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Bloc-Notes de la semaine du 19 au 25 septembre 2016

— 3-18 — 60.000 — Sarkozix et les dégâts de la Marine — Assassins — Lectures —


Voici venu le temps des tactiques électorales. Et l’École n’y échappe pas. D’abord du côté gouvernemental avec la promesse faite par la ministre d’étendre la scolarité de 3 à 18 ans qui n’est pas sans arrières pensées électorales. C’est le cas aussi avec la communication sur les 60.000 postes promis et créés. En face, le feuilleton continue avec les aventures de Sarkozix le gaulois mais aussi les propositions de Marine Le Pen pour l’éducation. Outrance et excès sont au rendez vous tout comme dans le livre qui a agité les réseaux sociaux enseignants. Écrit par une journaliste de l’Obs, il dresse une liste des “assassins de l’École”. Rien de moins... On finira ce bloc-notes avec quelques conseils de lecture.
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3-18
Pour “aller plus loin sur l’éducation lors du prochain quinquennat”, “je proposerai d’étendre la scolarité obligatoire de 3 à 18 ans”. C’est par un tweet publié le 17 septembre lors des universités de l’engagement, (organisées par le PS jusqu’au 3 décembre), que la ministre de l’Education a formulé cette proposition qu’on peut presque qualifier de “promesse de campagne”. Pour aller jusqu’au bout de cette réforme, Najat Vallaud-Belkacem estime qu’il faudrait créer "5.000 à 7.000 postes de professeurs supplémentaires".
Dans la course à la présidentielle qui commence, Najat Vallaud-Belkacem se pose donc à contre-courant des positions de candidats à la primaire à droite, qui veulent durcir l’orientation en fin de 3e et prônent la sélection précoce... Elle donne ainsi des gages à son camp et à un électorat qu’il faut reconquérir. Pour le Snes-FSU, syndicat majoritaire du second degré, ainsi que pour le Parti Communiste, l’allongement de la scolarité obligatoire est en effet une vieille revendication.
Pour comprendre les enjeux, rappelons qu’actuellement la scolarité obligatoire est de 6 à 16 ans . C’est la réforme Berthoin en 1959 qui a fait passer la limite de 14 à 16 ans. Si aujourd’hui 98% des enfants de 3 ans vont déjà à l’école maternelle, c’est à l’autre bout de la proposition que les questions sont les plus vives. Aujourd’hui près de 97% des jeunes de 16 ans sont au lycée et plus de 77% des jeunes de 18 ans sont scolarisés. Mais on sait que le décrochage est un problème qui est loin d’être résolu (on estime à 80.000 le nombre de décrocheurs de 16 à 18 ans). L’obligation de scolarité obligerait à faire évoluer le système pour favoriser les passerelles entre les voies et les filières et offrir des orientations plus positives.
Comment cette proposition est-elle accueillie ? A droite, on parle de “fuite en avant”, de démagogie, on ironise sur le fait que c’est un moyen de truquer les chiffres du chômage. “Il est curieux que cette proposition arrive à quelques mois de l’élection présidentielle” s’étonne, quant à elle, Frédérique Rolet du SNES-FSU dans L’Humanité . Sur RMC, la même affirme "Pour que l’école obligatoire jusqu’à 18 ans soit efficace, il faut repenser toute la scolarité". En résumé, si beaucoup à gauche considèrent que cette proposition va dans le bon sens, elle serait trop tardive et aurait un parfum de manœuvre électorale.
On aurait pu préférer que cela soit annoncé en début de quinquennat. On peut aussi considérer qu’il fallait d’abord recréer des postes pour assurer l’existant et redonner de la formation aux stagiaires, ce qui rendait difficile la réalisation effective de cette proposition, faute de vivier. On ne peut faire de l’incantation sans vérifier que l’intendance suive. La subtilité de ce coup politique est qu’il oblige des opposants de gauche à se positionner et à admettre donc implicitement que pour que la proposition dont ils ne peuvent vraiment se désolidariser puisse se réaliser, il faudrait battre la droite dès le 1er tour...
Au delà du commentaire politique, faisons un pas de côté pour revenir à un débat plus général sur la conduite du changement. Frédérique Rolet l’affirme "Pour que l’école obligatoire jusqu’à 18 ans soit efficace, il faut repenser toute la scolarité". Ce qui suppose donc de profondes réformes. Car à système éducatif constant, une telle obligation n’aurait que peu d’effets en particulier sur les décrocheurs qu’on s’acharnerait à maintenir dans un système inchangé qui ne leur convient pas. Avec la question de l’extension de la scolarité à 18 ans comme avec la question de la fin du redoublement et bien d’autres points du même genre, ce qui se pose c’est de savoir quelle est la dose de volontarisme et celle de conditions préalables pour réussir une réforme. Sans compter la question du temps...
Ce qui est intéressant également c’est de constater qu’il y a là aussi dans la déclaration de F. Rolet une sorte de volontarisme qui étonne quand on pense aux critiques faites à la réforme du collège qu’on accusait justement d’être trop...volontariste.
La conduite du changement est une alchimie complexe. Si on attend que tout le monde soit formé pour mettre en œuvre un dispositif, on ne le fera jamais. A l’inverse si on décide brutalement un changement sans qu’il y ait un minimum d’anticipation ça ne marchera pas non plus. On peut de temps en temps "bousculer" pour contraindre les pratiques à s’adapter et trouver collectivement des solutions à la nouvelle situation. Mais cela demande du temps et il y a souvent une impatience qui nous conduit à juger trop vite de l’efficacité de telle ou telle mesure à peine lancée (je lis déjà des articles sur le bilan des EPI...). Il faut aussi tenir compte du phénomène des “prophéties autoréalisatrices" : si on pense que ça ne va pas marcher... il y a de fortes chances pour que ça ne marche pas ! Et dans le contexte actuel de morosité et de crispation, l’optimisme n’est pas la valeur la mieux partagée....!

60.000
60.000 postes dans l’Éducation : engagement tenu ! ” C’est ce que met en avant la communication sur le site du Ministère. Tout comme avec l’annonce de la future disparition du “trou de la sécu”, on est dans la mise en avant du bilan du quinquennat avec une des promesses les plus emblématiques de la campagne de 2012. J’avais montré dans un article de blog il y a quelques mois, le contexte et les enjeux de cet engagement. Avec l’annonce de la création de 12.842 postes dans le projet de loi de finances 2017 qui s’ajoutent aux 47.158 déjà créés ce seraient donc 54.000 postes qui auront été créés dans l’éducation nationale auxquels il faut ajouter 5000 postes dans l’enseignement supérieur et 1000 dans l’enseignement agricole. Il faut aussi rappeler que c’étaient près de 80.000 postes qui avaient été supprimés sous le précédent quinquennat. C’est la raison pour laquelle, il est préférable de parler de re-créations...
Alors, le compte est bon ? Si beaucoup de journaux titrent sur cette promesse tenue, cela n’empêche pas les critiques et les calculs. Selon Xavier Marand co-secrétaire général du SNES-FSUinterviewé par France Info "La ministre fait des jeux d’écriture pour atteindre 60 000 postes".Il explique que les concours pour les postes d’enseignants "ne font pas le plein" et considère que les effets sur le terrain sont assez peu visibles.
Sur quoi porte le débat ? Comme je l’avais déjà montré dans un article de blog, il y a, me semble t-il, trois points de débats :
- temps plein ou mi-temps ?
- créations brutes ou nettes ?
- postes créés ou pourvus ?
Près de la moitié des postes créés l’ont été dans le cadre de la restauration de la formation initiale des enseignants. Ceux-ci sont de nouveau en alternance pour la première année d’enseignants. On ne peut que s’en réjouir mais cela signifie qu’aujourd’hui parmi les postes créés une partie est encore à mi-temps. Cela amène certaines critiques à considérer qu’on ne peut pas les compter comme des créations de 60.000 postes ETP (équivalents temps plein). Mais ils le seront ensuite !
Le deuxième reproche est plus important. Car dans le même temps que des postes sont créés, d’autres enseignants partent en retraite. Les créations compensent-elles ces départs ? En d’autres termes, s’agit-il de créations brutes ou nettes ? À cela s’ajoute une autre dimension qui est celle du boom démographique qui a été négligé par le précédent quinquennat et a eu un effet de soustraction limitant l’impact des créations dans les classes et les établissements. Plusieurs analystes considèrent que, pour évaluer l’effet réel de la politique menée, il faudrait regarder le nombre de postes de titulaires effectivement créés, c’est à dire supplémentaires par rapport à la fin du quinquennat précédent et les comparer aux besoins du système scolaire au regard de la hausse démographique. Il y a donc toute une ligne syndicale et politique très critique qui va même jusqu’à parler d’ “entourloupe” voire de “mensonge”... Il n’en reste pas moins que cette posture peut avoir des conséquences dans les urnes et conduire à des politiques de suppressions de postes. Et là il n’y aura plus à discuter pour savoir si elles seront "nettes" ou "brutes". Elles seront juste brutales...
La troisième critique nous rappelle que “poste créé” ne veut pas dire “poste pourvu”. Ce sont 25.000 enseignants que va recruter l’Éducation nationale en 2017. Mais le problème est que tous les postes mis aux concours ne trouvent pas forcément de candidats. Concernant le CRPE, alors que tous les postes étaient pourvus en 2011, 550 ne l’étaient pas en 2016. Et si 800 postes n’étaient pas pourvus au Capes externe de 2011, 1.100 ne l’ont pas été en 2016, essentiellement en mathématiques, lettres (modernes et classiques), anglais et allemand. Même si les concours 2016 ont montré une reprise des inscriptions, certains CAPES (concours du second degré) ont un rapport inscrits/postes très bas. Ce qui fait dire que la sélectivité est faible. En fait pour le premier degré, les concours sont aussi plus ou moins sélectifs selon les départements nous dit Le Monde . Et pour certains concours, nous dit le journaliste Erwin Canard, sur EducPros.fr la question d’une baisse des exigences se pose même. En mathématiques, nous dit le journaliste , entre 2012 et 2015, la barre d’admissibilité (sur 20 points) a été successivement placée à 6,75, 6,50, 6 et 5,7, avant de remonter à 6 en 2016. La question du recrutement nous renvoie à celle de l’attractivité du métier et évidemment aussi à celle de la rémunération.
Quoi qu’il en soit, si la question des 60.000 postes sera, sans nul doute, âprement débattue dans la campagne présidentielle qui a déjà commencé, il ne faut pas oublier que tous les programmes de la droite prévoient quant à eux une baisse du nombre de postes...

Sarkozix et les dégâts de la Marine
Le feuilleton de la campagne continue avec cette semaine les aventures de Sarkozix le gaulois mais aussi les propositions de Marine Le Pen pour l’éducation.
Lundi 19 septembre, à Franconville, dans le Val-d’Oise, Nicolas Sarkozy a donné un meeting durant lequel il a donné sa vision de l’intégration à la société française. "Nous ne nous contenterons plus d’une intégration qui ne marche plus, nous exigerons l’assimilation", a-t-il lancé en ajoutant que tout nouveau citoyen devrait se dire : "J’aime la France, j’apprends l’histoire de France, je vis comme un Français. Et il a poursuivi en affirmant qu’à partir du moment où l’on devient Français, "on vit comme un Français et nos ancêtres sont les Gaulois".
Cette phrase a suscité beaucoup de critiques et de sarcasmes sur les réseaux sociaux. Mais il faut bien reconnaitre que l’ex-président et candidat a rempli son objectif : il provoque et il met le thème de l’identité nationale à l’agenda et oblige tout le monde à se positionner par rapport à cela.
Il y a donc eu beaucoup de réactions sur cette expression controversée” selon Le Figaro . Pour la replacer dans un contexte historique on pourra se tourner vers un texte de Claude Lelièvre Mediapart qui revient au point de départ en redonnant le texte d’Ernest Lavisse à l’origine de l’expression ou texte de 2008 de l’historienne Suzanne Citron (Rue89 . Elle a aussi suscité des remarques sur les réseaux sociaux de la part des profs d’histoire . Deux chercheuses (Mathilde Larrère et Laurence de Cock) qui ont été particulièrement actives sur les réseaux sociaux ont rassemblé dans un “storify l’ensemble de leurs interventions sur Twitter.
Pendant ce temps là, se tenait une convention le jeudi 22 septembre sur le thème de l’Ecole organisée par le Collectif Racine et le Collectif Marianne. La convention a été ouverte par Florian Philippot et c’est Marine Le Pen qui a prononcé le discours de clôture. On trouvera un compte rendu assez détaillé dans Le Monde ou Les Échos. On lira aussi une forte critique dans une interview de Laurent Escure de l’UNSA Éducation dans l’Obs. La présidente du Front National a, en fait, formulé seulement trois propositions :
- un retour aux “fondamentaux" avec 50 % du temps consacré à l’apprentissage du français.
- suppression du collège unique avec « revalorisation » de la voie professionnelle
- à l’université : sélection dès l’entrée et à tous les niveaux.

Marine Le Pen s’est aussi livrée, sans surprise, à une critique en règle des «  pseudo-pédagogues qui hantent les couloirs de la Rue de Grenelle  ». « Les folies pédagogistes ont trop duré, les professeurs n’ont pas besoin d’experts scientifiques, ils sont les vrais experts », a-t-elle asséné (et on va voir qu’elle n’est pas la seule...). Le message qu’elle voudrait faire passer au monde enseignant qu’elle cherche à séduire est donc très démagogique : dans son projet ce ne sont ni les chercheurs ni les enfants qui seraient « au centre », mais les professeurs.

Assassins
Mise au pilori...
C’est la page du magazine Le Point qui a surtout fait réagir . On y voit huit visages alignés sur deux rangées avec leur nom et une courte présentation et en titre “Ils ont tué l’école !”. Cette présentation (qui en rappelle d’autres) accompagne la présentation de l’ouvrage de Carole Barjon (journaliste à l’Obs....) “Mais qui sont les assassins de l’École ?”. Sur le site de l’éditeur Robert Laffont, voici comment l’auteur présente son livre : « 20 % des jeunes Français savent à peine lire. Comment a-t-on pu en arriver là, dans une démocratie comme la France, longtemps enviée pour la qualité de son système éducatif ? Qui sont les véritables responsables de ce désastre ? […]Pour m’expliquer l’origine de cette faillite, j’ai voulu connaître les auteurs, ou plutôt les fauteurs, des politiques éducatives qui y ont conduit. Les identifier, afin de comprendre ce qu’ils avaient en tête au moment où ils ont conçu et/ou appliqué ces nouveaux contenus, ces nouvelles pratiques, ces nouvelles méthodes, ces nouvelles règles. À l’heure de la transparence et de la traçabilité dans tous les domaines, j’ai voulu savoir comment des gens en principe sains d’esprit ont pu engendrer de telles aberrations, ce que ces réformateurs mal inspirés pensent du résultat de leurs initiatives et s’ils en éprouvent aujourd’hui des regrets, voire des remords. Paradoxe terrible : ceux qui voulaient rendre l’école moins inégalitaire en sont arrivés à la rendre plus injuste. » Là aussi, il y a eu de nombreuses réactions. On peut citer surtout celle de Christophe Chartreux sur son blog “Prof en campagne qui est la plus emblématique.
Au delà de l’indignation légitime devant le procédé et les approximations de cette journaliste, il faut aller chercher dans la critique de son confrère Paul Quinio dans L’Obs quelques matière à réfléchir. S’il pointe les outrances de ce pamphlet, il appelle aussi le lecteur "pédago-compatible" à penser contre lui-même en considérant que cet ouvrage peut y aider. Il y a d’abord une question mille fois posée : est-ce que l’école d’aujourd’hui est celle des “pédagos” ou celle du conservatisme ? En d’autres termes souffre t’elle d’un excès de réformes ou au contraire d’une insuffisance ou encore d’un dévoiement des réformes ? On a beau jeu d’accuser les pédagos et de les rendre responsables de la difficulté du système à lutter contre les inégalités alors que celui-ci est surtout marqué par l’immobilisme. Le journaliste évoque ensuite des “méa-culpa” à propos de questionnements de certains de ces "pseudo-assassins". Meirieu et Dubet qui s’interrogent ? mais c’est normal de s’interroger et ce n’est en rien un “méa-culpa“ ! Avoir des convictions et les porter ne signifie pas qu’on est pétri de certitudes, il est normal de se questionner alors qu’en face, bien souvent on ne se pose aucune question tant on est sûr d’avoir raison ! A la lecture de cette recension on s’aperçoit aussi que la principale référence sur laquelle s’appuie Barjon semble être les travaux de Sandrine Garcia et Anne-Claudine Oller dont on a montré le caractère très discutable. Et il y a beaucoup d’autres approximations du même genre.
Enfin, si l’interrogation posée sur la persistance des inégalités est ô combien légitime, la manière d’y répondre en désignant à la vindicte des “assassins” est insupportable et nous renvoie à des procédés et des époques qu’on aurait aimé savoir derrière nous...

Lectures
Finissons cette revue de presse par quelques lectures...
Notre attention a été attirée cette semaine par l’interview de Denis Laforgue, dans le Café Pédagogique . Celui-ci est ethnographe et il a observé pendant deux ans le fonctionnement d’une inspection académique. L’entretien donne envie de lire le livre. On y évoque tout le poids des logiques routinières dans le maintien des inégalités.
La démocratisation des diplômes est-elle allée trop loin ? ”, c’est la question que pose Louise Tourret sur Slate.fr après sa lecture du livre de Louis Chauvel La Spirale du déclassement. Essai sur la société des illusions. (Seuil).
Il y aurait plein de choses à dire sur cet article. En cours de SES (désolé je fais mon prof...) je prends bien soin de distinguer “démocratisation" et "massification"... Incontestablement il y a eu une massification de l’école mais malheureusement il s’agit d’une démocratisation en trompe l’œil ( le sociologue Pierre Merle parle de “démocratisation ségrégative” ). Bien sûr il y a plus de personnes qui ont le bac mais ce ne sont pas les mêmes bacs et l’accès est loin d’être le même selon les catégories sociales. Ensuite, la thèse de l""inflation scolaire" (développée d’abord par Marie Duru-Bellat) est contestable et doit être nuancée. Si certains métiers sont en effet l’objet d’une surqualification conduisant à une dévalorisation du diplôme (là où il fallait le brevet, il faut aujourd’hui le bac) pour d’autres l’augmentation des diplômes correspond à une véritable augmentation des qualifications requises. S’il existe une peur du déclassement bien présente en France et que Chauvel reformule une nouvelle fois dans ce livre, cette peur doit être nuancée et relativisée. Et, en tout cas, elle ne doit pas amener à conclure dans une sorte de pessimisme nihiliste à l’idée que les diplômes ne valent plus rien... Cette thèse est aussi dangereuse parce qu’elle démobilise les plus fragiles et qu’elle sert les intérêts des plus privilégiés qui savent, eux, que les diplômes leur sont utiles... L’enjeu est plutôt de construire une vraie “démocratisation" plutôt que de, au final, faire le jeu de l’élitisme.
Nous avons massifié. Nous n’avons pas su démocratiser” c’est d’ailleurs ce que dit Charlotte Magri dans The Conversation. Cette ancienne professeur des écoles qui avait été la lanceuse d’alerte sur la situation des écoles à Marseille vient de sortir un livre intitulé “Lettre ouverte au ministre de l’Éducation Nationale” (Stock)
Dans Libération du 19 septembre, on pourra lire une tribune d’Andréas Schleicher, directeur du département Éducation à l’OCDE . Pour lui « les types de compétences les plus faciles à enseigner et à évaluer sont aussi les plus faciles à numériser, à automatiser et à externaliser. C’est pourquoi l’éducation doit s’attacher davantage à notre façon de raisonner, en développant notamment la créativité, l’esprit critique, la résolution de problèmes et la prise de décisions, à notre façon de travailler, en développant les compétences de communication et de collaboration, et à nos traits de personnalité, en encourageant ceux qui nous aident à mieux vivre et travailler ensemble. » Il annonce donc que dans les prochaines enquêtes PISA à partir de 2018 on évaluera les “compétences globales” c’est-à-dire la résolution de problèmes et la capacité à coopérer.
Le plat de résistance de cette série de lectures est un rapport absolument passionnant. Intitulé Quelle finalité pour quelle École ? , il émane de France Stratégie qui est un organisme officiel de réflexion prospective héritier du commissariat au Plan. “Quelle école voulons nous ?” c’est la question à laquelle répond ce rapport rédigé par Son Thierry Ly qui constate qu’une des difficultés aujourd’hui de notre système éducatif est que ses finalités ne sont pas claires et cela contribue au malaise des enseignants. Le collectif réuni autour de cet économiste définit trois hypothèses  : une école qui prépare au monde professionnel, une école qui permette l’accomplissement de la personnalité, une école qui transmet une culture commune. Et pour chacune d’entre elles, il repère les défis et essaye de voir concrètement les conséquences en termes d’organisation. C’est vraiment très éclairant et cela donne de nombreuses pistes de réflexion et d’actions...
Et dans la période qui s’annonce on a vraiment besoin d’une réflexion rigoureuse et hors des caricatures, par Toutatis !

Bonne Lecture...

Philippe Watrelot

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