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Bloc Notes de la semaine du 1er au 7 septembre 2014

- Cartables - Cadenas - Lectures – tenez bon ! -


Deuxième bloc notes de l’année scolaire 2014-2015. Évidemment, il est assez long car la rentrée est un des rares moments où la presse parle de l’École. Et, cette année, en dehors du point sur la politique menée par la ministre, il y a encore plus d’articles puisque les rythmes continuent de faire parler d’eux avec les maires qui cadenassent les grilles des écoles. Mais verrou va t-on ? On évoquera aussi les lectures intéressantes de cette rentrée et pour finir les attaques contre la ministre de l’Éducation.

Cartable
Dans les médias, la rentrée est ce qu’on appelle un marronnier. Un évènement récurrent qui donne lieu à des articles tout aussi semblables d’une année sur l’autre. Et puis, après on passe à autre chose... Cela s’est vérifiée encore une fois. La journée de lundi était pleine d’articles sur l’École, le flux s’est ralenti mardi et dès mercredi l’actualité éducative a retrouvé son rythme de croisière avec un nombre d’articles limité y compris sur la question des rythmes.
On a donc trouvé les inévitables articles qui alignent les chiffres sur le nombre d’enseignants mobilisés (841 000) pour accueillir un nombre encore plus important d’élèves (13 millions) dans 48 000 écoles, 8 000 collèges et lycées, avec 64 milliards d’euros de budget. Tout aussi inévitables sont les déclarations syndicales où on se dit “inquiet” et celles où on déclare attendre une ligne politique claire. On notera aussi l’abus de la métaphore scolaire dans les titres de la presse. On parle de la “bonne élève” du gouvernement et on lui décerne déjà des notes ou des appréciations. On essaie de décrire les dossiers qui sont dans son cartable...
Quels sont-ils ? Selon le JDD.fr il y a quatre inconnues pour (filons la métaphore scolaire...) l’équation Najat Vallaud Belkacem : Légitimité (de la ministre), rythme scolaire, refondation, confiance des enseignants. Pour le Nouvel Obs, on parle de 3 bombes à retardement et le journaliste prévient : “Attendez-vous à entendre la droite vociférer sur quelques dossiers "idéologiques" à l’école. ” Ces trois “bombes” seraient : l’égalité filles/garçons (qui n’est pas enterrée), l’évaluation avec la mise en place d’une conférence nationale sur le sujet et le redoublement dont Le Conseil national d’évaluation des systèmes scolaires (Cnesco), souhaite faire le sujet d’une conférence de consensus. Libération évoque dans un dossier de plusieurs pages également la question du recrutement des enseignants.
On pourrait rajouter à cette liste, la question des programmes et du socle commun et la poursuite de la rénovation de l’éducation prioritaire qui ne sont pas des sujets simples.
La ministre qui est en train de constituer son cabinet en reprenant plus ou moins les mêmes conseillers a donc du pain sur la planche. Elle a déjà détaillé ce programme d’action avec la conférence de presse de rentrée et les nombreuses interviews auxquelles elle a été conviée.
On retiendra pour notre part, cette partie de l’entretien accordé au journal Le Monde où elle évoque ce qui lui tient le plus à coeur : “j’accorderai une importance toute particulière à rapprocher de l’école les parents qui n’en connaissent pas les codes, les arcanes, le langage, qui n’y mettent jamais les pieds, soit qu’ils n’ont jamais eu la chance d’y aller eux-mêmes, soit qu’ils n’en gardent pas un bon souvenir. Lutter contre cette défiance est l’une des clés de la réussite des élèves. Je veillerai donc à améliorer l’accueil des parents à l’école, comme nous allons le faire de façon systématique chaque matin dans les réseaux d’éducation prioritaire.
Autre annonce : lors d’un déplacement à Clichy-sous-Bois le Président de la République a annoncé le lancement d’un plan pour le numérique à l’école. «  L’école doit (...) faire en sorte que les élèves puissent être pleinement préparés aux besoins de l’économie, a déclaré le chef de l’Etat. La France doit être la meilleure dans le numérique pour avoir les meilleures entreprises  ». Les élèves seront « formés au codage », a-t-il ajouté. Plusieurs commentateurs ironisent sur cette annonce. Ainsi Le Figaro titre : Hollande nous refait le coup du plan numérique et considère que ce qui est présenté existe déjà depuis 2012.
Toujours dans les annonces de la rentrée, Najat Vallaud-Belkacem a déclaré vouloir favoriser le rapprochement entre école et entreprise. Elle compte notamment faciliter l’accès à des stages pour les élèves des établissements professionnels. Elle a promis un « pôle de stages » et de périodes de formation en milieu professionnel dans chaque établissement ou réseau d’établissements « pour faire en sorte que les stages ne soient pas réservés à ceux qui ont le réseau, les moyens, la famille qui le leur permettent ».Elle entend aussi donner « une impulsion nationale » au parcours individuel d’information, d’orientation et de découverte du monde économique et professionnel instauré par la loi sur l’école de juillet 2013.

Rythmes et cadenas
Bien sûr le dossier qui a occupé l’essentiel de la presse consacrée à l’École durant cette semaine chargée c’est évidemment le dossier des rythmes scolaires. Najat Vallaud-Belkacem a du s’en emparer très vite face aux postures de “résistance” (avec des gros guillemets) de certains maires notamment dans l’Essonne qui ont cadenassé les grilles des écoles le mercredi matin. Ou même comme à Montgeron, changé les serrures dans la nuit. On pourra lire un florilège de leurs arguments dans Rue89
Face à cette opposition, la Ministre a fait plusieurs déclarations, toutes marquées par le sceau de la fermeté. “La loi s’appliquera partout et il n’y aura pas d’exception. Il relèvera des élus locaux que les choses se passent bien", a-t-elle affirmé dans le journal de TF1. Elle l’a redit lors de la conférence de presse de rentrée que nous évoquions plus haut. Les maires récalcitrants (parce que le coup des délais trop courts faut pas pousser...) risquent d’ailleurs des sanctions que détaillent plusieurs articles. . Tout comme pour les parents qui n’enverraient pas leurs enfants à l’École le mercredi
Mais la ministre a aussi à faire face à une opinion publique qui ne semble pas ou plus favorable à cette réforme. Selon un sondage de l’institut "CSA" pour "RTL" 60 % des Français désapprouveraient la réforme des rythmes scolaires.
Sur la construction de l’opinion, on pourra lire avec intérêt une tribune parue dans Rue89 où l’auteur estime que la question des rythmes scolaires est une construction des journalistes qui "font comme si un événement existait en soi, indépendamment de ce qu’ils en disent.". Et il ajoute “ Dans l’affaire des rythmes scolaires, le fait que des maires ne veuillent pas appliquer cette réforme est un fait qui aura l’importance que les journalistes veulent bien lui donner.
Pour poursuivre l’analyse, on peut extraire cette citation d’un article de Paul Quinio qui avait pour titre Les fadaises de Monsieur Gaudin mais qui va bien au delà du cas de Marseille. “A l’arrivée, même si encore une fois la réforme entre bien en vigueur, c’est un sentiment de gâchis qui domine. Gâchis notamment de voir l’opinion, mesurée dans les sondages, s’interroger sur les bienfaits d’une telle réforme. Un gouvernement de gauche, sur un tel sujet, n’avait aucune raison de perdre cette bataille. Il l’a perdue, avec la complicité de la partie la plus conservatrice du corps enseignant. Enfin, si cette réforme a autant fait parler d’elle, ce n’est pas pour son contenu stricto sensu, mais parce qu’elle charrie beaucoup des blocages de la société française. Blocage d’une école qui, à force d’être accusée à tort de tous les maux, se braque et se replie sur elle même alors qu’elle devrait faire l’inverse. Blocage aussi des institutions : d’une certaine manière, la réforme des rythmes a été prise en otage entre sa philosophie décentralisatrice et l’ADN jacobin qui continue de prédominer dès que l’on parle d’école. Un vrai cas… d’école que cette réforme !
Pour conclure sur ce point par une note pédagogique, je souhaite bien du plaisir aux enseignants de ces villes où on instrumentalise les enfants, non seulement pour supporter ces maires mais surtout pour expliquer ensuite à leurs élèves qu’il faut respecter la loi et les règlements... L’éducation civique, ça va pas être de la tarte...!

Lectures
Dans une semaine de marronnier avec un flot continu d’informations aussi vite oubliées que publiées, on trouve toujours, malgré tout des lectures intéressantes qui méritent qu’on s’y attarde.
A Gennevilliers, en région parisienne, le lycée Galilée vient de généraliser à toutes les classes de seconde un dispositif de lutte contre l’échec scolaire qui repose sur une nouvelle organisation des enseignements, de l’évaluation, de l’emploi du temps et, dans une moindre mesure, de la vie scolaire. Un reportage très complet sur ce dispositif est à écouter sur le site de France Culture.
L’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) a publiée une étude consacrée au retard scolaire des élèves de 6e, mardi 2 septembre. Il ressort de cette étude que les garçons sont plus souvent en retard que les filles (13,6 % contre 11 %), que les écarts sont nettement marqués chez les élèves de nationalité étrangère (un tiers sont concernés) et près de six fois plus élevés chez les élèves des milieux défavorisés (20,5 %) que chez ceux des milieux favorisés (3,6 %). Le journal La Croix note que les jeunes résidant en ZUS (zones urbaines sensibles) sont près de deux fois plus en retard scolaire que les autres (21,7 % contre 11,6 %). Un décalage constaté déjà dans le primaire, entre enfants de CM2 du réseau dit de « l’éducation prioritaire » et ceux du réseau présenté comme normal. Sur le plan géographique, les taux de retard les plus importants s’observent dans le Nord, particulièrement dans l’académie de Lille (14,8 % d’élèves), et dans les académies de l’arc méditerranéen, à l’exception de celle de Nice. On pourra compléter la lecture avec les nombreuses cartes proposées par Alternatives Économiques
Jean-Michel Blanquer est ancien Dgesco, ancien Recteur, il publie un livre “l’école de la vie" (Odile Jacob) où il dresse un constat assez noir de la situation actuelle du système éducatif et fait quelques propositions. Certaines sont intéressantes, mais il a aussi quelques obsessions qui plombent un peu son propos : le rôle (négatif) des syndicats enseignants, les “fondamentaux", les neurosciences,... Il donne une interview dans L’Express pour présenter son livre.
François Durpaire et Béatrice Mabilon-Bonfils ont eux aussi publié un livre à l’occasion de la rentrée (si vous voulez publier un livre sur l’Ècole oubliez les autres périodes...). L’un ou l’autre ou les deux ont donné des interviews dans Libération ou bien encore l’Express. Ils y développent l’idée que la rentrée est aujourd’hui un rituel dépassé tout comme d’ailleurs la forme scolaire elle même à l’heure des nouvelles technologies et de l’accès permanent à l’information.
Allez, pour finir cette avalanche de lecture (mais c’est pas tous les jours la rentrée...), voici le bouquet final avec c ette magistrale analyse de Luc Cédelle (sur son blog) où il met en évidence les différents temps de l’éducation : le temps de l’institution, celui de la politique et celui de la communication. A lire absolument !

Tenez bon, Mme la Ministre !
Il y a des semaines où on a moins envie de commenter l’actualité éducative que d’autres. Mais est-ce encore de l’actualité éducative d’ailleurs ? Faut-il parler des couvertures ignobles de Minute et de Valeurs actuelles consacrée à Najat Vallaud-Belkacem ? Est-ce utile ou contre-productif ?
Celle de Minute avec une photographie de la ministre est titrée “Une Marocaine musulmane à l’Éducation nationale : la provocation Vallaud-Belkacem”. L’autre, celle de Valeurs Actuelles présente une image en contre-plongée où Najat Vallaud-Belkacem n’est pas en valeur (ce qui est rare !) et est titrée “L’ayatollah, enquête sur la ministre de la Rééducation Nationale“. Beaucoup ont dénoncé ces deux couvertures abjectes et les attaques sur les origines dont Najat Vallaud Belkacem est l’objet. Il n’y a rien de plus à dire que notre dégoût d’éducateurs de constater que ces valeurs qu’on aimerait oublier sont malheureusement encore actuelles...
La ministre n’a pas répondu ou très peu à la diffusion de ces images. On l’a entendu citer Pierre Desproges qui disait qu’avec Minute on avait toute l’œuvre de Sartre : à la fois la Nausée et les Mains sales... Elle a évoqué aussi dans une émission de télévision les messages de soutien qui lui parvenaient.
Pour Louise Tourret dans Slate, Najat Vallaud-Belkacem a raison de ne pas répondre aux attaques. Après avoir rappelé que la femme politique n’a jamais parlé de sa famille et de ses enfants, la journaliste ajoute “Est-ce parce qu’elle sait, consciemment ou inconsciemment, qu’elle doit, devra, se protéger ? Et échapper à ce à quoi les racistes, les sexistes et les fachos de tous poils ne cesseront de la renvoyer : devoir se justifier d’être qui elle est. Pour le moment, alors que son visage est à la une de nombreux titres, et pas que d’extrême droite, et alors qu’elle est chargée de dossiers qu’il faut résoudre à court terme (les rythmes) et de réformes qu’il faudrait mener à moyen et long terme (l’éducation prioritaire, le recrutement des enseignants), ce silence semble être la meilleure des réponses.
On peut cependant ajouter que la ministre de l’Éducation progresse spectaculairement dans les sondages d’opinion y compris chez l’électorat de droite. En un mois, elle est grimpée de la neuvième à la seconde place de ce classement. Elle devient ainsi la personnalité de gauche préférée des Français. Toutefois, elle reste derrière Martine Aubry dans le coeur des sympathisants de gauche, mais elle opère une percée inédite... dans l’électorat de droite. Peut-être le signe que cet électorat ne se retrouve pas dans les outrances de certains de ses dirigeants.
Pour clore ce chapitre sur la personnalité de la Ministre on pourra aller lire le Courrier Picard qui rappelle que la nouvelle ministre de l’Éducation Nationale est arrivée à l’âge de quatre ans dans les quartiers nord d’Amiens. Le Courrier Picard est donc allé interroger des enseignants qui ont suivi la scolarité de Najat Vallaud-Belkacem. Au lycée Delambre, dans le quartier Marivaux, elle ne rappelle que de bons souvenirs à sa professeur de Lettres. «  Elle était très discrète, observatrice, assidue. Elle ne faisait jamais de vagues. Elle arborait déjà ce sourire qu’on lui connaît aujourd’hui. Elle travaillait tout à fond. L’élève rêvée en fait  », se rappelle l’enseignante, qui ajoute que le nom de Belkacem se conjugue au féminin pluriel puisque les trois sœurs qui se sont succédé, ont toutes eu des parcours exemplaires dans l’établissement. Elle évoque aussi le rôle majeur de la mère de famille toujours très attentive aux études. Laissons la conclusion de ce Bloc Notes à l’animateur du centre culturel : «  Quand on parle de Najat aux jeunes filles du quartier, on voit des yeux qui pétillent. Pour parler de réussite de l’école publique, on ne pouvait rêver de meilleur ministre de l’Éducation nationale »

Lundi c’est le retour de tous nos chroniqueurs et dessinateurs pour une nouvelle année scolaire, à votre service, de lecture et de commentaires de la presse.
Bonne Lecture...

Philippe Watrelot