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Bloc-Notes de la semaine du 14 au 20 septembre 2015

- Dictée et communication – Que d’histoires ! – Fausses notes – Apprendre à lire - Tableau (noir) ou tablette ?


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Journées du patrimoine : dictée, calcul mental, chronologie, roman national, notes, b-a, BA, tableau noir,...
Cette remarque d’un des co-rédacteurs de la revue de presse, Laurent Fillion, résume bien la tonalité qu’on retrouvera dans ce bloc notes après la présentation des nouveaux programmes et l’amorce d’une nouvelle polémique sur la notation. La capacité de la presse et de l’opinion française à fabriquer des fausses polémiques à partir de la nostalgie d’une École mythifiée et d’informations mal digérées est sidérante...
On peut en voir aussi une illustration avec la manière dont a été lu le rapport de l’OCDE sur le numérique à l’École et l’étude menée sur les méthodes de lecture.

Dictée et communication
Commençons donc ce bloc-notes par la fin de la semaine. Initialement prévue le jeudi 17 en même temps que la grève contre le collège, la remise par le président du Conseil Supérieur des Programmes, Michel Lussault, des projets de nouveaux programmes des cycles 2, 3 et 4 à la Ministre s’est faite vendredi 18 au matin dans les salons du Ministère de l’Éducation. Ces projets sont d’ores et déjà disponibles et téléchargeables sur le site du Ministère . On peut encore parler de “projets”, même s’ils sont présentés comme définitifs, dans la mesure où ils doivent passer par la consultation du CSE et la publication d’un décret qui ne saurait tarder. Car ils doivent être appliqués à la rentrée 2016 en espérant que les éditeurs de manuels seront suffisamment réactifs dans un délai très court (et un peu hors-limite). Chacun pourra se faire son opinion en allant directement à la source. Mais puisque nous nous livrons ici à l’exercice de la revue de presse, intéressons nous surtout à la communication de la ministre et à la manière dont la presse en rend compte.
Les membres du CSP avaient prévu deux niveaux de lecture pour les programmes, avec une partie destinée au grand public et une partie pour les professionnels. Mais ils n’avaient pas anticipé un troisième lectorat, celui des communicants du ministère... Ceux qui ont préparé la présentation qu’allait faire la ministre ont traduit hâtivement certaines préconisations contenues dans les textes : "les activités de lecture et d’écriture sont quotidiennes", "des activités ritualisées" et " [apprendre] à orthographier les mots les plus fréquents" en des formules chocs comme "les élèves feront une dictée chaque jour". Même si c’est un peu dur à avaler, on peut éventuellement comprendre la logique communicationnelle qui consiste à aller dans le sens de ce qu’on croit être l’opinion et les médias pour déminer les polémiques. Et en effet l’avantage de cette interprétation est que les éditorialistes applaudissent quasi-unanimement le retour de la dictée quotidienne. Pensez donc, la dictée, ça parle à tout le monde, ça fait partie du “patrimoine” et nous renvoie tous à l’image d’une école mythifiée...
Marie-Caroline Missir dans L’Express pointe, elle aussi, la manœuvre politique : “Ce qui est en jeu ici, ce n’est pas la dictée, mais l’habillage et la mise en musique de cette réforme. La ministre, qui est bonne élève, n’a pas souhaité reproduire les erreurs commises lors de la présentation de la première mouture de ces programmes au printemps. […] En quelque sorte, cette histoire de dictée n’est rien d’autre que du papier cadeau. Un élément parmi d’autres d’un arsenal de communication. En faire un épouvantail, un cadeau aux réacs c’est faire grand cas d’une recommandation pas si bête, dont chaque enseignant fera bien ce qu’il voudra.L’éditorialiste de Libération y voit un “coup marketing habile de la part de la ministre” et Séverin Graveleau dans Le Monde parle, lui, d’un “coup politique”. Dans le Huffington Post, Geoffroy Clavel, évoque Un exercice de calinothérapie bienvenu à trois mois des élections régionales et au moment où la fronde contre la réforme des collèges reprend du poil de la bête. ”. On peut analyser de la même manière la prudence sur l’évolution de la notation sur laquelle nous reviendrons plus loin
Mais le problème, c’est que cette communication destinée au grand public risque de faire des dégâts chez les enseignants et leurs organisations syndicales. Car, cette affirmation de la nécessité d’une “dictée par jour” peut être interprétée dans un contexte très crispé comme un discrédit sur les pratiques actuelles des enseignants : “Merci, Je n’étais pas au courant que la dictée avait disparu du quotidien des classes” twitte ainsi une enseignante. En plus, les titres de journaux donnent l’image d’une ministre prescriptive (“la ministre veut une dictée par jour"...) et cela laisse penser qu’une ministre décide toute seule de ce que doit faire chaque jour un professeur des écoles dans sa classe. Les propos de la ministre sont globalement ressentis comme une injonction allant à l’encontre de la liberté pédagogique des enseignants. C’est aussi complètement contraire à la logique qui a présidé à la création du CSP supposé être indépendant du pouvoir politique.
Habileté politique ou erreur de communication ? Volonté délibérée de la ministre ou piège tendu par les médias ? C’est, me semble t-il, tout cela à la fois. La communication avait pourtant (bien ?) commencé avec une tribune dans Le Monde où la Ministre s’emploie à tenir les deux bouts de la corde en évoquant à la fois le retour aux “fondamentaux” mais au service d’un socle commun et de la lutte contre les inégalités en parlant d’une “école de l’exigence” qui est un bon slogan pour contrer ceux qui l’accusent de “laxisme” et de “brader les savoirs”. Voici ce qu’on peut lire (entre autres) dans cette tribune : “Rétablir une école de l’exigence a d’abord nécessité des moyens – 60 000 postes, formation initiale et continue des enseignants –, mais aussi un engagement contre le déterminisme social illustré par le renforcement de l’éducation prioritaire et le retour aux cinq matinées de classe. Mais l’enjeu est par nature pédagogique. Dès lors, sans refonte des programmes, sans progressivité repensée des apprentissages, la refondation d’une école de l’exigence sonnerait comme un slogan creux. Le temps est venu de sortir enfin de l’exhortation permanente au « lire, écrire, compter » pour la traduire de façon opérationnelle dans les classes. [...] Pouvions-nous, sciemment, laisser prospérer des programmes qui, trop souvent, construisent les apprentissages sur du sable ? Fallait-il se résigner aux faiblesses en lecture et en calcul mental de trop d’élèves à la fin du collège ? Les nouveaux programmes répondent à ces défis, à la nécessité absolue de donner à tous les élèves, dès les premières années de la scolarité obligatoire, les bases solides qui fonderont leurs connaissances ultérieures, grâce à une refonte globale et cohérente inédite depuis des décennies. Cette cohérence, c’est d’abord celle du parcours de l’élève. Finie, la traditionnelle division par années, et place à une organisation par cycles de trois ans ! […] Cohérence, ensuite, de pratiques pédagogiques organisées autour d’une colonne vertébrale claire : maîtrise des fondamentaux, consolidation des apprentissages, pédagogie de l’entraînement quotidien et de la répétition. […] La cohérence, c’est enfin celle du contenu des programmes eux-mêmes, élaborés comme une déclinaison du socle commun.
Oui, mais voilà, cette tribune qui aurait pu s’intituler tout simplement “Pour une École de l’exigence” est titrée (par qui ? Le Monde ? les conseillers ?) : Najat Vallaud-Belkacem veut « des dictées quotidiennes à l’école ». Et les autres interventions médiatiques, et notamment sur Europe1 vont marteler le message sur la dictée alors que la formule “dictée quotidiennen’est pas présente une seule fois au fil des 375 pages des programmes du CSP
A force de vouloir déminer le terrain et éviter une nouvelle polémique, on en vient donc à brouiller le message... Et s’aliéner ou, au mieux désorienter, ceux qui sont pourtant de potentiels soutiens sans forcément séduire les opposants. Il faudra bien clarifier à un moment ou un autre et selon la formule du cardinal de Retz : “On ne sort de l’ambigüité qu’à ses dépens…” Reste à savoir si la lecture attentive et approfondie des programmes réconfortera les enseignants...

Les programmes : quelle histoire !
Pas sûr, et pas sur tous les sujets...
La question de la “dictée quotidienne” suscite déjà des réactions. Éveline Charmeux sur son blog pose la question “Une dictée par jour pour écrire sans erreurs ? Et si l’on apprenait plutôt l’orthographe ?” et nous rappelle que la dictée est une évaluation et pas, à proprement parler, un apprentissage. Mais qui répétons le, cette injonction à la dictée quotidienne n’est pas écrite dans les programmes...
En revanche, ce qui figure dans le texte du CSP, ce sont les programmes d’histoire. Cette matière a toujours eu une place à part dans le débat sur l’École. L’Histoire, tout comme la dictée, ça fait partie du patrimoine (et ça le construit)... On se souvient qu’en avril-mai, la première version des programmes avait fait l’objet de nombreuses critiques de la part d’intellectuels médiatiques et des politiques alors qu’ils avaient été plutôt bien accueillis par une bonne partie de la profession y compris au sein même du SNES. Qu’en est-il aujourd’hui ?
Un article de Libération interroge des enseignants d’Histoire-Géographie sur leur réaction à la publication des nouveaux programmes d’histoire. Parmi eux, on peut lire celle de Laurence de Cock, animatrice du collectif Aggiornamento qui s’est aussi exprimée sur le site de l’association .Elle reproche plusieurs reculs aux programme présentés par le CSP : “Le premier recul, le plus triste, c’est que les programmes présentés vendredi matin abandonnent l’idée d’offrir une véritable liberté pédagogique aux professeurs. Dans la précédente version de la réforme, à l’intérieur d’un grand thème obligatoire, un enseignant pouvait composer son cours entre différentes déclinaisons proposées. Cela lui permettait de s’adapter à la singularité de sa classe, aux crispations ou aux attentes de ses élèves : passer plus de temps sur l’histoire ouvrière dans un collège d’un ancien bassin minier, par exemple. Cette liberté de choix, qui aurait profondément fait évoluer le métier, est aujourd’hui totalement supprimée. ”. Le deuxième recul qu’elle reproche au CSP est d’avoir “trop cédé aux critiques les plus réactionnaires, qui s’alarmaient de la « disparition » de la chronologie ou de la place, selon eux, trop réduite faite à l’histoire de France.”. Et elle conclut “ Il y avait l’opportunité dans les premiers projets de professionnaliser les programmes en les déconnectant du politique mais les échéances électorales semblent nous avoir rattrapés. »
Les programmes d’histoire semblent donc avoir fait les frais. Mais pour faire bonne mesure, donnons aussi la parole à Michel Lussault le président du CSP. Celui-ci est interviewé par le JDD.fr. Il répond aux critiques : “Nous nous sommes aperçus que le choix laissé aux professeurs (d’enseigner ou non certains sujets) n’était pas compris, nous sommes donc revenus à des thèmes obligatoires… tout en insistant sur la liberté pédagogique. Certains ont cru que l’Europe des Lumières allait disparaître ; nous prenons soin de montrer qu’il n’en est rien. De même, nous n’avons jamais eu l’intention d’occulter l’histoire de la chrétienté. Nous avons réécrit les textes pour que ce soit très clair. Les élèves étudieront la naissance et l’expansion de l’Islam en 5e, après avoir découvert le judaïsme et la naissance du christianisme en 6e. Et l’on insistera en 5e sur les liens entre les empires byzantin et carolingien avec le califat. Ceux qui continueront à polémiquer sont ceux qui ne supportent pas de voir écrit le mot Islam dans un programme d’histoire. ”. Il n’y a pas que l’Histoire ! Dans cet entretien, Michel Lussault apporte aussi des précisions sur les autres programmes qui ont, eux aussi, fait l’objet de quelques critiques même s’ils n’ont pas eu la même exposition médiatique.

Fausses notes
Concours de titres idiots dans la presse à propos de la notation...
Les élèves ne pourront peut-être plus décrocher la note de 20/20(journal des femmes), “Ecole : la note sur 20 bientôt aux oubliettes ?(Europe 1). Chez les éditorialistes aussi on se mobilise pour la défense du zéro érigé au rang de monument national... "On notera de 1 à 5, le zéro, cette grande invention babylonienne, étant supprimé, car, nous dit-on, le pire élève sait tout de même quelque chose. On croit rêver...", se désole Michel Bassi dans L’Eclair des Pyrénées. "Certes, il est louable de faire en sorte que l’élève ne s’ennuie pas à l’école, ou qu’il ne se sente pas traumatisé par une mauvaise note, mais de là à interdire le 0, on confine au ridicule", ajoute Sébastien Lacroix dans L’Union.
On est toujours étonné de la manière dont on peut fabriquer des fausses polémiques à partir de la nostalgie d’une École mythifiée et d’informations mal lues...
C’est Europe 1 qui a remis sur le tapis cette semaine la sempiternelle question de l’évaluation à l’école. Selon la radio,. “les notes sur 20 devraient disparaître pour laisser la place à une notation de 1 à 4 ou de 1 à 5. Ce projet serait “dans les cartons du ministère et devrait être voté “dans les jours qui viennent par le Conseil supérieur de l’Education”. Les autres journaux embrayent dont Le Figaro. Libération s’en amuse et cite la réaction immédiate du cabinet de la Ministre, visiblement très attentif ces jours-ci à éteindre tout début de polémique : “Nous démentons cette information. L’échelle évoquée par Europe1 est une réflexion menée sur le suivi du socle commun de connaissances et ne correspond absolument pas aux notes dans les disciplines.” En revanche, confirme le cabinet, “des changements dans l’évaluation” sont bien en préparation et “seront présentés dans quelques semaines.”. Ce que confirme aussi Le Monde en titrant  : “La notation de 0 à 20 ne sera pas supprimée… du moins pas tout de suite”. Mais alors, d’où vient cette agitation ? C’est Le Parisien qui donne des précisions en apportant deux informations relatives à la réforme du brevet et au "nouveau relevé de notes". En ce qui concerne le premier, il comprendrait deux épreuves écrites et une épreuve orale, notées chacune sur 10 et "mélangeant plusieurs disciplines". La maîtrise du socle commun serait évaluée avec huit notes de 1 à 4 ou 1 à 5. L’actuel contrôle continu serait abandonné. Quant au bulletin trimestriel, il comprendrait 3 ou 4 pages, avec des notes (éventuellement sur 20) par discipline, une indication sur la partie du programme étudiée durant le trimestre, une indication sur "la dynamique de progrès" et, facultativement, une indication de moyenne. Sur la page deux, une évaluation sans note des EPI (enseignements pratiques interdisciplinaires), sur la page 3 un commentaire global. Au dernier trimestre de 6ème et de 3ème, donc en fin de cycles, une page serait consacrée à la "maîtrise des domaines et composantes du socle", avec 8 items évalués avec 4 ou 5 niveaux.
Mais, en fait, dans ses commentaires le quotidien, semble mélanger la notation disciplinaire et l’évaluation du socle. Ce que confirme donc le communiqué du ministère de l’éducation déjà cité : “L’échelle évoquée par Europe 1 est une réflexion menée sur le suivi du socle commun de connaissances, de compétences et de culture, et ne correspond absolument pas aux notes dans les disciplines ”.
Une réforme des notes ? Mais pourquoi faire ??? Alors que le monde entier nous envie, au même titre que le camembert et la haute couture, la bonne vieille note sur 20, héritée des jésuites et des mandarins ? Ces chiffres, ça fait sérieux, on peut même noter au demi-point voire au quart de point ! C’est scientifique et irréfutable. Mais, mais... on me dit que les travaux de la docimologie depuis les années 30 ont montré la variabilité de la note et tous les biais qui l’accompagnent. Et, on me dit aussi que bien d’autres pays n’utilisent pas la note sur 20 ! Les allemands ou les suisses avec leurs notes sur 6 ou les anglais avec huit niveaux, les suédois avec quatre niveaux... Mais comment font-ils ? Le génie français n’est pas reconnu !

Lecture
Sylllabique vs Globale... Les méthodes de lecture, voilà un autre incontournable des bonnes vieilles polémiques “à la française”. Ça fait plus de quarante ans que ça dure...
Mais la publication cette semaine d’une enquête sur les pratiques de l’enseignement de la lecture et de l’écriture au cours préparatoire vient apporter de la nuance et de la complexité là où on se complait dans les débats caricaturaux et binaires.
Décrire, avec le plus de finesse possible, l’ordinaire du travail des classes et les caractéristiques de celles dans lesquelles les élèves progressent le plus" de façon à "éteindre la guerre des méthodes" de lecture, tel est l’objectif que se sont fixé Roland Goigoux et les chercheurs qui ont travaillé sur le programme "Lire et écrire, efficacité des pratiques d’enseignement de la lecture et de l’écriture au cours préparatoire" et dont les premiers résultats viennent d’être donnés à la presse (lire notamment un long article dans Le Monde ). L’originalité de l’étude est qu’elle s’appuie sur les pratiques réelles des enseignants dans les classes (131 enseignants et 2507 élèves testés pendant trois ans) et non sur l’expérimentation d’une méthode. Et les premiers résultats ne semblent pas privilégier une méthode d’apprentissage en particulier. Selon cette étude, il n’existe ni recette magique, ni profil-type de bon professeur, ni manuel idéal, mais une alchimie qui peut varier selon les enseignants.
Cela relativise le débat sur les méthodes” conclut Roland Goigoux et il est vrai que nous sommes bien loin de la veille opposition stérile et obsolète entre “syllabique” et “globale” qui fait encore trop souvent les choux gras de la presse et quelquefois des hommes politiques encore aujourd’hui. Car, dans le quotidien des classes, on semble très loin de cesquerelles de chapelle” comme le disent des enseignants interrogés par Le Monde . Et si on faisait confiance à l’expertise des enseignants et si les médias allaient un peu plus les écouter comme le fait cet article au lieu d’agiter de vieilles querelles et d’alimenter ainsi les inquiétudes des parents ?

Tableau (noir) ou tablette ?
Puisque la thématique de cette revue de presse est autour du patrimoine, finissons la avec un autre incontournable du patrimoine scolaire : le tableau noir. À la lecture d’un rapport sorti cette semaine, on a pu croire à son retour en force au détriment des tablettes et autres outils numériques.
C’est en effet l’OCDE qui a publié le 15 septembre un rapport intitulé “Students, Computers and Learning : Making The Connection”. Cette étude indique que même les pays qui ont considérablement investi dans les technologies de l’information et de la communication dans l’éducation n’ont enregistré aucune amélioration notable de leurs résultats aux évaluations PISA de compréhension de l’écrit, de mathématiques et de sciences. L’utilisation massive d’ordinateurs n’augmenterait ni les résultats individuels, ni les résultats collectifs, quels que soit l’âge, le niveau d’études et l’argent dépensé à former les enseignants dit cette étude. Toutefois, sur ce plan, comme le souligne Les Échos la France s’en sort mieux que d’autres . “ Mieux que d’autres pays”, commente Eric Charbonnier, expert à l’OCDE en charge de l’éducation. Et ce, ajoute-t-il, “alors même que le numérique en France ne fait pas partie des apprentissages”.
Ce que dit cette étude, en substance, c’est que le numérique n’est en tout cas, pas une solution miracle. Comme le souligne Emmanuel Davidenkoff, attendre du numérique qu’il améliore, en tant que tel, les apprentissages, relève pour l’heure de la pensée magique. Et il est alors tentant d’en conclure, comme le font certains éditorialistes et d’adversaires du numérique après une lecture rapide (globale ?) du rapport, que rien ne vaut le bon vieux tableau noir et les “bonnes vieilles” méthodes.
Pour aller plus loin que ces fausses évidences, il faut rentrer dans le détail du rapport comme l’a fait Bruno Devauchelle dans le Café Pédagogique En lisant plus avant ce document, écrit-il, il apparaît surtout que le numérique et l’école ne peuvent pas s’entendre tant que l’école reste telle qu’elle est. Car finalement ce que l’on observe c’est que la scolarisation dans sa forme actuelle est incapable de résoudre nombre de problèmes d’inégalité et que l’envahissement du scolaire par le numérique ne résout aucun problème dans ce domaine et qu’au contraire des pratiques trop envahissantes pourraient se faire au détriment des apprentissages scolaires de base. Ce propos va alimenter au premier niveau les opposants au numérique en milieu scolaire. Mais il est une lecture au deuxième niveau qui doit faire réfléchir : la conclusion du résumé est percutante : "In the end, technology can amplify great teaching, but great technology cannot replace poor teaching." En d’autres termes, introduire le numérique ne permet pas de remédier à un enseignement scolaire médiocre ou pauvre. Et c’est là qu’il y a un nœud important.
Les technologies de l’information et de la communication ont changé notre vie quotidienne. On peut penser que ces innovations vont aussi changer l’École et les manières d’apprendre. Les technologies numériques ont en effet des potentialités énormes. Ils donnent accès à des informations et des connaissances illimitées (reste à les transformer en savoirs…). Les outils numériques peuvent agir aussi sur la motivation des élèves, leur concentration, leur participation en classe. Ce sont aussi potentiellement des outils de lutte contre l’ennui à l’école et au final contre l’échec scolaire. Et c’est ce qui explique que les “décideurs” aiment à prendre la pose devant des salles informatiques toutes neuves ou des enfants équipés de tablettes dernier cri. Mais il faut se garder d’une illusion d’optique. Celle de croire qu’à lui seul un outil, aussi performant soit-il, va révolutionner l’enseignement. Certes, le numérique est au cœur d’une révolution de la production et de la consommation dans tous les domaines et il modifie considérablement la manière dont circule l’information et notre rapport aux connaissances. Mais comme je l’ai déjà écrit , pour l’enseignement cette transformation passe d’abord par une réflexion sur les usages et donc une formation. Ce n’est pas la technologie qui, dans l’école, est intrinsèquement innovante, c’est la réflexion pédagogique qui l’accompagne.
On peut même faire des dictées avec Twitter !

Bonne Lecture...

Philippe Watrelot