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Bloc-Notes de la semaine du 16 au 22 mai 2016

- Collège - FCPE - Handicap - Médiateur – Crache test – pire & meilleur -



Le bloc notes de la semaine revient sur la réforme du Collège à laquelle plusieurs articles sont consacrés. Une réforme qui est confrontée à deux risques opposés et parallèles : d’un côté celui de l’inertie et de la cristallisation des postures et de l’autre celui de l’excès de communication et du discours performatif... On évoque aussi dans cette chronique le congrès de la FCPE, les annonces autour du handicap, le rapport du médiateur, les tests salivaires en Ile de France... Et on finit par le pire et le meilleur. Et une prophétie !

Collège, option inertie
Le journal Le Monde a consacré plusieurs articles jeudi dernier à la réforme du collège. Un premier article évoque du latin aux classes bilangues, un an de polémiques sur la réforme du collège”. Mais comme le note l’article, celles ci ont évolué. Des positions de principe sur l’enseignement du latin ou l’apprentissage d’une deuxième langue et des débats qui en ont suivi ont est passé aussi à d’autres préoccupations : “la polémique a été relancée sur le calendrier de la réforme (un an pour tout changer), sur la charge de travail et la multiplication des réunions, le surcroît d’autonomie accordé aux établissements et leur supposée « mise en concurrence »… ”. Et tout cela se met en place avec plus ou moins de bonne volonté...
Car le risque est que la force d’inertie l’emporte sur la logique du changement. D’autant plus que le SNES-FSU, syndicat majoritaire, appelle à une “résistance pédagogique” et à “neutraliser” les effets de cette réforme . Comme l’affirme dans Le Monde, un responsable de ce syndicat : “« on peut très bien, par exemple, parvenir à maintenir ce qui a été fragilisé comme le latin ou les bilangues, bricoler des EPI, habiller l’existant pour être conforme… Localement, des arrangements peuvent se trouver pour parvenir à abroger de fait la réforme » ”. Michel Lussault, le président du Conseil Supérieur des Programmes interviewé dans Ouest France évoque lui aussi cette mise en œuvre délicate. Comme il le précise : “Tout ne sera pas réglé à la rentrée. Il y a des enseignants qui auront une relation un peu distante avec les nouveaux programmes, mais j’espère que cette distance va diminuer progressivement. ”.
C’est ce constat de la force d’inertie qui amène au deuxième article du Monde où Mattea Battaglia s’inquiète. Avec Collège 2016, écrit-elle “le gouvernement prend le risque de rendre illisible la «  refondation  » de l’école ”. Avec un danger, que l’ensemble du projet de « refondation » de l’école ne soit réduit, au moins dans les esprits, à cette dernière polémique. Un ultime bras de fer susceptible de “peser dans les urnes dans un an… au moins au premier tour”, fait-on valoir au sein de l’intersyndicale anti-réforme du collège, portée par le SNES-FSU.
Au delà de l’aspect électoraliste, la question posée est donc toujours la même, c’est celle de la conduite du changement et de la maîtrise du temps. C’est devenu presque une banalité de dire que le temps de l’éducation n’est pas celui du politique. Une réforme a besoin de temps pour s’installer et pour que les personnels se l’approprient. Mais encore faut-il pour cela qu’on ait pas le sentiment que tout cela vient « d’en haut » de la part de gens “qui savent”. Il faut que que ça s’inscrive dans des espaces de liberté où les personnels ont de la marge de manœuvre. Étonnant paradoxe, cette réforme du collège le prévoit puisqu’elle donne une certaine autonomie mais elle se confronte à un attachement à un égalitarisme républicain qui la fait refuser. Et cela se double d’une méfiance (réciproque ?) entre les personnels de direction vus par certains comme des patrons et des enseignants vus comme des empêcheurs de réformer.
Deux risques opposés guettent : le risque de l’inertie et de la cristallisation des postures chez les personnels (y compris chez les personnels de direction et les syndicats, mais aussi celui de l’excès de communication et du discours performatif au niveau de la “centrale” et au niveau ministériel. Dans les deux cas, c’est mauvais pour le (vrai) changement !

FCPE
Le week-end de pentecôte est traditionnellement marqué par le congrès annuel de la FCPE. Celui-ci a été particulièrement observé, et particulièrement tendu...
Pour Les Échos La FCPE continue de se fissurer sur le soutien à la réforme du collège”. La Marseillaise journal local constate des “tensions très vives à la FCPE ”. Dans L’Express on apprend que “la FCPE adopte une motion critiquant la réforme du collège ”.
Cette motion a été adoptée le lundi à main levée, à 113 voix pour et 111 contre. Une autre motion, demandant la suspension de la réforme, votée par mandat, a quant à elle été rejetée par le congrès (34,61% pour, 61,10 % contre, 4,28 % abstention), a toutefois souligné la direction de la FCPE dans un communiqué. Notons que le 3ème round aura lieu dans une semaine avec le vote au sein du Conseil d’Administration dont une partie a été renouvelée des postes de président, trésorier etc. Ce conseil d’administration se retrouve avec une configuration classique de deux groupes qui s’opposent, la ligne “réformiste” plutôt majoritaire et la ligne d’opposition interne d’“Ambitions FCPE” qui a reçu le soutien spectaculaire sur Twitter du SNES et du SNALC.
Ce qui se joue au congrès de la FCPE semble se situer à plusieurs niveaux.
- D’abord et ce n’est pas négligeable, des ambitions personnelles qui transforment le conseil d’administration de la Fédération en une instance difficilement gouvernable.
- Ensuite des jeux d’influence de part et d’autres qui se sont cristallisés autour de la réforme du collège. La fédération de parents d’élèves est devenue le nouveau terrain de jeu des opposants les plus acharnés. Et comme souvent les "parents d’élèves" les plus virulents sont aussi enseignants...
- Enfin des clivages politiques et des "postures" qui existent depuis longtemps et qui dépassent de loin la seule question de l’éducation. On reproche à la direction actuelle d’être "trop proche du PS" (comme si les opposants étaient eux, sans aucune attache partisane)...Ce qui se joue aujourd’hui ressemble pas mal à du billard à trois bandes où le champ de l’école est peu présent et n’est pas jugé de manière autonome et où il s’agit avant tout de se positionner politiquement. Le congrès de la FCPE est la continuation du débat idéologique interne à la gauche par d’autres moyens.
Et avec tout ça on a quand même l’impression qu’on en oublie de parler pédagogie...!

Handicap
Jeudi, se tenait la 4ème Conférence nationale du handicap. A cette occasion, François Hollande a annoncé la transformation sur cinq ans des contrats aidés d’auxiliaires de vie scolaire (AVS), aujourd’hui limités dans le temps et précaires, en « contrats d’accompagnants des élèves en situation de handicap ». Terminés donc les auxiliaires de vie scolaire (AVS), bienvenue aux Accompagnants des élèves en situation de handicap (AESH). Un acronyme qui fait déjà sourire le web (pour sa ressemblance avec daesh...). Mais, cela n’a pas trop altéré la communication des ministres où on retrouve toute la dimension de bilan du quinquennat qui semble organiser toute l’expression gouvernementale aujourd’hui.
Si l’on veut aller au delà des discours et de la com’, Lucien Marboeuf nous livre un très bon billet sur la réalité de la prise en compte du handicap à l’école. Il ne nie en rien les progrès réalisés mais il n’occulte pas les difficultés. Et à juste titre, il rappelle cette belle phrase du sociologue Serge Ebersold qui, à propos du travail des enseignants parlait de “bricolage héroïque”. On ne peut mieux résumer la réalité...

Médiateur
Le médiateur de l’Éducation nationale a rendu son rapport annuel la semaine dernière. Plusieurs articles s’en font l’écho.
Il s’est surtout penché sur le problème des mutations . qui représentent une bonne partie des recours qui lui sont adressés. Une “affectation dans une académie non désirée” peut provoquer “d’importantes difficultés humaines, déboucher sur des solutions d’évitement non satisfaisantes comme le placement en congé sans traitement ou en disponibilité, des arrêts maladie, voire des démissions, et par ricochet affecter les élèves qui se retrouvent temporairement sans enseignant affirme le médiateur. Il demande de mettre fin aux séparations de conjoints de plus de trois ans et estime que les bonifications en cas de garde alternée des enfants sont insuffisantes.
L’autre sujet mis en avant par le médiateur est celui des concours et examens. . Le médiateur de l’Éducation nationale et de l’enseignement supérieur demande notamment que les notes soient obligatoirement motivées et que les copies puissent être réexaminées en cas d’“erreur manifeste”. “Aujourd’hui plus qu’hier, notre société a soif de transparence (…). Le besoin de connaître les raisons de son échec à un examen participe de cet assouvissement”écrit Claude Bisson-Vaivre. “Or en cas d’échec et en réponse à une demande d’explication, faire valoir pour toute réponse la souveraineté du jury introduit aujourd’hui plus qu’hier, de la méfiance et, parfois, un profond sentiment d’injustice.”. Pour répondre à ce besoin d’explicitations, le médiateur fait trois recommandations. La première est donc l’obligation de motiver les notes. On préconise aussi de rendre obligatoires les commissions d’harmonisation (qui ne se tiennent pas toujours) et que celles-ci donnent lieu à un procès-verbal transmis au jury. Mais la recommandation la plus audacieuse du rapport est sans doute celle de permettre un réexamen d’une copie ce qui, d’une certaine manière, touche au principe de souveraineté du jury.
Enfin, le médiateur n’élude pas l’idée d’alléger l’organisation du bac : “Un examen composé de cinq épreuves terminales permettrait d’aboutir aux mêmes résultats que l’actuel examen constitué d’une dizaine d’épreuves”, estime-t-il. Mais là, on s’attaque à un monument national...

Crache test
Avec Pécresse les lycéens vont en baver...
Le Monde (pas Le Gorafi, hein...) nous apprend que la région Ile-de-France a adopté, jeudi 19 mai, la proposition portée par sa présidente Valérie Pécresse (Les Républicains, LR) de financer des tests salivaires de dépistage de drogue et des éthylotests pour les lycéens franciliens, pour lutter contre les addictions. “Il y a un fléau en Ile-de-France, c’est le décrochage scolaire. A la racine de ce fléau, mettons des mots : des addictions, la drogue, l’alcool et les jeux vidéo, qui sont une autre forme d’addiction” avait affirmé Valérie Pécresse le 25 avril.
D’après certaines sources le coût possible pour faire faire ces dépistages pour un lycée pourrait être de 50000€... (le budget de l’Ile de France est de 5 milliards).
La gauche a mis en place le pass contraception, la droite le test salivaire...

Le pire et le meilleur
Très vite, avant de finir cette revue de presse, quelques résultats du butinage sur la toile . Avec le pire et le meilleur.
Le pire d’abord. Deux articles, l’un issu d’un blog intitulé “TreizHebdo” et l’autre sur le site FranceTV Info nous proposent une plongée dans les eaux troubles de Périscope . Comme tout outil, cette application peut avoir des usages très différents (elle sert par exemple à retransmettre en direct des échos de Nuit debout sur la place de la République) mais dans la manière dont elle est utilisée par les jeunes elle sert surtout à perturber les cours et relève souvent de l’insulte et du harcèlement.
Sur le site du ministère de l’Education Nationale on pourra lire une étude faite auprès des 770 000 jeunes âgés de 16 à 25 ans qui ont participé l’an dernier à la journée défense et citoyenneté. Il s’agit de personnes scolarisées qui ont passé des années sur les bancs de l’école et pourtant n’ont pas acquis les bases de lecture, d’écriture et de calcul. Les 16 - 25 ans sont touchés par l’illettrisme à hauteur de 4,3% c’est un peu plus qu’en 2014. Et près de 10% d’entre eux ont de grandes difficultés de lecture.
Un article récent du journal du CNRS revient sur l’enquête actuellement menée depuis la rentrée 2014 dans 70 collèges et lycées dans l’académie d’Orléans-Tours. On y explore une alternative au traditionnel système de notation : l’évaluation par compétences. Si les premiers résultats sont prometteurs, l’expérience est bien loin d’être finie. Rendez vous en 2018 pour les résultats définitifs
"Madame, vous avez fait quoi pour devenir française ?" ” Doan Bui, grand reporter à L’Obs est retournée dans son ancien collège au Mans qui accueille aujourd’hui des élèves migrants au sein d’une Unité pédagogique pour élèves allophones arrivants (UPEAA). Elle raconte sa rencontre avec des élèves migrants originaires de Syrie, du Kosovo, du Tchad... Un bel article.
Et pour la semaine prochaine ?
Mesdames et Messieurs les journalistes, chers élèves, chers parents, chers lecteurs... Je déclare officiellement ouverte la saison du marronnier du bac !

Bonne Lecture...

Philippe Watrelot

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