus vite sur les rythmes scolaires. La concertation avait eu lieu sous la droite, on aurait dû boucler le dossier avant l’été en définissant mieux ce qui était du ressort de l’Etat et des communes pour éviter cette confusion lamentable entre scolaire et périscolaire. D’emblée, on aurait dû penser un accompagnement financier et mieux organiser l’interministériel ”estime-t-il aujourd’hui.
Mais selon la journaliste du Monde, le désormais candidat aux élections européennes dans le Sud-Est a aussi payé le jeu des alliances politiciennes. Selon un élu PS, M. Peillon a définitivement perdu sa place à l’automne 2013 en refusant d’entrer dans le « pacte des ambitieux » signé entre Manuel Valls, Benoît Hamon et Arnaud Montebourg. «  Vincent Peillon et Pierre Moscovici ont refusé d’en être, jugeant qu’il était trop tôt pour faire sortir Ayrault du paysage… ça leur a coûté leur place », rapporte-t-elle ; «  c’est là que s’est dealé le fait que Benoît Hamon aurait l’éducation nationale  ». Un pacte renforcé par la claque du premier tour des municipales qui imposait de sortir des ministres importants du gouvernement.
Benoît Hamon est donc d’abord un ministre “politique” plus qu’un ministre spécialiste. Arnaud Gonzague dans le Nouvel Obs du 2 avril 2014 posait déjà la question : Benoît Hamon, un "parachuté" à l’école ? et ajoutait : “Personne n’a le droit de présumer de l’action du futur ministre, ni lui faire un procès alors qu’il n’a pas encore mis un orteil rue de Grenelle. Mais une froide observation des faits oblige à admettre que, contrairement à son prédécesseur à l’Education nationale, Benoît Hamon ne connaît pas la machine Education nationale.
Faut-il être médecin pour être ministre de la santé, agriculteur pour être ministre de l’agriculture, enseignant pour être ministre de l’éducation ? On se souvient que les bons ministres de l’éducation n’ont pas forcément été des enseignants. La fonction principale d’un ministre est d’arbitrer et de comprendre les enjeux des décisions et des politiques menées. On notera cependant que la connaissance du sujet évite aussi d’être mis en position de dépendance à l’égard de la technostructure particulièrement importante et conservatrice de l’éducation nationale.
Benoit Hamon saura t-il se montrer à la hauteur des enjeux ? Étonnez moi, Benoît !

Décrochage et noyau dur
Et les enjeux sont importants, il est bon de les rappeler régulièrement…
L’INSEE vient de publier dans sa collection “Insee-Références” : un ouvrage intitulé “La France dans l’Union européenne" qui rassemble les principales données économiques et sociales permettant de situer la France par rapport à ses partenaires européens.Parmi les articles, un d’entre eux traite des “sorties précoces" du système scolaire autrement dit le décrochage. Plusieurs articles s’en sont fait l’écho et la revue de presse du jeudi 24 avril les recense.
Avec 11,6 %, la France fait légèrement mieux que la moyenne européenne qui s’établit à 12,7 % en 2012. Mais la plupart des états membres du nord ou de l’est de l’UE comptent moins de 12 % de sorties précoces, à l’inverse de l’Espagne (24,9 %), Malte (22,6 %), le Portugal (20,8 %), ou l’Italie (17,6 %). Selon l’Insee, "deux traits des systèmes éducatifs sont propices à de faibles proportions de sortants précoces" : d’une part, "la continuité structurelle entre les enseignements primaire et secondaire de premier cycle (troncs communs non sélectifs)" d’autre part, "le développement des enseignements professionnels secondaires de second cycle". "Les pays scandinaves ont fortement promu ces modèles.
Cette note rappelle surtout que la lutte contre les sorties précoces du système scolaire figure au premier rang des objectifs de la stratégie Europe 2020 : le taux de sortants précoces des jeunes de 18 à 24 ans ne devrait pas dépasser 10 % dans l’Union européenne d’ici 2020. On a envie de rajouter que s’il est important certes de "traiter" le décrochage et d’y apporter des solutions par des structures adaptées. Il est surtout essentiel de le prévenir et d’éviter qu’il survienne...
Autre donnée qui doit faire réfléchir tout responsable politique et tout citoyen : la persistance d’un “noyau dur” de l’échec scolaire. Lors de la fameuse "JAPD" (journée d’appel et de préparation à la Défense) que passent tous les jeunes (filles et garçons) il y a des tests de calcul et de lecture. Les résultats de ces tests viennent d’être publiés vendredi 25 avril et Le Monde en donne les principaux résultats . 9,7 % des participants aux tests « rencontrent des difficultés pour conduire un calcul dans des situations simples », souligne la DEPP. En lecture, 9,6 % des jeunes rencontrent des difficultés, dont une partie – 4 % – peut être considérée comme illettrée. Cela confirme ce que toutes les études, nationales et internationales, mettent sans cesse en avant : la persistance d’un « noyau dur » de l’échec scolaire que notre système scolaire ne parvient pas à résorber. Et si l’on veut que notre École se soucie de tous et soit plus juste et plus efficace, il faut une réelle volonté politique, dans la durée…
Justement, il paraît qu’une des citations préférées de Benoit Hamon est cette phrase de Gambetta : “Ce qui constitue la vraie démocratie, ce n’est pas de reconnaître des égaux, mais d’en faire.

Avis de décès
Jacques Nimier, nous a quittés le 24 avril 2014. Il avait 84 ans.
Son site “pedagopsy" créé en 2000 était une mine d’informations et d’outils pour tous les enseignants. Il a joué tout au long de sa carrière (prof de maths puis responsable IUFM) un rôle d’interface entre la recherche et l’enseignement. Son action est très proche de celle des Cahiers Pédagogiques et c’est la raison pour laquelle je tiens à lui rendre hommage. Je l’ai plusieurs fois croisé à l’occasion de diverses manifestations et j’ai pu apprécier aussi sa gentillesse et ses grandes qualités humaines.

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Droit de suite
Hier, dans la revue de presse nous rendions compte d’un article publié sur le site du Nouvel Obs et qui rendait compte de la pratique du Yoga à l’École et d’une association qui en fait la promotion. Des témoignages reçus depuis cette revue de presse m’amènent à vous conseiller la prudence à l’égard de cette association.

Bonne Lecture...

Philippe Watrelot