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Bloc-Notes de la semaine du 13 au 19 janvier 2014

- Prioritaire et consensuel - Vacances – Pessimisme -


Incroyable ! Une réforme qui ferait (presque) l’unanimité. Avec les annonces sur l’éducation prioritaire, Vincent Peillon semble rencontrer l’approbation de la grande partie des acteurs de l’éducation. Un moment rare alors que les sujets de polémiques et les motifs d’inquiétude ne manquent pas. Comme par exemple, le recul sur les dates des vacances scolaires ou la difficile mise en place de la formation des enseignants. Les motifs d’être pessimistes sur l’avenir de la “refondation” restent nombreux.

Un sujet prioritaire et consensuel
Vincent Peillon devrait savourer cette semaine. Il n’est pas sûr qu’une telle situation se reproduise avant longtemps. Avec la réforme de l’éducation prioritaire, il a annoncé une réforme qui semble convenir à (à peu près) tout le monde !
Pour Véronique Soulé journaliste éducation à Libération , il s’agit d’une réforme “ambitieuse qui ne révolutionne pas le système, mais cherche à l’améliorer”. Elle s’interroge quand même sur les moyens mis en œuvre car c’est un plan qui devrait coûter « entre 300 et 400 millions d’euros, sans rallonge budgétaire »
La réforme s’appuie sur deux axes : un encouragement à de nouvelles pratiques pédagogiques et une amélioration des conditions de travail des profs.Les établissements en REP recevront des financements supplémentaires au vu des projets pédagogiques qu’ils porteront. Cette règle devrait même s’appliquer à l’enseignement privé, où "l’allocation des postes devrait se faire en contrepartie de l’effort engagé pour accueillir des élèves en difficulté". Les enseignants seront mieux payés : la prime de 1.156 euros par an que touchaient les personnels de l’éducation prioritaire va être multipliée par 1,5 et même par 2 dans les 350 REP les plus sensibles. Les professeurs qui assureront des missions supplémentaires verront la leur tripler.
Et puis surtout, on semble à la fois revenir aux fondamentaux de l’éducation prioritaire et en même temps tenir compte des derniers résultats de PISA. Depuis 30 ans que les zones d’éducation prioritaire avaient été créées par Alain Savary, on ressassait comme un mantra le généreux principe de "donner plus à ceux qui ont moins". Dans les faits, il n’en était rien. La Cour des Comptes l’a montré . Quand on additionne toutes les dépenses, y compris les salaires des professeurs, les élèves des réseaux d’éducation prioritaire ne coûtent pas plus cher que ceux qui n’y sont pas. En 2012, celle-ci avait calculé que l’Etat dépensait 47 % de plus pour former un Parisien qu’un jeune des académies de Créteil ou Versailles.
Si nous disions plus haut que la réforme semble contenter tout le monde. Il y a quand même quelques craintes qui s’expriment et notamment que les ZEP, qui scolarisent pour l’heure 20 % des élèves, se réduisent pour ne plus concerner que les établissements les plus en difficulté. Ce qui finalement semble logique si on veut être plus efficace et revenir à l’esprit des origines . Dans La Croix, Marc Douaire président de l’OZP (observatoire des zones prioritaires) resitue les enjeux : “Le problème, c’est qu’en trois décennies, on a labélisé « éducation prioritaire » de nouveaux établissements à chaque fois que s’y posaient des problèmes d’apprentissage ou de violence, au lieu de chercher à les résoudre dans le cadre ordinaire. Résultats : beaucoup restent classés « ZEP » sans vraie justification tandis que d’autres, qui auraient besoin de plus de moyens, se trouvent à l’extérieur du dispositif. Très clairement, il faudrait revoir la géographie de l’éducation prioritaire. En corollaire, il faudrait aussi revenir sur l’assouplissement de la carte scolaire qui avait été décidée sous Sarkozy et qui a essentiellement profité aux initiés. Mais cela suppose, comme le font déjà un certain nombre de communes, de définir de manière très fine la sectorisation pour assurer une mixité sociale dans les établissements. Et aussi d’améliorer la qualité de l’offre dans les ZEP en y implantant des filières d’excellence qui leur redonnent une attractivité.
En tout cas, les réactions des principaux syndicats (hormis SUD) semblent plutôt favorables. La FSU, parle de « rupture radicale avec les politiques d’éducation prioritaire mises en œuvre depuis 2006  ». «  Le ministre fait le choix de la relance d’une politique d’éducation prioritaire ambitieuse comme condition d’un progrès nécessaire des résultats scolaires de ces jeunes  », en difficulté. Le SNES salue «  le véritable plan de formation initiale et continue en faveur des personnels ; le temps libéré pour permettre le travail collectif des équipes ; la reconnaissance des personnels avec une indemnité revalorisée ». Le SNUipp «  se félicite de voir traiter dans un même mouvement la situation des collèges et des écoles  ». Et il énumère les points positifs «  Dotation de toutes les écoles du « plus de maîtres que de classes » ; développement de la scolarisation des moins de trois ans ; formation initiale et continue alimenté par les travaux de la recherche ; temps libéré pour déconnecter le temps élève et le temps enseignant ; reconnaissance de l’engagement des enseignants par une revalorisation indemnitaire.  ». L’UNSA emploie, elle aussi, l’adjectif « ambitieux » pour évoquer ce plan qu’elle juge « cohérent ». Elle parle de «  moyens concrets et d’importance  ». Pour elle, ce plan «  va dans le sens d’une meilleure prise en compte des territoires qui cumulent les difficultés et d’une plus juste reconnaissance des personnels qui s’y investissent. Il est bienvenu  ».
Bien sûr, certains esprits chagrins voient quand même la bouteille à moitié vide ou trouvent que cette réforme vient un peu tard. Et il reste à mettre tout cela en œuvre. Ce qui n’est pas toujours simple avec la “machine” éduc’nat… Mais Vincent Peillon devrait apprécier ce consensus si rare

Vacances
Car si l’on veut trouver des sujets de polémique, il n’est pas nécessaire de chercher trop longtemps. Cette semaine, le thème des rythmes scolaires resurgit avec la question des vacances. En séance des questions au gouvernement, mercredi 15 janvier, le ministre de l’éducation nationale, lors des questions au gouvernement , Vincent Peillon, a semblé céder du terrain sur la question des vacances en faveur des professionnels du tourisme. «  Je modifierai les deux semaines de Noël, en particulier du calendrier 2016-2017, et aussi ce calendrier qui prévoyait d’aller jusqu’à la mi-mai » pour les vacances de printemps, a-t-il confirmé, répondant à une question de la députée (UMP) de Haute-Savoie, Sophie Dion. Il a cherché à temporiser : «  Je reste disponible, je le renouvelle, pour envisager une réforme plus profonde du temps scolaire à partir de 2015 sur l’année ».
C’est cette annonce qui fait titrer à Lucien Marboeuf son billet de blog Lobby du tourisme 1 - Conseil Supérieur de l’Education 0 ”.
Concrètement, le calendrier de l’année 2016 – 2017 proposait initialement de commencer les vacances de Noël le mercredi 21 décembre pour les terminer le jeudi 5 janvier. De quoi mécontenter les professionnels du tourisme hivernal, où les réservations se font souvent du samedi au samedi. Moralité, les vacances auront lieu du samedi 17 décembre au mardi 3 janvier. Par ailleurs, les vacances de Pâques n’iront pas au-delà du 9 mai, alors que le projet prévoyait de les échelonner jusqu’au 15 mai, une date trop tardive pour les sports d’hiver. Dès le lendemain, le ministre a présenté ce projet modifié au Conseil supérieur de l’Éducation . Cette instance consultative a voté, de manière extrêmement claire : 41 voix contre les modifications, 19 abstentions, 3 refus de vote et 0 voix pour… Mais cela n’empêcherait pas ce projet de s’appliquer. Dans ce cas, on retomberait dans les mêmes pratiques qu’avec les ministres précédents où cette instance a été bien malmenée.
« La période qui ira d’avril à la fin de l’année sera particulièrement lourde pour les écoliers, regrette Claire Krepper, du syndicat d’enseignants SE-UNSA interrogée par Mattéa Battaglia pour Le Monde  ; dans l’une des zones, on a calculé que les enfants auront plus de 10 semaines de classe, alors qu’il faudrait tendre vers 7 semaines d’école, 2 semaines de congés. » Pour Lucien Marboeuf le ministre perd ainsi toute crédibilité quant au fameux « intérêt supérieur de l’enfant », pourtant brandi à longueur de déclaration depuis son arrivée rue de Grenelle…
Oui, décidément l’épisode “réforme des ZEP” est bien une oasis de consensus dans un désert de difficultés et de polémiques.

Pessimisme
On retrouve aussi les critiques dans bien d’autres domaines de l’action ministérielle. Nous évoquions, la semaine dernière les critiques formulées par André Ouzoulias sur le blog de Luc Cédelle sur la formation des enseignants. L’animateur du GRFDE (groupe “reconstruire la formation des enseignants”) était longuement interviewé (en quatre épisodes) par le journaliste. Cet entretien est rassemblé en un seul article sur le blog de Luc Cédelle. On l’a vu, Ouzoulias est très critique sur ce qui se dessine dans le domaine de la formation marqué par des querelles de territoire et une mainmise du supérieur et une trop faible place laissée à la pédagogie et la professionnalisation du métier, même s’il pense qu’il reste des possibilités de faire évoluer les choses.
On notera d’ailleurs que le discours officiel semble évoluer vers plus de réalisme et se départir d’une langue de bois et de la méthode Coué qu’on a trop vue à l’œuvre jusque là. Lors de la conférence de presse sur l’éducation prioritaire, Vincent Peillon a reconnu la difficulté à demi-mot : «  Il y a une bagarre sur la professionnalisation dans les Espé. Nous la menons. Partout où nous allons, nous rappelons que c’est l’engagement qui a été pris  ».
La tonalité pessimiste on la retrouve aussi chez Emmanuel Davidenkoff dans une chronique sur ÉducPros (et dans l’Écho républicain . Le journaliste spécialisé dans l’éducation depuis de (très) nombreuses années pose la question : “Le gouvernement devra-t-il ralentir ou renoncer sur toutes les réformes qu’il envisageait pour l’école. ” Pour lui la question se pose pus que jamais. Car, pointe t-il, la promesse présidentielle des créations de 60 000 postes “prive le gouvernement de toute monnaie d’échange dans ses discussions avec les syndicats, à l’heure où viennent sur le tapis les questions les plus incandescentes – le collège, le métier d’enseignant, l’éducation prioritaire…”. Au risque de paraître immodeste, je voudrais rappeler que j’avais aussi pointé cette difficulté dans une chronique, il y a un an.
Emmanuel Davidenkoff prend exemple sur la question des programmes pour montrer les résistances syndicales et les verrous qui sont à l’œuvre dans la société “tant l’opinion est majoritairement conservatrice en matière de pédagogie.”. Et ce bon analyste conclut “Si le gouvernement ne trouve pas la clé du changement, la "refondation" de l’école risque fort de se traduire au sens le plus strict du terme par une consolidation des fondations d’un système scolaire dont chacun sait, pourtant, qu’il est impuissant à remplir la promesse d’égalité inscrite au fronton des écoles. ” On ne saurait mieux dire.
Mais pour finir, on préfèrera cette citation que j’ai si souvent utilisée et qui sert de guide à ceux qui ont une démarche militante : “Il faut conjuguer le pessimisme de l’intelligence et l’optimisme de la volonté
Romain Rolland (repris par Antonio Gramsci)

Bonne Lecture...

Philippe Watrelot