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Bloc-Notes de la semaine du 10 au 16 octobre 2016

- L’école des primaires - Inégalités – Pédago... - Histoire – Butinages -


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C’est le premier débat des primaires de la droite qui ouvre ce bloc notes de la semaine écoulée. L’École y a été très peu présente sauf pour la considérer comme un coût et en réduire le nombre de fonctionnaires. Pourtant la question des inégalités à l’école aurait mérité de l’attention. Heureusement plusieurs textes poursuivent le débat sur ce sujet et nous en rendons compte tout comme nous évoquons plusieurs prises de positions sur la pédagogie. L’enseignement de l’Histoire est aussi au programme de ce bloc-notes qui finit avec quelques butinages d’informations éclectiques

L’école des primaires
L’actualité politique de la semaine, c’était le premier débat de la primaire de la droite . Le débat a réuni 5,6 millions de téléspectateurs et les candidats se sont affrontés essentiellement sur des questions économiques et “régaliennes” avec surtout le thème de l’identité. De l’éducation, il en a été peu question...
Seul Alain Juppé en a parlé dans son intervention de lancement “Je veux que l’économie retrouve le chemin du plein emploi. Je veux une rénovation en profondeur de notre système d’éducation ” a t’il dit . Sinon, l’éducation a surtout été vue comme une dépense, et les enseignants comme des fonctionnaires dont il faut réduire le nombre... Bruno Le Maire souhaite la suppression de 500 000 postes de fonctionnaires, à raison de 100 000 par an “pour faire baisser la dépense publique”. Nicolas Sarkozy fixe la barre à 300 000 emplois publics en un quinquennat dont 150 000 dans la fonction publique d’Etat. Il propose aussi à un autre moment du débat, un départ à la retraite sur 2 non remplacé. Ce qui dans l’éducation aboutirait en gros à 50.000 postes. Alain Juppé, quant à lui, a évoqué 250 000 suppressions de postes de fonctionnaire. Nathalie Kosciusko-Morizet veut supprimer le statut de la fonction publique (pour les nouveaux recrutés) dans certaines missions “où cela n’a pas de sens” comme “enseignant”. Pour finir, Jean-Philippe Poisson a indiqué qu’il se verrait bien Ministre de l’Éducation Nationale. A moins qu’il y ait une session de rattrapage avec les prochains débats, il faut donc noter que ce jeudi soir, il n’y a eu aucune réflexion sérieuse sur l’École.
Pour trouver des prises de positions (outre mes précédents bloc-notes où je fais la chronique des déclarations au fil des semaines), il faut se rendre sur quelques sites spécialisés. Le Figaro a rassemblé sur une page les réponses des candidats aux questions de ses lecteurs sur l’éducation. Catherine Chabrun sur le site de l’Icem-Pédagogie Freinet se livre à une compilation des principales propositions de ces candidats. La chaine LCP propose aussi une énumération des principales mesures préconisées. Et c’est sur le même site de LCP-Assemblée Nationalequ’on trouve la comparaison la plus complète. Comme le dit le journaliste Maxence Kagni, qui signe cette synthèse, si les sept candidats partagent le même diagnostic, les modalités de mise en œuvre peuvent varier. On retrouve cependant les mêmes grandes directions : refonte des programmes (avec une fixation sur l’Histoire…), la maîtrise du français, le temps de travail des enseignants, l’autonomie des établissements...
Dans un autre domaine, Alain Juppé et François Fillon évoquent la possibilité de rétablir l’uniforme dans certains établissements, tandis que Jean-François Copé veut en faire un "principe". Il propose également d’organiser dans tous les établissements, au moins une fois par mois, une cérémonie de levée du drapeau lors de laquelle les élèves chanteraient la Marseillaise. Parmi les mesures plus atypiques, on recense la volonté de François Fillon de revenir sur l’interdiction des devoirs à la maison pour les élèves de primaire, celle d’Alain Juppé de défendre l’enseignement des langues régionales ou celle de Jean-Frédéric Poisson de faciliter l’installation des écoles "hors contrat", en particulier dans les zones d’urgence éducative.
L’historien de l’éducation Claude Lelièvre dans L’Obs souligne que toutes ces propositions sont bien rétrogrades et surtout à des années lumières de l’héritage laissé par le général de Gaulle en la matière.
En bref, une École qui risque d’être confrontée de nouveau aux coupes budgétaires et aux suppressions de postes avec des chefs d’établissements managers et des élèves en uniforme apprenant par cœur “nos ancêtres les gaulois”. Blouse, réduction de postes et identité nationale...

Inégalités
En tout cas, dans ces propositions de la droite, il y a un thème qui n’apparait jamais ou presque c’est celui des inégalités. Il est pourtant au cœur du rapport du CNESCO dont nous avons longuement parlé dans nos précédents bloc-notes et il risque d’être aussi le thème central des résultats de l’enquête PISA qui sera dévoilée début décembre. Pourtant plusieurs textes cette semaine permettent de ne pas oublier que ce débat est majeur et bien plus important que le port du jogging (ou non) au lycée.
A propos du rapport du CNESCO, il fallait lire cette semaine, la réaction du sociologue Pierre Merle dans Le Monde à propos de la manière dont l’éducation prioritaire est abordée dans ce rapport. Selon lui, affirmer que les ZEP aggravent les inégalités plutôt que de les résorber est une conclusion hâtive au vu des données disponibles. En particulier durant la période récente où la tendance évoquée par le rapport semble s’inverser.
Toujours sur ce thème des inégalités, on pourra lire une longue interview de Samy Joshua sur le site Regards.fr. Le professeur de sciences de l’éducation et conseiller municipal Front de gauche à Marseille affirme avec force dès le début de l’entretien que selon lui, “l’école n’arrive pas à réduire les inégalités, mais elle ne les crée pas ! ”. Pour ce qui concerne l’éducation prioritaire, il préconise de “concentrer l’effort des ZEP sur moins d’établissements, en assurant une baisse substantielle du nombre moyen d’élèves – entre cinq et sept élèves en moins par classe. Il faudrait alors s’occuper des pédagogies adaptées en donnant des moyens considérables à la recherche pour savoir quelles approches sont les plus efficaces. Par ailleurs, il faudrait mettre en discussion, en présence de chercheurs, les méthodes expérimentées par les enseignants. Cela supposerait de faire confiance aux profs. En Finlande, ce double effort a été produit. Et le pays est en tête de toutes les comparaisons internationales !”. Plus généralement, il se déclare aussi contre le financement de l’enseignement privé par l’argent public. Après la question inévitable sur Céline Alvarez (!), il rappelle avec raison un enjeu majeur de la lutte contre les inégalités : “Les motivations sont en rapport avec les classes sociales : des produits culturels. Il faut arriver à mettre en correspondance ces motivations socialement déterminées avec ce que la société décide comme objectifs pour son école. Recréer de nouvelles motivations spécifiques à l’école. Pas toujours facile. Mais des centaines de milliers d’enseignants s’y attachent, et souvent avec succès.
Pour poursuivre la réflexion sur les moyens de lutter contre les inégalités, on pourra aller lire les entretiens croisés sur ce thème dans L’Humanité. On y trouve quatre contributions : celle de Christine Passerieux Militante du Groupe français d’éducation nouvelle (GFEN), de Pierre Périer Professeur de sciences de l’éducation à l’université Rennes-II, de notre amie Catherine Chabrun Rédactrice en chef du Nouvel Éducateur (la revue du mouvement Freinet) et enfin de Régis Félix Responsable du secteur école d’ATD Quart Monde. (NDLR : attention les textes de Pierre Périer et Catherine Chabrun ont été inversés) Parmi les pistes évoquées on trouvera une réforme de la formation des enseignants, une amélioration de la mixité sociale, une meilleure valorisation des pratiques pédagogiques dites innovantes, une scolarisation précoce et un meilleur partenariat avec les parents... Ce que disent ces quatre intervenants, c’est aussi que la réponse est non seulement dans des politiques globales mais aussi dans les pratiques pédagogiques.

Pédago...
Cette question de la pédagogie est au centre de plusieurs contributions qui contribuent au débat et vont bien plus loin en quelques lignes que des livres entiers (suivez mon regard...)
Non, l’école française n’a pas cédé aux sirènes du pédagogisme… c’est ce qu’affirme avec force le sociologue Olivier Galland sur le site Telos. Il réagit, en fait, à une autre tribune de Gaspard Koenig dans Les Échos qui affirmait en s’appuyant sur la thèse d’un auteur américain E. Hirsh, qu’“en imposant le sacrifice d’ une éducation fondée sur la mémorisation des contenus au profit de la « différenciation pédagogique », les intellectuels progressistes ont tué l’école française”.
Pour Olivier Galland, “Il y a là une double méprise : d’une part, il faut être bien éloigné des réalités scolaires et mal connaître les travaux de sociologie de l’éducation pour penser que l’individualisation pédagogique y a triomphé ; d’autre part, la pédagogie (et non le « pédagogisme » qui est une manière méprisante et stigmatisante de la dénigrer) lorsqu’elle est intelligemment pratiquée est un facteur essentiel de réussite de l’enseignement. ”. Et il développe longuement l’argumentation sur ces deux points. Il conclut en rappelant que la massification scolaire est passée par là : “Il faut gérer cette diversité et on ne pourra le faire en reproduisant une école rêvée de la IIIe république et en promouvant, comme le propose notre auteur un « conservatisme scolaire ». Ou alors, c’est qu’on renonce à réduire ces inégalités scolaires qu’on a pourtant dénoncées.
Dans ce débat sur l’école et la pédagogie marqué par les caricatures Pierre Jacolino sur son blog propose de dépasser le débat pédago/anti-pédago par une autre dénomination en distinguant les modernistes et les anti-modernistes. Cette distinction est intéressante et lui donne en tout cas l’occasion de fournir une tribune nuancée et respectueuse des positions de chacun. Ce qui, par les temps qui courent, est rare !
Un autre billet sur le même sujet est beaucoup moins nuancé. Paru sur le site d’Attac et écrit par deux enseignants de SES (Alain Beitone et Raphaël Pradeau), ce texte affirme (c’est son titre) que dans “le débat sur l’école, le camp progressiste doit se battre sur deux fronts ”. Les auteurs renvoient dos-à-dos conservateurs et "pédagos modernisateurs" dont ils soulignent aussi la congruence avec les libéraux en préconisant une 3ème voie qu’ils estiment devoir être fondée sur une "pédagogie explicite" en opposition à des pédagogies qui selon eux seraient "invisibles" et causes d’inégalités.
Ce texte est assez exemplaire de tout un courant qui cherche en ce moment à théoriser et justifier une posture qui est avant tout celle d’un conservatisme et d’un refus identitaire d’un questionnement de ses pratiques. On cherche à se donner l’apparence de la rigueur mais l’argumentation repose sur un grand nombre de présupposés invérifiés et sur un procédé rhétorique qui consiste à dénier à l’autre une qualité qu’on s’attribue exclusivement à soi-même. Il faudrait plus de place que ce bloc-notes pour développer une argumentation pour discuter toutes ces affirmations. Un autre texte, peut-être ?
Pour aller vite, on peut dire cependant qu’en tant que “pédago”, je ne me considère pas moins "scientifique", ni rigoureux, ni explicite que ceux qui me reprochent de ne pas l’être. Tous ces étiquetages caricaturaux, ne font pas avancer le débat...

Histoire
Les 19ème rendez vous de l’Histoire ont eu lieu à Blois du 6 au 9 octobre. Lors de cet évènement, la ministre de l’Education nationale a d’ailleurs exprimé son attachement au rôle “précieux” des professeurs d’Histoire. Une discipline qui a été le sujet de nombreux articles au cours de la semaine.
On le sait, le “récit national” est devenu, en France, une thématique de la campagne présidentielle où les personnages « historiques » viennent soutenir les discours identitaires de certains politiciens. Des universitaires ont décidé de prendre à contre-pied les fantasmes qui courent en proposant dans l’ouvrage “Le récit du commun, présenté aux Rendez-vous de l’Histoire à Blois, d’observer comment les élèves et futurs citoyens relatent l’Histoire. Cette recherche sera le sujet de l’émission Rue des Écoles sur France Culture diffusée le dimanche 16 octobre où Françoise Lantheaume la chercheuse qui a piloté le projet sera présente ainsi que l’historienne Laurence De Cock. C’est cette dernière qui présente une partie de l’étude dans un article sur le site The Conversation . Claude Lelièvre sur son blog Mediapart manifeste beaucoup d’enthousiasme pour cette initiative
Toujours sur France Culture et sur un thème voisin, il faut signaler aussi l’émission La fabrique de l’Histoire scolaire qui explore la façon dont l’histoire s’enseigne aujourd’hui en France du primaire au baccalauréat. À podcaster...

Butinages
Finissons par une rubrique hétéroclite qui rassemble quelques lectures repérées au cours de la semaine.

C’est bon chef, j’ai terrorisé mes élèves ! C’est le titre ironique donné par Jean-Roch Masson, enseignant en CP, à un billet un peu agacé écrit après les exercices anti-intrusion. Sur le même thème, on pourra lire sur le blog “la loi du collège” le récit fait avec beaucoup d’humour par les collégiens eux-mêmes, des exercices anti-intrusion. Au delà de l’humour ou de la polémique, il y a une question posée par JR Masson : pourquoi apprenons nous la peur à nos enfants ?

Une information a suscité beaucoup de commentaires (plutôt positifs) sur ma page Facebook. Je la redonne donc telle qu’elle figure dans Ouest France  : Cinq millions d’euros vont être consacrés à la mise en place de potagers, poulaillers, mares ou espaces verts dans 10 000 écoles et collèges, pour éduquer les élèves à l’environnement, a annoncé ce mercredi Ségolène Royal. Les établissements ayant créé un “coin nature” seront mis en réseau avec le Muséum d’histoire naturelle. Juste une question : qui arrosera les plantes et nourrira les poules pendant les vacances ?

Dans les lectures plus importantes, il faut signaler le dernier dossier de veille de l’IFÉ qui a pour thème “L’éducation des filles et des garçons : paradoxes et inégalités”. Un article paru sur le site VousNousIls et intitulé “Liaison école-collège : faut-il créer des « classes mixtes » CM2 – 6ème ? ” nous informe de la parution d’un rapport de l’inspection générale (disponible sur le site du Ministère) sur ce sujet de la continuité pédagogique entre l’école et le collège. Une question importante car dans le cadre de la réforme du collège, on sait que CM1, CM2 et 6ème forment le nouveau cycle 3.

On termine avec une petite interview parue dans l’Est Républicain . Marlène Jörger, 14 ans, élève en 8e (équivalent 3e ) au Europa Gymnasium de Wörth, près de Karlsruhe en Allemagne a découvert pendant deux semaines l’école à la française via un échange individuel dans le cadre du programme national Schuman. Il faut écouter ce qu’elle dit sur l’école Française qu’on peut résumer en une formule “une école stricte et compliquée ”.

Bonne Lecture et bonnes vacances d’automne...

Philippe Watrelot

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