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Bloc-Notes de la semaine du 1er au 7 juin 2015

- Collège - Programmes- FCPE – Fête -


Ce bloc notes est dans une sorte d’entre-deux. La polémique sur la réforme du collège semble se réduire un peu et le marronnier du baccalauréat n’est pas encore arrivé. On verra donc les derniers développements sur le collège et les programmes avant de donner des nouvelles de la FCPE et de la fête des profs

Collège
L’agitation autour du collège semble retombée même si quelques journaux dont Le Figaro s’acharnent à alimenter la polémique et que trois anciens ministres avec quelques intellectuels ont lancé une pétition « pour un collège de l’exigence ».
Quand on compte le nombre d’articles sur le collège parus au cours de cette semaine. , c’est la chute... Même à l’occasion de la journée de mobilisation du 4 juin organisée par plusieurs syndicats dont le SNES. Il s’agissait pour cette journée d’organiser des rencontres avec les parents et les enseignants pour débattre de la réforme du collège. Le but était aussi de préparer la grève prévue le 11 juin prochain. On notera que la Ministre a répondu à un courrier du SNES, le syndicat publie la réponse sur son site . Najat Vallaud-Belkacem y pointe les désaccords (autonomie, conception de l’interdisciplinarité, modulation des horaires sur le cycle 4 prévue dans l’arrêté, devenir de certains enseignements) mais essaye de ramener dans le champ de la négociation dans le cadre de l’arrêté qui a été publié le lendemain de la manifestation : “je pense que des discussions sont nécessaires pour préciser le cadre donné actuellement par le décret et l’arrêté sur l’organisation des enseignements au collège et apporter les réponses aux interrogations des enseignants. C’est pourquoi je vous propose de participer au groupe de travail que je vais mettre en place dans la semaine du 8 juin et qui permettra d’élaborer des textes complémentaires. ”. Le syndicat répond, toujours sur son site que pour sa part “il n’acceptera de discuter que sur des textes réglementaires (décret ou arrêté) ”. Il demande donc toujours le retrait de l’arrêté actuel.
Par ailleurs, trois anciens ministres de l’Education, François Bayrou, Jean-Pierre Chevènement et Luc Ferry ainsi que l’essayiste Pascal Bruckner, l’éditorialiste de Marianne Jacques Julliard et le philosophe Michel Onfray demandent le retrait de la réforme du collège et un « débat républicain » « pour un collège de l’exigence » dans une tribune parue vendredi dans toute la presse quotidienne régionale. Ils invitent les citoyens à signer leur texte sur internet.
Une forme de réponse peut être trouvée avec le discours de Najat Vallaud Belkacem au congrès du PS le samedi 6 juin (vidéo à 58 ‘) . Elle commence son discours en rappelant ses révoltes d’enfance et de jeunesse et son retour il y a quelques mois dans les quartiers d’Amiens Nord où elle a grandi. Elle évoque alors avec beaucoup d’émotion sa peine face au destin de ses camarades du collège César Franck il y a vingt ans. « Ont-ils tous “démérité”, ceux-là que je revois à l’âge de onze ans avec leur cartable plus lourd qu’eux[…]est–ce vraiment parce qu’ils ont refusé de travailler, de faire des efforts, de se discipliner, ou de respecter l’autorité qu’ils n’ont pas eu une autre vie ?  » et elle poursuit « Parfois j’aimerais moi aussi croire à ces belles histoires faciles qu’on nous raconte où il y aurait les gentils enfants qui comprennent très vite comment et pourquoi travailler avec la réussite garantie au bout du chemin. Et puis, les autres, ceux dont la paresse serait inscrite dans les gènes, et qui ne doivent s’en prendre qu’à eux-mêmes s’ils échouent. Et au milieu de tout cela une “main invisible” de la vie comme il existe une “main invisible” du marché qui ordonnerait très bien tout cela toute seule. […] » Dans la suite de ce discours d’une quinzaine de minutes elle fustige aussi la “bonne conscience” de ceux qui publient des tribunes incantatoires. « La bonne conscience c’est celle qui consiste à entrouvrir la porte d’un système injuste à quelques-uns dûment sélectionnés pour leur bonne mine sans jamais remettre en cause le système et ses injustices structurelles » a-t-elle martelé avant cette injonction à son auditoire : « chers camarades ne laissez jamais la droite défigurer le mérite comme elle l’a fait avec la laïcité et la solidarité » .
Un discours qui mérite une écoute attentive et qui permet de se rappeler aussi que l’engagement en politique ce n’est pas seulement une question de carrières et de postes comme on voudrait trop souvent le réduire à cela. Ce sont aussi des idées, des convictions et des indignations forgées quelquefois dès l’enfance...

Programmes
Si la polémique sur le collège semble se ralentir, elle se poursuit sur les programmes. Le Figaro poursuit sa campagne sur ce thème en insistant sur les autres disciplines que l’histoire.
Mais c’est celle-ci qui focalise toujours l’attention. Le mercredi 3 juin se tenait à la Sorbonne, un grand forum sur l’enseignement de l’histoire avec la participation de nombreux intellectuels. Quelles finalités pour cet enseignement ? Libération répond à cette question avec ce titre « Panser les plaies ou les penser ? ». Mais au delà du fond, c’est la signification politique qui fait débat. Pour Le Figaro , cette réunion serait une “opération déminage”. « Cette journée était prévue depuis longtemps », assure le président du Conseil supérieur des programmes (CSP). « La vive polémique qu’a suscitée la première version des programmes, nous a simplement conduits à donner un peu plus d’ampleur à ce forum », concède Lussault.
Le Monde rappelle que le CSP a prévu d’autres « séances de réflexion » que son colloque sur l’histoire. « Ce n’est pas une manière de mettre la poussière sous le tapis, plaide Michel Lussault, mais d’aller plus loin dans la logique de discussion […] pour trouver les meilleurs choix d’écriture et de présentation[des nouveaux programmes] afin que l’évolution soit irréversible.  »
Toutes ces polémiques et ces pressions interrogent quand même sur la réelle indépendance du Conseil Supérieur des Programmes. Il n’est pas inutile de rappeler que cette instance a été (re)créée par la loi de refondation en réaction à la période précédente où les programmes (notamment ceux de 2008 pour le Primaire) avaient été élaborés de façon totalement opaque. Et l’immixtion du politique était très forte. Malgré la volonté affichée par la loi, on s’aperçoit que les mauvaises habitudes ont la vie dure. Et on peut craindre que les programmes servent alors de variable d’ajustement pour calmer l’opinion.
Il faut rappeler enfin que la consultation sur les projets de programmes pour les cycle 2, 3 et 4 a lieu en ligne du 11 mai au 12 juin 2015. Le CRAP-Cahiers Pédagogiques propose sur son site des ressources pour analyser ces projets ainsi que des pistes pour réfléchir à l’interdisciplinarité.

FCPE
La FCPE, première fédération de parents d’élèves, s’est choisi samedi 6 juin une nouvelle présidente, Liliana Moyano, président du conseil départemental des Ardennes et ancienne trésorière, en remplacement de Paul Raoult. C’est la première femme à ce poste.
Alors qu’au sein de l’association, on évoquait surtout un problème de gouvernance, on se souvient que plusieurs commentateurs avaient vu dans la non réélection du président au poste d’administrateur une remise en cause du soutien de la fédération de parents à la réforme du collège.
Cette réforme, la FCPE «  l’a portée, l’a construite et nous sommes toujours d’accord sur l’essentiel  », a déclaré après son élection Mme Moyano, Seulement, selon elle, il y a dans cette réforme « des points qui doivent évoluer  » et il faut s’assurer que les moyens dont elle sera dotée seront à la hauteur de ses ambitions, celle notamment de favoriser la mixité sociale. «  Nous allons redoubler d’explications, d’échanges...  », insiste-t-elle, en s’affirmant à «  l’écoute ».

Fête
Dans plusieurs pays elle existe déjà, elle a lieu le plus souvent le 5 octobre qui est la date recommandée par l’UNESCO mais elle a lieu aussi le 10 ou 11 septembre ou encore le 28 février.
L’association Synlab inaugure la Fête des profs ce 6 juin 2015 , inspirée de manifestations implantées depuis longtemps à l’étranger, notamment dans le monde anglo-saxon.
Pourtant dans le milieu enseignant, l’annonce de cette journée semble plutôt provoquer de l’ironie et des ricanements que de l’adhésion. Malgré les sondages, les enseignants ont un sentiment fort de déclassement et de ne pas être reconnu. Et cela a bien sûr un effet sur la manière dont sont vécues les réformes, quelle qu’elles soient.
Pourtant contrairement à la perception que ceux-ci peuvent en avoir, l’image des enseignants est plutôt bonne dans l’opinion. Selon un sondage, commandé pour l’occasion, 66 % des Français ont une bonne image des enseignants, qui leur ont transmis l’amour d’une matière (59%), le goût d’apprendre (41%), une indispensable confiance en eux (31%), voire, pour près d’un quart, une passion qui nourrit leur vie d’adulte.

Bonne Lecture...

Philippe Watrelot