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Bloc-Notes de la quinzaine du 21 octobre au 3 novembre 2013

— Le Changement, c’est maintenu ? - WISE – MOOC et Spoc – Morin et Prost – Enquêtes et études - Lyon indomptable – Citations aux combats -


Un bloc notes en forme de retour sur la quinzaine écoulée. Il paraît que ça s’appelait les “vacances”, même si je suis sûr que beaucoup d’enseignants en ont profité pour corriger leurs copies ou préparer leurs cours. Quoi qu’il en soit, l’actualité éducative, elle ne s’est pas arrêtée. Elle s’est même déplacée jusqu’au Quatar avec le WISE summit. Les thèmes abordés (place des enseignants, rôle du numérique,…) font évidemment écho aux débats français.
Puisque cette chronique sert aussi de “session de rattrapage”, on reviendra également sur quelques enquêtes et rapports intéressants à signaler et parus durant cette période. Et, parce qu’on est jamais aussi bien servi que par soi même, on évoquera aussi l’actualité du CRAP-Cahiers Pédagogiques qui fut très riche avec les “journées d’Automne” à Lyon avec une table ronde sur la refondation. Mais pour démarrer, un petit coup de gueule sur l’actualité française et les rumeurs de démission et de remaniement…

Le changement c’est maintenu ?
L’actualité française récente a été marquée par une série de signaux très négatifs sur la stabilité de la politique gouvernementale.
C’est sûr qu’après les reculades sur les impôts sur l’épargne et sur l’écotaxe, le signal est donné : si vous gueulez suffisamment fort (le bonnet rouge est en option) et que vous avez une bonne comm’, vous pouvez obtenir satisfaction...
Dans ce contexte, on ne peut qu’être très inquiet sur la suite des réformes dans le domaine de l’éducation et sur l’avenir de celles qui viennent d’être lancées. Le changement, c’est maintenu ?
Depuis que Vincent Peillon a annoncé son intention d’être tête de liste aux élections européennes, les couloirs du ministère de l’Education nationale sont très animés nous dit le site Atlantico L’actuel détenteur du portefeuille pourrait selon ces rumeurs, en effet, démissionner au lendemain des municipales pour s’occuper de sa campagne, entraînant de facto un remaniement gouvernemental que l’Elysée souhaiterait limité. On évoque aussi un resserrement du ministère et la suppression des fonctions de George Pau-Langevin, ministre de la Réussite éducative.
On sait ce que valent les rumeurs et il faut donc être très prudent. Pour l’instant, ça ressemble plutôt à de l’intox, genre "retenez moi où je m’en vais...”. Mais si ça se confirme, ce serait effectivement une mauvaise nouvelle. Car, même si on peut argumenter (comme je le fais moi-même) sur la nécessité pour un ministre de ne pas être un technocrate mais un élu qui veut asseoir sa légitimité sur un vote démocratique, cela passera mal. Qu’on le veuille ou non, cela sera interprété plutôt comme une désertion et donnera un signal très négatif à tous ceux qui sont investis DURABLEMENT dans l’engagement pour l’École. Et au-delà, à tous les enseignants pour qui la notion de “seconde carrière" est une aimable plaisanterie. Par ailleurs, quand on utilise le terme fort, voire grandiloquent, de “refondation", on signifie aussi par là que ça prend du temps. Si, après, on s’en va au bout d’à peine deux ans, ça disqualifie beaucoup la portée de la refondation en question. Même si les bases ont été posées, il reste beaucoup à faire ! Enfin, on sait aussi qu’un ministre réformateur est souvent suivi d’un ministre chargé de "pisser sur les braises" (expression de Jack Lang). Les conservateurs auront alors gagné. En attendant pire, c’est-à-dire la destruction de l’école publique voire même une école "bleu marine"...
Car, je suis convaincu que les occasions manquées ne se rattrapent plus et que l’enjeu est bien celui de la (re)création d’une école juste et efficace ou la mort à plus ou moins long terme de l’institution que nous connaissons et des valeurs qu’elle porte.
Toutefois, ses proches démentent l’information et selon une dépêche récente AEF (Agence Éducation Formation), Vincent Peillon aurait même déclaré “ Ma candidature aux élections européennes ne remet rien en question”. Wait and see…
Plus que le sort du Ministre lui-même, espérons surtout que les reculades successives sur de nombreux sujets ne remettent pas en question la priorité accordée à l’École et l’esprit même de la “refondation”.

WISE
Le sommet mondial sur l’éducation Wise (World international summit for éducation) se tenait à Doha au Qatar du 29 au 31 octobre 2013. Au menu : des débats sur l’innovation entre un millier d’experts venus du monde entier, et des prix généreusement dotés et présentés comme les “Nobel” de l’éducation . Cette année, l’enseignement en ligne était à l’honneur à travers des questions comme : "Peut-on avoir une éducation sans professeur ?", "Est-ce que les MOOC améliorent la qualité et l’accès à l’éducation pour tous les élèves, ou est-ce juste une mode ?
Avant de rentrer dans le vif du sujet, on pourra lire le portrait dans le Monde de Clara Victoria Colbert de Arboleda (dite Vicky Colbert) qui vient de remporter le prix Wise de l’éducation 2013. Pour comprendre son action on complètera ce portrait avec un reportage sur l’évolution du système éducatif en Colombie . Le WISE a aussi mis à l’honneur, le réseau Teach For All , né aux Etats-Unis à l’initiative d’une jeune diplômée de Princeton, Wendy Kopp. En 1990, celle-ci a l’idée d’envoyer des étudiants brillants en renfort dans des quartiers difficiles. L’idée fait boule de neige dans d’autres pays . Des projets pilotes éclosent au Chili, au Liban, en Inde, mais aussi en Allemagne ou en Belgique et aboutissent à un réseau aujourd’hui mondial.
Comme le dit très bien Emmanuel Davidenkoff dans une de ses chroniques sur France Info , si le sommet a bien mis l’accent sur le rôle des enseignants il a surtout montré que ce n’était pas les individualités qui étaient la clé du succès mais la coopération, l’effet-établissement et des finalités clairement énoncées. A cette énumération, il faut ajouter aussi le rôle majeur de la formation. Selon Pasi Sahlberg, expert en éducation finlandais : «  Les modèles éducatifs performants, comme ceux de la Finlande, de Singapour ou de la province d’Alberta, au Canada, mettent tous l’accent sur le recrutement et la formation des enseignants  »
Ce même Pasi Sahlberg, qu’on peut considérer comme un des artisans majeurs de l’évolution du système éducatif finlandais, donne une longue interview très intéressante et nuancée dans L’Express. Il y parle de l’évaluation :“ Il n’y a pas que les connaissances ! De notre point de vue, il est tout autant important de vérifier s’ils ont été capables d’apprendre à apprendre. Nous sommes très vigilants sur l’évaluation de cette notion que nous appelons " learning to learn ". Que faire avec ses connaissances ? comment les utiliser ? C’est aussi ce que mesure l’étude Pisa et c’est pour cela que nous y avons de bons résultats depuis vingt ans.”. Mais il tient aussi un discours nuancé sur l’école finlandaise qu’il ne considère pas comme un modèle : “ Nous sommes loin d’être parfaits. A cause de cette réputation obtenue grâce à nos résultats aux études Pisa, le système éducatif est devenu très difficile à faire évoluer. Personne ne veut plus rien changer. Or, nous sommes confrontés aujourd’hui à de nouveaux défis. Il nous faut par exemple trouver comment inciter les garçons à lire car ils passent la plupart de leur temps libre sur l’ordinateur. Contrairement aux filles qui continuent à aimer la lecture. Ce sont elles, d’ailleurs, qui nous permettent de nous maintenir à un bon niveau dans l’étude Pisa. Autre défi, récupérer les 5% d’élèves qui arrêtent leur scolarité à l’âge de seize ans. Enfin, aujourd’hui, les écoles finlandaises accueillent de nombreux enfants d’immigrés. Elles doivent apprendre à bien les intégrer. ”. Il donne enfin quelques “conseils” à Vincent Peillon : “ Il faut d’abord avoir une vision assez claire du futur système. Puis, accepter que cela peut prendre plusieurs années voire plus d’une décennie. Je conseillerais aussi aux Français de décentraliser leur gouvernance du système. [...] Enfin, ne pas avoir peur des syndicats. En Finlande, nos ministres les craignaient. Mais tout s’est bien passé.”.
Ce qui nous ramène à notre point précédent…

Mooc et Spoc
L’autre gros sujet de Wise a été celui des MOOC (massive open online courses). L’acronyme français est CLOM (Cours en ligne massifs et ouverts). En gros, des cours proposés sur Internet (gratuits ou payants) avec des modules de validation (le plus souvent payants) qui semblent vus comme une révolution dans l’enseignement. Ce sont évidemment les évolution technologiques qui permettent cette avancée mais les enjeux commerciaux sont eux aussi très importants. Mais il y a aussi une réflexion pédagogique majeure sur la place de l’enseignant. Doit-on en conclure comme le titre un article du Monde que Le cours est dans la machine ?
La réponse est évidemment nuancée.
Toujours dans Le Monde, on interviewe Marc Prenscky, l’inventeur du concept de digital natives avec un titre en forme de réponse à cette question : Avec le numérique, le professeur doit se réinventer . Aux côtés de la machine, le professeur, doit être “ recruté sur ses compétences humaines et non plus seulement disciplinaires ”, précise Marc Prenscky, . Il se devra plus que jamais d’assurer une mission que l’ordinateur ne pourra lui ravir : enseigner comment « “ penser de manière efficace ” », « “ agir de manière efficace ” », « “ communiquer de manière efficace ” » et « “ assurer son développement personnel ” ». Jamais une machine ne sera capable d’enseigner le respect et la compassion pour construire un honnête homme du XXIe siècle, d’enseigner « “ ce qu’est être humain ” », comme le formule le philosophe et sociologue Edgar Morin. Le prof est mort ? Vive le prof ! conclut ainsi Maryline Baumard.
On pourra compléter cette réflexion avec plusieurs articles. On signalera notamment un texte dans le Blog Internet Actu où on explique qu’avec l’école inversée […] la technologie produit sa disparition L’auteur rappelle d’abord le principe : les enseignants enregistrent des cours en vidéo, les élèves regardent ces vidéos en dehors de la classe, sur leur smartphone dans les transports, devant leur écran d’ordinateur chez eux ou dans la salle informatique de leur lycée (pour ceux qui n’ont pas chez eux de quoi regarder des vidéos en ligne). “ Qu’est-ce que ça change au fonctionnement de l’école ? En dehors de la classe, on remarque que les élèves sont plus enclins à regarder des vidéos qu’à faire les devoirs traditionnels et, surtout, qu’ils les regardent plusieurs fois (elles sont courtes, entre 3 et 6 minutes), sans avoir peur de passer pour des imbéciles parce qu’ils ne les ont pas comprises du premier coup. Ça change surtout ce qui se passe à l’intérieur de la classe. La classe devient le lieu des questions et de la mise en pratique. Un lieu d’activité. En petit groupe. Dans un rapport direct entre l’enseignant et les élèves. Ce qui permet aux enseignants d’identifier beaucoup plus vite ceux qui n’ont pas compris (et qui arrivent à se cacher dans un dispositif de classe traditionnel). ”. Et l’auteur de conclure : “ D’un côté, on pousse jusqu’au bout la logique de ce que permet la technologie et de la place qu’elle a dans la vie des élèves ; mais ce renversement produit paradoxalement une disparation de la technologie puisqu’elle sort totalement de la classe, qui devient le lieu de la discussion, des questions…
On trouve une idée voisine dans une tribune de Slate.fr « Le cours magistral était considéré comme un modèle défectueux de l’époque industrielle. Pourquoi, alors, le porter aux nues dès lors qu’il a été numérisé et diffusé via Internet à l’ère informatique ? »L’auteur propose de passer des Mooc au SPOC (small private online classes, petits cours privés en ligne). L’idée de base de cet « enseignement hybride » est d’utiliser des cours en vidéo de type Mooc et autres fonctionnalités disponibles en ligne comme « contenus » pour des cours donnés dans de vraies salles, de taille normale. En demandant aux étudiants de visionner les vidéos en ligne, les enseignants sont ensuite libres de passer leur temps de cours à répondre aux questions des étudiants, à évaluer ce qu’ils ont assimilé ou non, puis à travailler avec eux sur différents projets…
Une autre analyse proposée par le “Plus” du Nouvel Obs considère que ces vidéos en ligne et notamment la Khan Academy qui propose des cours gratuits de maths, pourrait bien, aussi remettre en question les cours de soutien privés et payants traditionnels.
Pas sûr, tant les marchands de l’École peuvent aussi y voir de nouvelles sources de profits. Aux pédagogues d’être vigilants et de proposer des formes alternatives, mutualistes et coopératives.

Edgar Morin
Wise en anglais, ça veut dire sagesse… Edgar Morin était un des grands invités de ce sommet.
On retrouvera une interview du penseur par Maryline Baumard dans Le Monde et aussi un Compte rendu par Caroline Brizard (Nouvel Obs).
On retrouve dans ses propos sa plaidoirie en faveur d’une éducation à la complexité qui, sait-on jamais, pourrait faire écho chez les membres nouvellement nommés du conseil supérieur des programmes. Il y plaide donc pour un enseignement de la complexité et un décloisonnement des disciplines. “ Les disciplines sont nécessaires, mais leur clôture est néfaste. La séparation des savoirs crée une nouvelle ignorance. Savoir les relier nécessite une connaissance qui réponde aux défis de la complexité de notre monde social et planétaire ”. Comment faire changer l’école ? “ Il faut sans cesse s’appuyer sur une avant-garde agissante. Il n’existe jamais de consensus préalable à l’innovation. On n’avance pas à partir d’une opinion moyenne qui est, non pas démocratique, mais médiocratique ; on avance à partir d’une passion créatrice. Toute innovation transformatrice est d’abord une déviance. ”.
Cette fois-ci c’est au conseil national de l’innovation (et de la réussite éducative) que le conseil pourrait être adressé. Comment favoriser l’innovation quand celle-ci est (trop) institutionnalisée ?
C’est d’ailleurs une des questions que l’on retrouve dans un rapport conjoint IGEN / IGAENR qui vient de sortir et qui est très critique sur la place de l’innovation dans l’Éducation Nationale. A la fois parce que "l’article 34" (issu de la loi de 2005 mais maintenu dans la loi actuelle) a été peu utilisé et est même vu négativement par de nombreux cadres de l’Éducation nationale (toujours ces problèmes de territoires…) et aussi parce que les conceptions de l’innovation peuvent être interprétées très différemment .Dans ce rapport, somme toute assez pessimiste on trouve aussi ce constat : "Toute politique [...] d’innovation doit prévoir un volet de valorisation et d’essaimage des pratiques. La valorisation des actions est actuellement insuffisante pour fertiliser le système.". Mais cela nous éloigne du WISE, quoique…

Antoine Prost
La transition est, en tout cas, facile avec le livre d’Antoine Prost "Du changement dans l’école" (éditions du Seuil, 2013) dont on trouvera une recension sur le site des Cahiers Pédagogiques et l’interview de l’auteur par Jean-michel Zakhartchouk.
Quand on lui pose la question du succès ou de l’échec d’une réforme, voici ce qu’il répond : “ Le succès tient à la rencontre de plusieurs facteurs : la continuité politique et administrative, l’adhésion d’une partie suffisante de l’opinion et des enseignants, un accord assez large sur ses objectifs, un peu d’argent, de l’habileté. Mais l’essentiel est la continuité, qui suppose un minimum de consensus. Sans un accord minimum entre les partis de gouvernement sur la politique à suivre, la droite défait ce que la gauche a fait, et réciproquement. Les enseignants en ont assez d’être ainsi ballotés de réforme en réforme. Telle qu’elle est pratiquée aujourd’hui, l’alternance politique démolit l’Éducation nationale. ”[...] La concertation nationale touche les responsables associatifs ou syndicaux. Mais pour qu’une réforme passe, ce sont les professeurs et les parents qu’il faut convaincre, ce qui suppose une concertation avec la base, au niveau des établissements. Et la mise en œuvre de la réforme demande de multiples décisions locales. Elle exige une administration qui l’explique et la construise sur le terrain
On trouvera une autre interview d’Antoine Prost dans Educpros le 28/10/13 où il parle cette fois-ci de la formation des enseignants. “ Les ESPÉ (écoles supérieures du professorat et de l’éducation) sont une bonne chose, même si la refondation s’effectue dans un contexte défavorable. Lorsque se sont créés les IUFM (instituts universitaires de formation des maîtres), on pouvait compter sur un vivier de compétences, des formateurs formés par les MAFPEN (missions académiques de formation des personnels de l’Éducation nationale). Aujourd’hui, les ESPÉ se créent alors que ces formateurs partent à la retraite. Et il n’y a pas ce type de compétences dans les universités. Supprimer les IUFM a été stupide : comme si le métier d’enseignant était le seul qu’on n’ait pas besoin d’apprendre ! Je regrette qu’il y ait eu dans les années 2000 un IUFM "bashing", un matraquage qui a imposé l’idée que c’était un échec total. Tous les IUFM ont été évalués par le même Comité national que les universités. J’ai lu les rapports de 25 IUFM, des rapports de plus d’une centaine de pages chacun. À chaque fois, les inspecteurs disaient que les maîtres qui en sortaient étaient meilleurs que les précédents.
On notera la très grande civilité de M. Prost qui n’utilise que le qualificatif de “stupide”…

Enquêtes et études
Plusieurs enquêtes et études ont retenu notre attention durant cette période de “vacances”. Voici un écrit de rattrapage pour ceux (il y en a…) qui se sont tenus éloignés des écrans pendant quelques temps.
Un article de la BBC reproduit dans digischool.fr pose une question intéressante : dans quels pays les enseignants sont-ils les plus “respectés” ? Au passage on notera que le mot “respect” peut induire en erreur. Il semble être une mauvaise traduction de ce qu’on appellerait en sociologie “statut” ou “prestige social”. L’étude de la Varkeys Gem Foundation se basait sur des enquêtes auprès de 1000 adultes dans chaque pays. Celles-ci ont examiné les attitudes du public envers le statut professionnel, la confiance, la rémunération et les avantages de l’enseignement en tant que carrière professionnelle. Au Royaume-Uni, seul 1 adulte sur 5 croit que les étudiants montrent du respect à leurs professeurs à l’école. Tandis qu’en Chine on compare les enseignants à des médecins, au Royaume-Uni ils sont davantage susceptibles d’être rattachés aux infirmières et aux assistantes sociales et aux États-Unis aux bibliothécaires. La place de la France n’est pas indiquée dans cet article traduit de l’anglais mais le rapport initial l’indique : 11e position. D’ailleurs, si vous pratiquez l’anglais, le rapport est vraiment intéressant à lire. Surtout les graphiques !
Peut-on évaluer (de manière monétaire) l’"effet prof" ? Une étude américaine a permis d’évaluer à environ 1,4 millions de dollars par classe, l’impact financier de l’enseignement d’un "bon professeur" par rapport à un autre moins bon sur les revenus futurs des élèves qui la composent. Marc Gurgand et Corinne Prost, deux économistes spécialisés dans l’économie de l’éducation font le point sur cette question sur le site Atlantico. Pour eux , l’étude ne remet pas en cause la vision des économistes sur les enseignants. Elle permet de préciser l’ampleur du phénomène et de montrer que les effets sont notables à long terme. Il y a un débat entre certains économistes de l’éducation qui pensent que les meilleurs leviers sont du côté des moyens budgétaires, par exemple la taille de la classe ; et d’autres économistes qui pensent que les enseignants influent bien davantage sur la réussite scolaire. Cette étude donne des arguments de poids à ces derniers économistes. Mais il faut aussi relativiser. “L’enseignant compte évidemment et certains enseignants réussissent mieux que d’autres à faire progresser les élèves. Tout parent d’élève le sait et les chefs d’établissement le savent également. Les économistes ont tenté de relier cette "qualité" des enseignants à certaines caractéristiques, telles que "âge" et "diplôme". Il n’y a pas de réponse claire ; les jeunes enseignants sont un peu moins bons car c’est un métier qui s’apprend ; et les compétences académiques semblent jouer un rôle également. Toutefois, les plus grandes différences viennent de caractéristiques individuelles des enseignants, leur faculté à maîtriser une classe, leur sens de la pédagogie, leur envie. Il ne semble donc pas possible de repérer à l’avance les plus compétents ; c’est sur le terrain que les différences se dessinent. Néanmoins, il ne faut pas avoir une vision trop mécaniste : les personnes évoluent au fur et à mesure de leur carrière. En outre, un enseignant n’est pas seul, il s’agit d’une interaction entre une classe et lui. Il peut réussir un peu moins bien face à certaines dynamiques de classe. ” Et Marc Gurgand de conclure : “Du coup, si l’enjeu de la qualité des enseignants est présent dans le débat public, c’est plutôt à travers la politique de recrutement. Les questions qui sont posées, mais auxquelles on ne sait pas bien répondre, sont notamment : est-ce qu’on recruterait de meilleurs enseignants s’ils étaient davantage payés ?
Bonheur privé et déploration publique ?
Les profs font partie des travailleurs les plus heureux dans leur activité professionnelle, selon une enquête Viavoice pour le Nouvel Observateur. Les enseignants sont en effet 85 % à se dire épanouis dans leur travail comme le résume le site VousNousIls . Et le métier de “Professeur” fait donc partie du top 3 des "métiers qui rendent heureux", selon le Nouvel Observateur. Ils arrivent en effet juste après les cadres de la fonction publique (qui sont 90 % à se dire heureux au travail) et les agriculteurs (heureux à 86 %). Concernant les raisons de leur bon­heur au travail, les enseignants estiment à 79 % exercer “ une activité professionnelle qui passionne ”, 91 % “ un travail utile à la société" et 90 % “ un emploi stable ”. Ils ne sont par contre que 31 % à se sentir reconnu par leurs supérieurs, 61 % à juger leur conditions de travail “ favorables (sans pénibilité) ”, et 66 % à être satisfaits de leur condition matérielle. Comme le note un article de Claude Lelièvre la plupart de ces résultats vont dans le même sens que l’enquête publiée début septembre 2013 par le syndicat « UNSA-Education » et réalisée auprès de 16333 agents de l’éducation nationale et de l’enseignement supérieur, où il apparaissait que ces personnels déclaraient à 94% “ aimer leur métier”, à 84% “ être heureux dans l’exercice de leur métier ”. Mais signale t-il avec malice, dans le même temps 54% d’entre eux estimaient “ n’être pas reconnus dans leurs pratiques professionnelles ” et 57% d’entre eux disaient “ être insatisfaits de leurs conditions de travail

Du Lyon au menu…
L’actualité, c’est aussi celle du CRAP-Cahiers Pédagogiques…
D’abord avec cette tribune “La refondation : en cours d’acquisition qui est le produit d’un travail collectif ; Lors du dernier conseil d’administration du CRAP, les membres du CRAP présents ont fait le bilan de la refondation au regard des propositions que nous avions faites en 2011. Je vous surprendrai, si je ne vous conseillais pas de la lire en entier mais je ne résiste pas à vous livrer un passage en forme d’avertissement à nos différents interlocuteurs : “En un an et demi, on aurait aimé voir les choses avancer bien plus vite. La logique du compromis et des petits arrangements en coulisse avec les « forces qui comptent » prend trop souvent le dessus sur la transparence et sur la consultation démocratique. Mais on sait aussi qu’il est de bon ton aujourd’hui d’afficher déception et amertume, dès que des changements se mettent en place. On souligne les effets pervers, ou on prétend qu’au fond, rien ne change, et on rejoue l’éternel remake du feuilleton des illusions perdues. Argumentations souvent hypocrites qui masquent des résistances corporatistes et une manifestation de cette société de défiance, toujours prompte à dénoncer, à souligner tout ce qui ne va pas, à dénigrer ceux qui s’engagent dans le positif [...] Tant pis si pour les uns, dans l’institution, nous pratiquons trop notre devoir d’impertinence, tant pis si pour les autres, nous serions trop bienveillants et trop positifs. La question n’est pas là, mais bien de ne pas s’enfermer dans la résignation ou dans le commentaire.
Sur le site des Cahiers Pédagogiques vous pourrez aussi lire un article qui revient sur les deux jours très intenses des “journées d’automne" du CRAP les 21 et 22 octobre dernier à Lyon. Deux jours marqués par l’assemblée générale de l’association avec notamment la réflexion sur les orientations malgré la baisse sensible de notre subvention et des craintes sur la diffusion de la revue, mais aussi une conférence sur l’engagement avec la sociologue Sandrine Nicourd, une fête du cinquantenaire et en clôture une table ronde sur la refondation de l’École avec Philippe Meirieu, Nathalie Mons, Yves Fournel et moi même. On pourra lire quelques échos de cette table ronde qui a fait salle comble dans le site d’information Touteduc Une dépêche AEF reprend aussi des éléments de ce débat et en particulier notre rappel de la promesse de François Hollande dans son discours à la Sorbonne au moment de la concertation sur la refondation (si loin, si proche…) d’une “obligation de formation continue” (qui serait aussi un droit opposable d’ailleurs) pour les enseignants.
Pour ceux que ça intéresse, on pourra lire aussi mon discours prononcé à l’occasion de la soirée anniversaire des cinquante ans du CRAP. J’essaie de dire de manière très personnelle ce que cette association, dont j’ai été réélu président, représente pour moi.
Autre information importante pour notre mouvement : Jean-michel Zakhartchouk vient enfin d’ouvrir son blog ! Il a choisi de le faire sur le site EducPros. Il commence dans un premier billet par poser les conditions du débat et énumérer tout ce qui peut faire obstacle à celui-ci. Il en repère dix mais je suis sûr qu’il y en a d’autres...
Mais tous ces obstacles et toutes les difficultés de la période présente n’empêcheront pas le CRAP-Cahiers Pédagogiques de continuer à intervenir et même à susciter le débat autour de l’École et à apporter notre regard de pédagogues sur l’actualité éducative. On a mangé du Lyon ! Loin des simplismes, des logiques binaires et en apportant de la nuance et de la complexité (salut Edgar) là où c’est nécessaire.
C’est la raison d’être de notre site des Cahiers Pédagogiques que je vous invite à visiter régulièrement (il y a toujours du nouveau !) et de nos futurs projets. C’est aussi la fonction de la revue de presse qui revient avec un rythme régulier avec la fin des vacances.

Citations au combat
Pour ne pas finir sur une note d’auto-célébration ce (trop) long Bloc Notes, je livre à votre méditation, deux citations glanées au hasard de mes lectures sur les réseaux sociaux. En ces jours de célébrations des défunts, ce sont deux personnes disparues mais dont la pensée reste quant à elle bien vivante…

Lorsque je vois un examinateur décider que telle ou telle copie d’histoire par exemple ou de philosophie ou même de mathématiques, cotée sur 20 vaut 13 1/4 et telle autre 13 1/2, je ne puis en toute déférence m’empêcher de crier à la mauvaise plaisanterie. De quelle balance de précision l’homme dispose-t-il donc qu’il lui permette de mesurer avec une approximation de 1,2 % la valeur d’un exposé historique ou d’une discussion mathématique ?
Marc Bloch, dans L’étrange défaite, écrit en 1940 et publié à titre posthume en 1946.

« Nous ne comprendrions pas que des camarades fassent de la pédagogie nouvelle, sans se soucier des parties décisives qui se jouent à la porte de l’école, mais nous ne comprenons pas davantage les éducateurs qui se passionnent activement pour l’action militante et restent dans leur classe de paisibles conservateurs.  »
Célestin Freinet, texte paru dans le premier numéro de « l’Educateur Prolétarien », ancêtre du Nouvel Educateur en 1936

Bonne Lecture...

Philippe Watrelot