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Bloc-Notes de la semaine du 11 au 17 avril 2016

- Inégalités - Revalo – Rentrée 2016 – Pilule amère – Violences -


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C’est le rapport Unicef-Innocenti qui ouvre ce bloc notes. Cette étude publiée jeudi dernier étudie les “inégalités de bien-être entre les enfants des pays riches”. Et la France n’est pas bien placée. Ce n’est pas un scoop mais il y a des constats qu’il est utile de répéter.
On parlera aussi de la probable revalorisation des enseignants du primaire et de la rentrée 2016. On évoquera également la suppression du “Pass Contraception” par la présidente de la région Ile de France. Et on finira par l’évocation des violences et du climat très tendu dans certains établissements scolaires.

Inégalités
C’est un rapport très intéressant qui a été publié par l’UNICEF jeudi. Intitulé “Équité entre les enfants – Tableau de classement des inégalités de bien-être entre les enfants des pays riches ”, il examine les inégalités entre les enfants dans quatre domaines : l’éducation, la santé, les revenus et la satisfaction individuelle de ces enfants. Pour cela, les chercheurs se basent sur des données statistiques vérifiables, notamment celles fournies par Eurostat et l’OCDE (PISA pour la partie sur l’éducation). La nouveauté cette année, c’est que le rapport prend également en compte des données déclaratives auprès d’enfants qui ont porté un avis sur leur satisfaction individuelle et leur santé. Concernant le taux de satisfaction il provient d’une enquête HSBC 2012/2013 portant sur les enfants scolarisés de l’OCDE et leur demandant de noter de 0 à 10 leur degré de satisfaction dans la vie (de 0 "la pire vie possible" à 10 "la meilleure vie possible"). On pourra lire une tribune de Jean-Marie Dru, président d’Unicef France sur le Huffington Post qui reprend les principales conclusions de ce rapport. Parmi les très nombreux articles publiés à l’occasion de ce rapport, on peut signaler une analyse assez complète dans le journal La Croix Évidemment, la plupart des articles parus dans la presse française s’intéressent à la situation de notre beau pays et constate qu’en matière d’inégalités, la France est au fond de la classe. Même s’il faut toujours être méfiant sur ces classements qui se transforment en palmarès, on constate que si on met ensemble les quatre domaines étudiés par le rapport (revenu, santé, éducation, sentiment de bonheur), la France se situe à la 28e place, c’est-à-dire dans le dernier tiers. Ce qui plombe les "résultats" de la France ce sont à la fois les inégalités scolaires liées au milieu social (nous sommes 35e en reprenant l’enquête PISA) et aussi le sentiment de satisfaction des petits français. Pour le dire autrement, nos enfants ne sont pas très heureux...
Ce nouveau rapport ne fait que confirmer malheureusement une situation déjà connue. Il donne lieu cependant à de nombreux commentaires tant sur la situation décrite que sur la réception de ce type d’information. Pour Sébastien Lyon, directeur de l’Unicef pour la France, interviewé par La Croix, le jugement sur la situation est très sévère : “Notre système éducatif est l’un des mieux lotis dans le monde, mais il semble très moyennement performant. La politique de l’éducation en France doit être plus ciblée sur les enfants en échec scolaire. D’une manière générale, le rapport montre que les politiques publiques françaises laissent de côté les plus vulnérables, en ne prenant pas en compte les spécificités de ces populations.".
On retrouve la même sévérité chez François Dubet interviewé dans L’Obs . Pour lui, “cela fait plusieurs dizaines d’années que l’on fait le même constat, mais toute tentative de changer l’école se heurte à un mouvement de défense de traditions et des arts éducatifs français. Il faut pourtant arrêter de penser que l’école est faite pour les meilleurs, et de considérer que faire progresser les plus faibles équivaut à un nivellement par le bas. Si l’on tente de modifier le système, tout le monde hurle à l’assassinat de la culture.”.
Dans un entretien accordé à Libération , la sociologue Nathalie Mons présidente du Conseil national de l’évaluation du système scolaire reprend les mêmes critiques et insiste sur les enjeux : “Il y a un lien entre les compétences des élèves et le développement économique du pays. D’autre part, cela joue aussi sur la sphère civique et politique. On constate que ce sont les élèves les moins diplômés qui s’abstiennent le plus pendant les élections. Plus vos compétences cognitives augmentent, plus les individus se sentent à même de s’engager civiquement. C’est une dimension majeure qui explique, en partie, les inégalités dans l’abstention. On retrouve donc de fortes conséquences en termes de cohésion sociale et nationale.

Revalo
Najat Vallaud-Belkacem a annoncé sur RMC le 12 avril que les professeurs de écoles seraient augmentés dès septembre. Il s’agit d’aligner au moins partiellement leur prime sur celle de leurs collègues du secondaire.
Voici la déclaration exacte  : “Ça ne va pas tarder. J’estime clairement légitime la revendication d’une augmentation des salaires des enseignants du premier degré qui ont un écart avec leurs collègues du secondaire. Ils seront augmentés, évidemment. C’est plus que légitime et ils peuvent compter sur moi. L’idée c’est que cela entre en vigueur à la rentrée prochaine. Il y aura des annonces prochaines sur ce sujet.
Un article du journal Les Échos précise que les arbitrages ne sont pas encore rendus. Mais l’objectif est bien d’aligner, vraisemblablement en plusieurs étapes pour en lisser le coût budgétaire de l’ordre de 300 millions d’euros, la prime dite « ISAE » des enseignements du premier degré (400 euros annuels) sur celle du second degré, (ISOE) qui, elle, atteint 1.200 euros. C’est Vincent Peillon qui avait instauré à la rentrée 2013 cette prime de 400 euros pour les professeurs des écoles lorsqu’il était ministre de l’Education nationale. Alors qu’ils sont aujourd’hui recrutés sur le même niveau de qualification, les professeurs des écoles ont - des salaires qui, en moyenne, sont inférieurs de 350 euros mensuels à ceux de leurs collègues du secondaire. Un différentiel rappelé depuis longtemps et par de nombreuses études et qui s’explique à la fois par le décalage du montant de la fameuse prime, mais aussi par deux autres facteurs : une carrière plus rapide dans le secondaire (l’accès à l’échelon « hors classe » y est plus facile) et le fait que les professeurs de collèges et lycées font des heures supplémentaires, et pas ceux du primaire. Pour résorber l’écart entre les deux primes (800 euros de plus pour 300.000 enseignants), nous disent Les Échos le gouvernement devrait procéder par pallier. Un premier geste de 200 euros pourrait être fait en octobre 2016, suivi d’un autre du même montant en avril ou mai 2017. L’annonce précise de la mesure pourrait intervenir début mai, lors des journées de « Refondation de l’école de la République ».
Bien sûr, on ne manquera pas de faire remarquer que cette revalorisation arrive opportunément à la veille de l’élection présidentielle. Et certains au nom d’un maximalisme intransigeant refusent cette ficelle un peu grosse taxée de clientélisme. D’autres, et notamment ceux engagés depuis longtemps dans l’action syndicale, se réjouissent de voir aboutir enfin une revendication portée depuis longtemps. On fait valoir aussi que cela ne compense pas les écarts de rémunération avec les enseignants des autres pays pointés là aussi par l’OCDE et toutes les comparaisons internationales. Et bien sûr on réclame des augmentations aussi pour les enseignants du secondaire. Petit problème de logique économique (et de politique) : peut-on à la fois augmenter tout le monde et rattraper les inégalités ?

Rentrée 2016
C’est déjà la rentrée !
Pas encore... Mais on a déjà des publications et des informations qui se situent dans cette perspective. D’abord les effectifs. Les écoles primaires, publiques et privées, accueilleront 6,809 millions d’enfants en septembre prochain, soit 3.600 de plus qu’en septembre 2015, prévoit la direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (Depp). A la rentrée 2017, les effectifs des écoles maternelles et élémentaires devraient en revanche diminuer, de 12.100 élèves, première baisse depuis 2011. La hausse des effectifs dans le secondaire n’est pas due seulement à la démographie. Elle s’explique aussi par la baisse attendue des redoublements, surtout en fin de primaire nous rappelle une dépêche AFP.
La publication de ces prévisions se fait dans un contexte tendu avec la multiplication des manifestations et mobilisations pour le maintien ou l’ouverture de classes. Et une semaine après qu’ait eu lieu une campagne menée par la FCPE pour dénoncer les classes sans profs et demander une amélioration du remplacement des enseignants. La communication de la Ministre a beau rappeler le plan Seine Saint-Denis mis en œuvre en novembre 2014 et les créations de postes , le ressenti de beaucoup malgré ces arguments, est que “ça ne va pas mieux”...
Cette semaine a aussi été marquée par la publication au Bulletin Officiel de la traditionnelle “circulaire de rentrée . Rédigée dans le style inimitable des documents émanant de la “centrale”, elle a suscité peu de commentaires. Il faut donc saluer l’effort d’une blogueuse qui en propose une lecture rapide de ce qu’il faut en retenir et l’OZP qui en extrait ce qui concerne l’éducation prioritaire .
La rentrée 2016 sera aussi celle de la mise en place de la réforme du collège. Alors que la polémique a été très vive, on trouve aujourd’hui très peu d’articles qui évoquent cette réforme. Le Figaro évoque un sondage commandé par la Confédération nationale des associations familiales catholiques qui montrerait que pour une majorité des sondés la réforme est jugée inefficace à la fois pour améliorer le niveau des élèves et réduire les inégalités sociales. Avant même son application...
En fait, dans une majorité des établissements, les enseignants sont eux aussi rentrés en phase de préparation et construisent les nouveaux dispositifs. Même si les résistances demeurent et se sont cristallisées.

La pilule est amère
La droite et la gauche c’est pareil ? Nous posions déjà cette question la semaine dernière. Une nouvelle pièce à ajouter au dossier nous est apportée par Valérie Pécresse. On apprend en effet que le conseil régional d’Ile-de-France, qu’elle préside a décidé la suppression du « Pass contraception », un dispositif d’accès gratuit et anonyme des jeunes à des contraceptifs et des tests de dépistage. Celui ci se présente sous la forme d’un chéquier dont les coupons détachables doivent être remis aux professionnels de santé qui effectuent les actes médicaux et délivrent les contraceptifs de façon anonyme et gratuite. Ce dispositif est supprimé “car c’est un échec”, a affirmé la Présidente de Région citée dans Le Monde daté de ce samedi . La ligne budgétaire supprimée s’élevait à 20 000 €. “Pour 500 lycées publics, ça fait 40 euros par lycée, soit 4 centimes par lycéen. Ces 20 000 € étaient inscrits au budget mais pas dépensés”, avait-elle expliqué lors du vote du budget. Et elle déclare que les autres budgets de la région consacrés à la contraception ou à l’interruption volontaire de grossesse sont maintenus ou augmentés.
Le Planning familial s’inquiète de cette décision et déclare que “les agissements de [la nouvelle présidente] Valérie Pécresse ne nous permettent pas de confirmer son féminisme  »
En revanche, contrairement à une rumeur sur sa suppression, le budget de la région Auvergne-Rhône-Alpes a été voté jeudi en maintenant le Pass contraception-prévention, a précisé le porte-parole du nouveau président de la région Laurent Wauquiez (LR). Mais il faut être vigilant...

Violences
La Croix évoque le “ras-le-bol” des chefs d’établissement. Le principal syndicat des proviseurs, le SNPDEN, dénonce en effet les dégradations et les agressions de membres du personnel qui se sont multipliées. Des agressions verbales « par centaines », physiques « par dizaines », allant de la bousculade à des coups entraînant des blessures. Jeudi 14 avril encore, au lycée Voltaire, à Paris, un jeune a porté un coup « violent » à la tête du principal-adjoint tandis qu’un autre jetait un sac de gravats à la proviseure adjointe. Quelques jours auparavant, la proviseure du lycée Pierre-Gilles de Gennes à Paris a été aussi agressée par un jeune qui lui a cassé trois côtes en se jetant sur elles pieds en avant. Les proviseurs (et aussi quelques enseignants) semblent devenus aux yeux de certains les représentants d’une institution et d’un “système” qui mériterait et justifierait toutes les violences.
Évidemment, il serait caricatural de réduire un mouvement social à ces excès qui sont somme toute peu nombreux.Mais cela procède d’un climat général. On semble aujourd’hui face à une exaspération et une colère sociale multiforme. Cette situation anomique est propice aux débordements de toutes sortes. Et on court le risque de voir s’enclencher une spirale de la violence favorisée aussi bien par les surenchères que par des réactions policières disproportionnées. Il y a de quoi s’inquiéter...

Bonne Lecture...

Philippe Watrelot

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