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Bloc-Notes de la semaine du 14 au 20 novembre 2016

- Tri sélectif – Réactions et autres discours – Droits de l’enfant – Miction impossible ? – Butinages –


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Ils ont remis ça... Dans le 3ème débat de la primaire de la droite, l’école a eu droit à un oral de rattrapage. Le bloc-notes s’en fait l’écho en analysant surtout les positions sur le collège unique. On traite également les réactions et les autres discours sur l’école formulés cette semaine.
On évoque aussi les droits de l’enfant avec le rapport du défenseur des droits sur ce thème ainsi qu’avec un sujet qui est loin d’être anecdotique : celui des toilettes. On finit comme à l’habitude avec quelques propositions hétéroclites.

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Tri sélectif
L’échec de l’école, c’est la faute d’une caste de pédagogues prétentieux qui ont imposé des programmes jargonnants (Fillon) ” ; “Je souhaite que les décrocheurs fassent un service militaire national” (Sarkozy) ; “75% du temps doit être consacré aux fondamentaux à l’école” (Fillon) ; “Je constate que le port de l’uniforme pour les enfants de Martinique et de Guadeloupe fonctionne très bien. Donc si ça marche très bien en Martinique et en Guadeloupe, il n’y a pas de raison que cela ne marche pas en France ” (Poisson) ; “Il faut aussi que l’école primaire soit le lieu de l’apprentissage du respect, de l’autorité et de la discipline. ”(Fillon).
Jeudi dernier, c’était le troisième et dernier débat de la primaire de la Droite. On a eu droit à un oral de rattrapage sur l’éducation. Sur le temps de parole, mais pas forcément sur le niveau des propositions...
Ce thème est, encore une fois, arrivé en fin de débat et a duré, là aussi, une dizaine de minutes. C’est François Fillon qui s’est le plus déchaîné contre les “pédagogues” (c’est peut-être cela qui lui vaut le soutien de l’association réactionnaire SOS-Éducation). L’essentiel de l’échange a porté sur le collège unique. Marie-Christine Corbier dans Les Échos nous livre une synthèse des positions respectives des uns et des autres sur ce sujet. Et on se dit que le Ministre (de droite) René Haby qui a porté la loi sur le « collège pour tous » sous Valéry Giscard d’Estaing (président de droite...), a bien peu d’héritiers…
Bruno Le Maire entend le remplacer par un « collège diversifié » avec des options - à raison de deux heures par semaine - pour « découvrir en 6è ce qu’est qu’être mécanicien, informaticien ou boulanger ». 
Jean-François Copé voit dans le collège unique, «  une fiction égalitariste » et plaide pour l’autonomie de l’établissement et du chef d’établissement autour d’« un tronc commun national qui s’adapte(rait) » selon les quartiers. L’entrée au collège doit par ailleurs, selon lui, être conditionnée à « une évaluation en CM2 pour que chaque enfant qui rentre en 6è sache vraiment correctement les savoirs fondamentaux ». 
Jean-Frédéric Poisson est, lui aussi, hostile au collège unique. Et plaide pour des « classes de niveaux » au sein d’un même collège. « Le premier ennemi d’un prof dans une salle de classe est qu’il est confronté à tellement de niveaux hétérogènes qu’en réalité, personne ne peut profiter pleinement de son enseignement : ceux qui sont plus talentueux parce que ça ne va pas assez vite et ceux qui sont plus lents car ça va trop vite pour eux », a-t-il indiqué.
 L’ex-ministre de l’Education nationale François Fillon qui a, par la loi de 2005 qui porte son nom, créé le socle commun de connaissances et de compétences pour tous les élèves de collège, a lui aussi pris ses distances sur le collège unique en plaidant pour un examen d’entrée au collège : «  Il faut que les enfants qui ne maîtrisent pas les fondamentaux n’aillent pas au collège tant qu’ils ne les maîtrisent pas »
Alain Juppé s’est opposé à la suppression du collège unique. «  Si on le supprime, ça veut dire qu’on fait un collège pour les bons, et l’autre pour les moins bons. ça, je n’en veux pas » a-t-il dit. 
Nicolas Sarkozy s’est exprimé aussi contre la fin du collège unique car ce serait « la possibilité d’interdire le collège général à des enfants de familles les plus modestes  ». Tout en se disant favorable à «  une possibilité d’entrée en apprentissage dès 14 ans ».
Quant à Nathalie Kosciusko-Morizet, elle a défendu le collège unique et s’en est prise de manière très percutante à Bruno Le Maire. Alors que le “candidat du renouveau” veut revenir cinquante ans en arrière en proposant que les enfants puissent expérimenter l’apprentissage dès la sixième (donc à partir de 11 ou 12 ans), NKM lui décoche un missile qui fait mouche "C’est les mêmes qui viennent des grandes écoles, qui poussent leurs enfants dans les filières les plus élitistes, qui veulent trier les enfants dès l’âge de 11 ans et mettre fin au collège unique". Et la députée de l’Essonne poursuit en pointant la contradiction majeure : "Bruno, ce n’est pas vrai que tu aurais proposé à tes propres enfants en 6e de devenir mécanicien ou pâtissier". Derrière la petite pique, il y a en effet une vraie question : Pourquoi les gamins qu’“on verrait bien dans ces métiers là” sont-ils quasiment tous issus des classes populaires ? Car derrière la formule maintes fois répétée de Lemaire sur ‘l’intelligence de la main qui vaut celle de l’esprit” et sur la “diversité des talents”, on est dans une forme de naturalisation des inégalités sociales et scolaires et une négation des apports de la sociologie. La sagesse populaire dit qu’ « on ne discute pas des gouts et des couleurs », le sociologue, lui, en discute ! Tout comme la sociologie montre qu’il y a une "ambition différentielle" qui est aussi le résultat à la fois de la socialisation, des conditions matérielles d’existence et des choix sous contraintes que font les familles. C’est donc bien une école de la sélection précoce, du déterminisme assumé, du tri social et des inégalités qui est dessinée par une bonne partie de ces candidats...
Mara Goyet, qui s’était un peu égarée ces derniers temps, l’exprime très bien dans son dernier billet de blog.Tout donnait le sentiment, à propos du collège unique, qu’il était question du traitement de déchets et non pas d’enfants (qui ont pour principal défaut d’être ceux des autres). Dans quelle poubelle mettre l’enfant de 11 ans, lent, pauvre et indiscipliné ? (il se reconnaîtra et appréciera). Dans le bac pour le compost de manière à ce qu’il se décompose sur place ? Dans le bac pour emballages (le placard ou la voie de garage fera l’affaire) ? On peut aussi le congeler à l’école primaire avec les restes, pardon, le reste des enfants, afin qu’il n’accède pas au collège et le mettre ensuite sur décongélation l’année de ses 16 ans histoire de s’en débarrasser proprement. Ou alors, on peut, façon déchets nucléaires, le mettre dans une sorte de couche géologique profonde scolaire (on regarde s’il est encore radioactif, s’il l’est, il ne peut pas entrer au collège, dommage). Ou alors, on lui fait croire qu’il serait super heureux dans la poubelle pour le verre, que le verre, ça toujours été son truc, qu’il aura une super vie utile, concrète et qu’avec un peu de chance il contiendra un jour du Cristal de Roederer. Ou alors on lui met un petit écusson et, hop, il a l’air tout beau tout neuf. Les idées n’ont pas manqué…
Non au tri sélectif !
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Réactions et autres discours
Les réactions à ce débat n’ont pas manqué. Et on voit aussi poindre les propositions pour l’éducation dans d’autres camps.
Dans son blog du Monde, Jean Claude Lewandowski se demande “Y a-t-il une chance que l’enseignement supérieur et l’éducation en général deviennent une priorité lors de la prochaine élection présidentielle ? Qu’ils apparaissent comme un enjeu majeur, ou au moins un thème important des débats ? Soyons réaliste : la réponse est non”.
Dans une tribune lisible sur le site de Libération , la ministre Laurence Rossignol estime que les enfants sont les “victimes collatérales des surenchères à droite et à l’extrême droite”. Elle note qu’il a été proposé de nouveau la suppression des allocations familiales pour sanctionner l’absentéisme scolaire. Elle revient aussi sur la polémique à propos des cantines et des repas sans porc. Et elle rappelle que le jour du premier tour de la primaire de la Droite, c’est le 27ème anniversaire de la convention internationale des droits de l’enfant. Des enfants bien oubliés sinon pour être instrumentalisés.
Il n’y a pas que la droite qui parle d’éducation.
Au fait et Emmanuel Macron ? Celui-ci a annoncé sa candidature cette semaine et cela a été l’objet d’une large couverture médiatique. Un article de Caroline Brizard dans L’Obs s’intéresse à ce qu’il dit sur l’éducation. En fait, pas grand chose... Pour la journaliste tout cela a “un air de déjà vu”. Emmanuel Macron propose de mettre le paquet là où les besoins sont les plus criants, à savoir les écoles des réseaux d’éducation prioritaire (ex-ZEP) des quartiers populaires, en y enrôlant des professeurs expérimentés, mieux payés, à qui on laisserait une liberté pédagogique plus forte. Ce qui est déjà en œuvre dans la politique du gouvernement. L’ex ministre propose aussi d’améliorer la mixité sociale en enrichissant l’offre scolaire dans les collèges de quartiers populaires pour qu’ils attirent les bons élèves du secteur, voire des élèves venus d’ailleurs par dérogation. Une idée qui est précisément expérimentée à cette rentrée. Plus largement, nous dit cet article, le projet, dans ce domaine comme dans d’autres, reste très flou et évite de mécontenter les uns et les autres.
Mercredi, Manuel Valls était en visite à l’université et à l’ESPÉ de Cergy-Pontoise. Selon Les Échos, il a fait un discours de présidentiable. Il a décliné ses idées pour l’éducation et l’enseignement supérieur, pour le prochain quinquennat. Manuel Valls veut ainsi “construire une Nation éducative” qui doit être “le coeur du nouveau contrat social qu’il faut inventer”. Ce faisant, il tente de rattraper un électorat souvent marqué à gauche et dont certains hauts responsables admettent volontiers qu’il est “en partie perdu”. “Le prochain quinquennat devra être celui de vraies augmentations de salaires, pour tous les enseignants”, a insisté Manuel Valls.
Pas sur que ce type de promesses fonctionne encore. Ni même d’ailleurs la crainte des mesures de la droite. On semble en effet aujourd’hui dans une sorte de prophétie auto-réalisatrice qui conduit à la résignation.
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Droits de l’enfant
Nous évoquions plus haut l’anniversaire de la convention internationale des droits de l’enfant. En France, cette semaine, c’est le défenseur des droits qui publie un rapport sur le droit fondamental à l’éducation où il rappelle que la scolarisation des enfants est obligatoire, y compris ceux qui n’ont pas de domicile.
Ce rapport fait principalement trois constats.
• L’accès à l’école n’est pas un droit effectif en France pour tous, en particulier pour les enfants les plus vulnérables.
• L’école peine à garantir le respect de la singularité et de l’individualité de ces enfants.
• L’effet des inégalités sociales et territoriales et des discriminations perdure, voire s’accroît.
Et pour lutter contre cela le défenseur des droits formule trente recommandations qu’on pourra lire dans le rapport et dont les principales sont présentées dans plusieurs articles.
Dans un contexte de crise de la solidarité et de repli sur soi, et face à des élus qui n’hésitent pas à “faire passer les considérations politiques et électorales au-dessus de l’intérêt supérieur de l’enfant”, Jacques Toubon met en lumière les difficultés de scolarisation pour les enfants de migrants en rappelant la loi. “Nous nous sommes battus pour qu’à Calais, les enfants aient la possibilité d’aller à l’école. Pas une possibilité improvisée par une association, mais un service mis en place par l’Éducation nationale”, rappelle le Défenseur des droits, expliquant qu’il suivra de près le dossier sur le camp de la porte de la Chapelle et celui d’Ivry qui accueillera, en janvier prochain, des femmes et des enfants. Il rappelle aussi aux préfets la nécessité d’informer et d’associer, systématiquement, les services académiques en amont de toute opération de démantèlement de campement afin que des mesures puissent être anticipées pour assurer la continuité de la scolarisation des enfants concernés ”.
Outre le droit d’accès à l’école, le Défenseur des droits pointe l’accroissement des inégalités sociales au sein même de l’école. Depuis 2002, le poids de l’origine sociale sur les performances des élèves a augmenté de 33%. L’école française est celle où les origines sociales influent le plus sur le niveau scolaire. Moins souvent mis en avant, le rapport rappelle aussi ce chiffre d’un enfant sur 10 vivant dans une famille pauvre (soit 1,2 million), avec des conséquences évidentes sur le destin scolaire. “L’école de la République ne fait plus son travail de corrections des données sociales. Elle continue de trimbaler les stéréotypes, préjugés et déterminismes”, conclut Jacques Toubon. Il demande donc au ministère de l’Education nationale de “systématiser la formation aux stéréotypes et aux discriminations dans la formation initiale et continue” des professionnels de l’éducation, et notamment des enseignants. En outre, il signale aussi qu’il sera “attentif” aux résultats de l’expérimentation lancée par la ministre autour de la fameuse sectorisation et de la mixité sociale et dont les conclusions doivent être rendues fin novembre. <
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Miction Impossible ?
Le 19 novembre c’était la journée mondiale des toilettes. Voilà une information qui peut faire sourire et être propice aux jeux de mots faciles (rassurez vous il y en aura quand même…). Mais, c’est un vrai problème...
A l’échelle planétaire, il faut rappeler que ce sont 2.4 milliards d’individus qui vivent encore aujourd’hui sans toilettes. C’est un enjeu de santé publique. Le Parisien profite de cette journée pour faire le point sur la situation des toilettes dans nos écoles. Le constat est sans appel. un tiers des élèves, du CP au lycée, évitent d’utiliser les toilettes de leur école. Toilettes sales, manque d’intimité, zone d’insécurité... Les enfants préfèrent se retenir jusqu’à la fin des cours. Un comportement qui favorise le développement de pathologies : maux de ventre, constipation, troubles urinaires. Les dernières statistiques le montrent : près de 45 % des écoliers déplorent l’absence de papier-toilettes, 25 % de savon. “61 % des toilettes sont seulement nettoyées une fois par jour ! Vous imaginez leur état à midi ?” constate Michèle Olivain, en charge du dossier (elle est donc chargée de miction...) à l’Observatoire national de la sécurité et de l’accessibilité des établissements d’enseignement (ONS). Et c’est sans compter les problèmes de sécurité. D’après elle, les élèves s’approprient parfois ces lieux non surveillés, y fument, se bagarrent.
Au collège d’Herblay dans le 95, nous apprend Le Parisien l’administration (qui devait être au bout du rouleau) a pris une mesure radicale. Pour lutter contre les dégradations, les élèves doivent s’approvisionner en papier toilette auprès de la vie scolaire ou de l’infirmerie... Une situation qui dissuaderait plus d’un élève de se rendre aux toilettes, certains élèves (sans papier) préférant se retenir plutôt que d’avoir à demander. Auprès des parents, comme des élèves la mesure a du mal à passer...
Au delà de la plaisanterie, ne tournons pas autour du pot, c’est un vrai problème. A la fois de santé publique et tout simplement de dignité et de droits de l’enfant.
Give piss a chance !
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Butinages
Une rubrique un peu hétéroclite pour finir, faite de lectures et de cinéma.

Il faut d’abord signaler le gros dossier de La Croix consacré à l’éducation . “Éduquer, c’est l’affaire de tous”, c’est son titre. Durant trois semaines, du 7 au 28 novembre 2016, le journal explore ce thème avec de nombreux articles, reportages et entretiens. On y parle aussi bien des valeurs, de l’esprit critique, que du numérique, des devoirs, de la parentalité... Plusieurs personnalités y sont aussi interrogées et donnent leur vision de l’éducation. On y trouve aussi des propositions issues des “semaines sociales de France ” qui est partenaire de ce dossier du journal catholique.

Dans deux semaines, début décembre, c’est la livraison de PISA... Nous avons déjà eu le rapport du CNESCO pour patienter mais si on veut s’ouvrir l’appétit on pourra alors lire L’Europe de l’éducation en chiffres. Cette synthèse statistique élaborée par la DEPP, le service statistique du Ministère de l’éducation nationale, propose une grande variété d’indicateurs pour la première fois regroupés dans une publication nationale. Pour ceux, comme moi, qui apprécient une approche comparatiste des questions éducatives, c’est une ressource utile. En attendant Pisa...

On m’a dit que j’avais loupé quelque chose à la télé…Ce mardi soir, France 2 diffusait dans sa section Infrarouge “A voix haute” un documentaire consacré au concours Eloquentia, un programme d’expression et de formation à la prise de parole publique, à Paris 8 Saint-Denis. Et ce sont plein de personnes que j’apprécie qui m’ont dit que c’était formidable. Heureusement avec le replay on peut se rattraper. Et je peux donc vous confirmer qu’ils avaient raison et qu’on préfère voir ces discours là que ceux de jeudi soir... Allez y, et je peux vous assurer qu’en ces temps moroses, ça va vous redonner la pêche, la “super pêche”… !

Bonne Lecture...

Philippe Watrelot

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