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Bloc Notes de la semaine du 2 au 8 mars 2015

- Collège et socle – 8 mars -


Le bloc notes de cette semaine fait des choix dans une semaine chargée. On aurait pu évoquer le calendrier scolaire, le rapport de la cour des comptes, le numérique... Mais j’ai choisi de me concentrer sur la réforme du collège qui s’annonce comme un test de la volonté réformatrice de la Ministre et du gouvernement. Et puis, 8 mars oblige, nous nous intéresserons aussi au rôle que peut jouer l’École dans la lutte contre les inégalités entre hommes et femmes.

Collège et socle
Dans l’actualité de la semaine, on trouve des raisons de s’inquiéter sur la suite de la refondation. En effet, les débats actuels et à venir sur le socle commun et sur la réforme du collège laissent craindre une période de postures syndicales et de blocages potentiels.
La réforme du collège n’en est qu’à ses débuts. C’est le grand chantier de l’année pour Najat Vallaud-Belkacem. Dans Les Échos, Marie-Christine Corbier la qualifie d’ “épreuve du feu” pour la ministre et estime même que cette réforme peut tenir ou exploser en plein vol d’ici à la mi-avril. Les tensions qu’elle suscite, souligne la journaliste, sont d’une tout autre ampleur que celles nées, par exemple, de la refonte de l’éducation prioritaire. Elle note que les syndicats qui soutiennent les enseignements transdisciplinaires ne sont pas majoritaires. Et surtout, la réforme ravive des conceptions de l’école radicalement différentes.
C’est le cas avec la conception des disciplines. Selon les rumeurs , dans le projet de réforme du collège, quelques heures de cours hebdomadaires seraient réservées dans les emplois du temps des élèves aux enseignements complémentaires « dans lesquels plusieurs disciplines pourront se croiser  », afin d’amener les élèves à «  comprendre des concepts à partir d’un projet sur lequel ils auront travaillé avec plusieurs enseignants », comme le prévoit la loi Peillon 2013. Ces enseignements seraient alors déterminés par les enseignants au sein des établissements Si certains syndicats d’enseignants comme le SGEN-CFDT ou le SE-Unsa partagent cette approche tous ne sont pas d’accord comme le SNES ou le SNALC. On y voit une attaque contre les horaires disciplinaires et on craint une baisse du “niveau”.
Autre point de contestation, l’autonomie des établissements. Selon VousNousIls citant la ministre dans une interview à l’AEF de quelques semaines, «  une grande autonomie des établissements sera prévue et une grande liberté pédagogique des équipes aussi sera à la clef  ». Là aussi des conceptions différentes s’affrontent puisque certains y voient une remise en cause de l’égalité républicaine avec le risque que les élèves de France n’aient pas tous les mêmes enseignements alors que d’autres y voient surtout un moyen de répondre mieux et au plus près aux difficultés des élèves et de faire vivre une plus grande autonomie des enseignants.
La refonte du socle commun s’inscrit aussi dans ce contexte. Les cinq domaines révélés il y a deux semaines ne correspondent pas à de nouvelles disciplines que les professeurs devraient aborder tout à tour, mais requièrent la contribution de toutes, souligne le document du conseil supérieur des programmes dès ses premières pages. On peut y voir aussi l’esquisse d’une approche curriculaire impliquant une marge d’autonomie locale des équipes.
Mais on l’a déjà évoqué toutes ces évolutions se heurtent à un certain nombre de postures syndicales fondées sur l’inquiétude et la crispation. “Certains syndicats craignent...” pourrait être d’ailleurs la phrase rituelle de début de la plupart des analyses dans le monde éducatif. Il est vrai aussi que le contexte de l’austérité et le sentiment de déclassement des enseignants les conduisent à une certaine crispation peu favorable aux évolutions. La Ministre et le gouvernement sauront-ils résister et maintenir le cap de la refondation et de la nécessaire évolution du système pour lutter contre les inégalités ? On peut l’espérer mais on peut aussi s’inquiéter et se demander si un ministère qui cède sur un jour de pré rentrée ou sur le calendrier scolaire peut tenir sur une réforme de cette ampleur ...

8 mars
Rappelons d’abord à tous (commerçants, communicants, esprits étroits,...) que le 8 mars n’est pas une sorte de deuxième mi-temps de la Saint Valentin. Ce n’est pas la « journée de la femme » mais la journée internationale du droit des femmes (ou à la rigueur la journée internationale des femmes) !
En tout cas ce n’est pas une fête commerciale mais une journée militante qui est l’occasion de réfléchir à la situation des femmes dans notre pays et dans le monde et d’agir pour l’égalité des sexes. Le domaine de l’éducation est particulièrement concerné. A l’occasion de ce 8 mars 2015, L’OCDE lance son premier grand rapport sur ce sujet intitulé “L’égalité des sexes dans l’éducation : Aptitudes, comportement et confiance. Plusieurs journaux en rendent compte en notant que les filles, élèves appliquées et performantes, ne sont pas récompensées de leurs efforts à l’âge adulte. C’est notamment le cas de l’article de Louise Tourret dans Slate.fr
Le rapport met en évidence que les filles sont sous-représentées dans le supérieur dans les filières scientifiques (mathématiques, physique et informatique) : 14 % d’entre elles y sont inscrites, contre 39 % de garçons. Ce phénomène bien connu, est généralement expliqué par l’autocensure et le poids des stéréotypes. L’OCDE pointe un autre aspect qui démontre la nécessité d’agir en amont : les filles ont moins confiance que les garçons dans leur capacité à résoudre des problèmes scientifiques. Elles ont « un fort sentiment d’anxiété vis-à-vis des mathématiques ».
Comment lutter contre cette situation qui n’a rien d’inné mais est le produit d’une construction sociale ? Bien sûr beaucoup de choses se jouent dans la famille mais l’école joue aussi un rôle majeur. Dans un article intéressant publié sur le site de l’Observatoire des inégalités , Sylvie Ayral et Yves Raibaud appellent à “en finir avec la fabrique des garçons”. Il s’agit “d’explorer la manière dont familles, école et société projettent sur les « petits mâles » des rêves, des désirs ou des fantasmes qui influent sur leur identité et leur carrière. De décrypter les situations qui permettent à ces enfants d’intégrer et d’expérimenter les mille et une ficelles du métier d’homme. Et de contrer enfin les mécanismes de séparation et de hiérarchisation des sexes à l’œuvre à l’école et dans les activités périscolaires.
Dans le rapport de l’OCDE on trouve aussi la question : "aider les garçons et les filles à réaliser pleinement leur potentiel : Quelles politiques et pratiques ?" Et parmi les réponses proposées on insiste sur la nécessité de "former les enseignants pour les sensibiliser à leurs propres préjugés sur les questions de genre". Dans unentretien avec Marie Duru-Bellat paru dans la revue SocialTer , Najat Vallaud-Belkacem pointe que “les inégalités se diffusent en dehors de l’école mais aussi dans l’école. Le plus souvent involontairement, les enseignants n’attendent pas – et n’obtiennent pas – des filles et des garçons les mêmes prérequis et les mêmes performances. En classe, la parole est inégalement distribuée et les attentes différentes à l’égard des garçons et des filles, alors même que les enseignants ont le sentiment, et la volonté, d’être équitables. ”. De son côté Marie Duru-Bellat précise : “Ce n’est pas à l’école de régir les « choix » privés ; par contre, elle a à s’assurer qu’il s’agit bien de choix et non de conditionnements. La vocation éducative de l’école, c’est d’aider les jeunes à se libérer des barrières que le genre et les stéréotypes qui y sont associés dressent devant eux, dans leur vie professionnelle et personnelle. Un garçon doit pouvoir aimer la danse sans se sentir anormal. Apprendre à rejeter toutes les formes de violence et de discrimination liées au genre doit aussi être au programme.”. Najat Vallaud-Belkacem renchérit : “L’école doit permettre aux enfants de décrypter les images, les stéréotypes qui circulent, de ne plus les subir. Notre système éducatif doit permettre aussi aux filles d’avoir suffisamment confiance pour faire leurs propres choix sans se laisser enfermées dans des parcours construits par les préjugés. C’est un bénéfice pour les individus mais c’est aussi un bénéfice collectif, car en acceptant la reproduction des inégalités, notre pays se prive de talents qu’il a lui-même formés.
A l’occasion de cette journée internationale du droit des femmes, il faut donc réaffirmer avec force le rôle de l’École dans une éducation qui permette de lutter contre les préjugés et les stéréotypes. Les adversaires de l’égalité des sexes sont nombreux. Bien sûr dans un pays tel que le nôtre se dire ouvertement contre l’égalité est délicat. Ils cherchent donc à faire peur et jouent sur les haines et les fantasmes en agitant la « féminisation », ou encore la supposée « théorie du genre ». La vigilance est plus que jamais nécessaire.

Bonne Lecture...

Philippe Watrelot