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Bloc-Note de la semaine du 1er au 7 février 2016

- Gauche / Droite – Français/Français – État/Marseille – Grave/Circonflexe -


— « Eh, pour ton bloc notes, tu vas parler de la réforme de l’orthographe ? Tu as vu, tout le monde en parle depuis une semaine ! »
— «  D’abord, ce n’est que depuis jeudi que tout s’est emballé. Et puis il y a bien d’autres choses plus importantes à dire sur l’École : la proposition d’abaisser l’âge de l’apprentissage à 14 ans par exemple ou bien l’enquête sur les jeunes et la religion. Ou encore l’état des écoles à Marseille
— « Mais quand même tu ne peux pas ne pas en parler ! c’est LE sujet n°1 dans les réseaux sociaux. Tous les journalistes font des papiers là dessus et même la Ministre a été obligée de se positionner »
— « Je sais bien... j’ai même refusé deux interventions à la télé parce que je trouvais que c’était un “faux buzz”.  »
— « Justement ! tu pourrais au moins dire pourquoi, selon toi, c’est une polémique excessive. »
— « D’accord. Tu as raison. Et puis ça dit quand même des choses sur l’état du débat public et de l’École aujourd’hui. On en parlera à la fin et on ne parlera pas que de ça. Histoire de rappeler quand même que “hiérarchiser l’information” c’est important…

Gauche / Droite ?
Des députés (de la vraie droite) emmenés par Christian Estrosi ont présenté en début de semaine une proposition de loi pour réinstaurer l’apprentissage à 14 ans. Le groupe socialiste s’est dit dès le dépôt "fermement" opposé à ce texte en commission. Jusque là, rien que de très normal. Un positionnement qui rappelle que les clivages droite/gauche existent encore sur un certain nombre de sujets.
Mais ce même mardi, Manuel Valls réunissait à Matignon les dix-huit présidents de région de la métropole et de l’outre-mer. Et le président de la région Paca, a évidemment plaidé pour l’abaissement à 14 ans de l’âge de l’apprentissage. Selon un article du Figaro , la ministre de l’Éducation nationale se serait, selon un participant, montrée « très fermée » sur cette proposition. S’en est suivie une mise en garde cinglante du premier ministre, un « recadrage très sévère », selon un élu présent. S’adressant à tous les ministres et visant plus particulièrement N. Vallaud-Belkacem, M. Valls aurait lancé : “Nous n’avons pas fait venir les présidents de région pour dire “non”. Vous n’êtes pas là pour dire “non” à des personnes que j’ai invitées à Matignon pour faire des propositions”.
Finalement la position du gouvernement a été clarifiée.  : Le retour à l’apprentissage à 14 ans “n’est pas la position du gouvernement et on voit les objections de fond à cette mesure”. La proposition de loi a finalement été rejetée jeudi soir par un vote à l’Assemblée. Fin de la polémique ?
Elle en dit long en tout cas sur la perte actuelle de repères idéologiques et la difficulté à identifier aujourd’hui ce que seraient des marqueurs de droite et des marqueurs de gauche. Car la position de la Ministre n’était pas “fermée” mais en effet très “ferme” sur une proposition qui est d’abord une régression et un renoncement. Tout le propos du collège unique depuis 40 ans est d’éviter la sélection précoce et de trouver des solutions pour permettre le "scolariser ensemble" et la lutte contre l’échec scolaire. Cette proposition de la droite fait exactement l’inverse. Rappelons que dans sa loi sur la refondation de l’école de 2013, Vincent Peillon avait fait abroger l’apprentissage à 14 ans, considérant que tous les élèves devaient au moins finir le collège pour acquérir le socle commun de connaissances de compétences et de culture.
Ce qui est inquiétant dans ce débat occulté aujourd’hui par des accents circonflexes, c’est aussi que cette proposition puisse trouver de l’écho dans l’opinion et y compris chez les enseignants. On pourra entendre en effet de nombreux avis, y compris « à gôche » qui voient des vertus dans l’apprentissage dès 14 ans pour des enfants qui ne sont “pas faits pour les études” et qui se trouveront mieux à exercer des métiers manuels “qui doivent être revalorisés”. On fera remarquer que les gosses "pas doués pour les études", ou ayant une "intelligence manuelle, toute aussi noble que les autres" ne sont (quasiment) JAMAIS des enfants d’enseignants (ni de CSP +). Pourquoi ces enfants sont-ils majoritairement des enfants d’ouvriers ? Est-ce une question de “don” ? ou de déterminisme social ? L’École n’est-elle là que pour entériner les inégalités sociales ou peut-elle tenter d’y répondre ? Si l’école est un "carcan scolaire” est ce que la seule solution c’est de dire aux élèves “adaptez vous ou dégagez” ou il y a moyen de faire évoluer l’école ? Le débat ne devrait pas être sur l’âge auquel on oriente vers ce type de dispositif, mais sur les critères pour y rentrer. Pour quelques rares élèves orientés positivement, combien d’autres qui se voient imposer l’apprentissage non pas parce qu’ils ont le goût pour cela mais tout simplement parce qu’ils n’ont pas trouvé leur place à l’école et au collège et dont on se débarrasse ainsi ? Tout cela questionne le système éducatif tout entier qui préfère expulser ces élèves que d’affronter vraiment le traitement de la difficulté scolaire. Et il faut en effet féliciter les enseignants (et personnels éducatifs !) des lycées pros qui parviennent avec un grand nombre de ces gamins qui arrivent abimés et en colère à retisser du lien et à redonner de l’estime de soi. On pourrait alors convenir que la réponse de l’orientation précoce est une mauvaise réponse à la question de l’échec scolaire et d’une pédagogie peu efficace face à certaines difficultés.
Dans des temps de confusion sur les finalités de l’École et où l’“élitisme” est invoqué à tort et à travers pour justifier l’immobilisme, il est en effet difficile de trouver des repères de gauche dans la politique éducative.
La recherche de mixité sociale peut en être un de ces trop rares marqueurs. Mercredi dernier, la ministre réunissait, rue de Grenelle, une centaine d’élus locaux, chercheurs, recteurs, mais aussi les fédérations de parents d’élèves et les représentants de l’enseignement privé… pour relancer l’expérimentation de réforme de la carte scolaire annoncée dès janvier 2015 et officiellement lancée quelques jours avant les attentats du 13 Novembre. Comme le souligne Libération, politiquement, la réunion qui se tenait ce mercredi était décisive. En termes de calendrier, si le ministère veut que l’expérimentation se concrétise dès la rentrée 2016 – avant la présidentielle –, il faut accélérer maintenant et passer à l’expérimentation. Il s’agissait donc de convaincre les élus, souvent échaudés à l’idée de se mettre les parents d’élèves (de droite comme de gauche...) à dos, de ne pas s’arrêter aux bonnes intentions. 20 départements devraient expérimenter de nouvelles règles d’affectation dans les collèges.
Gauche ? Droite ? Dans le même temps, Nicolas Sarkozy fait la promotion de son livre “La France pour la vie dans lequel quelques pages sont consacrées à l’Éducation Nationale. Il préconise “ moins d’enseignants, mieux payés, mieux considérés, mieux formés et plus disponibles ”. Pour lui, il “ vaut mieux avoir 20 % d’enseignants en moins et les payer 20 % de plus ”. Il suggère également “ d’augmenter de 25 % le temps de présence des enseignants dans les lycées et collèges ”. Ces derniers auraient ainsi plus de “ temps libre pour aider et soutenir les élèves les plus en difficulté ”. Par ailleurs, il estime que “ La mainmise complète des syndicats sur le système achève de le paralyser ”.
Finalement, pour ceux qui auraient la mémoire courte, voilà un rappel utile. Gauche ? Droite ? Il y a encore quelques différences...

“Français-Français”
L’école défiée par la religion c’est le titre qui barre la couverture de l’Obs de cette semaine. On y présente comme inédite et levant des tabous, une enquête de Sébastian Roché, Directeur de recherche au CNRS, Sciences Po Grenoble. Ce spécialiste de la délinquance vient de sortir une enquête qui a consisté à interroger 9.000 collégiens des Bouches-du-Rhône entre avril et juin 2015 sur la force du sentiment religieux des jeunes, sa dimension identitaire et ses conséquences sur l’adhésion aux valeurs de la société française. Dans cette étude, le sociologue montre que de plus en plus d’élèves opposeraient leurs convictions religieuses aux enseignements universels. Et les graphiques présentés ainsi que les exemples mettent tous l’accent (circonflexe ?) sur la religion musulmane.
Sur son blog, notre collègue Laurence De Cock s’interroge sur la méthodologie de l’enquête et sur le fait que “cette enquête inédite, ne cite que des exemples collègiens musulmans pour étayer l’hypothèse bien vendeuse de sa levée de tabous. ” et elle ajoute que “Les travaux sont nombreux, thèses, articles, qui interrogent les formes d’enseignement du fait religieux dans les manuels scolaires notamment, qui étudient les discriminations ou encore les effets des catégorisations culturelles en œuvre à l’école. A de très rares moments, le débat s’est apaisé sur ces questions qui sont, depuis plus de trente ans, au coeur des controverses scolaires, particulièrement dans l’enseignement de l’histoire et de l’éducation à la citoyenneté. […] Prétendre donc lever un tabou sur cette question est tout simplement grotesque et dit davantage de la fabrique de l’amnésie par le dispositif médiatique que de la réalité d’une politique scolaire […] . Il y a certains contextes politiques, comme celui que nous traversons actuellement, qui appellent prudence, responsabilité et retenue dans la quête de sensationnalisme et de profit.
Sur cette couverture de l’Obs, on trouve le portrait de la Ministre de l’Éducation Nationale. Najat Vallaud Belkacem est invitée à commenter cette enquête . Elle déclare “Non, le constat d’une plus grande religiosité chez les jeunes n’est pas nouveau. Et, au lendemain des attentats de janvier, en me rendant dans plusieurs établissements scolaires, j’avais constaté la prégnance du sentiment religieux parmi les élèves. J’avais été frappée de voir beaucoup d’entre eux discuter, juger, débattre des choses à travers ce prisme, toutes religions confondues. C’était moins le cas pour les générations précédentes. Dans une société qui se cherche, une partie de la jeunesse peut être davantage tentée de trouver des réponses dans la religion. A l’heure où ces identités peuvent être manipulées et radicalisées pour être montées les unes contre les autres, c’est très préoccupant.” Et plus loin elle ajoute que pour elle “c’est le résultat d’une crispation identitaire dans la société, mais aussi un phénomène social. ”.
Une crispation identitaire et un phénomène social... C’est ce que nous disent aussi deux documents parus cette semaine. Dans Rue89, Pierre Haski nous conseille un documentaire, diffusé mercredi dernier à 23h30 sur France 2 (série Infrarouge et disponible en Replay), qui interroge la question "identitaire" dans la société française et notamment en interrogeant les plus jeunes. Un extrait est significatif . Les deux auteurs du documentaire, l’une juive, l’autre musulman, rompus à l’animation de dialogues à deux voix avec la France des banlieues et des stéréotypes, posent deux questions à une classe de lycéens en grande majorité « issus de l’immigration », comme on dit pudiquement : “ Qui est français ?”. Tout le monde lève la main. “ Qui se sent français ?” Une seule main se lève dans la classe, celle d’une jeune noire qui explique que, dans sa tête, elle est “ blanche”. Un autre répond que le Français, pour lui, c’est un blond aux yeux bleus propre sur lui.
Toujours sur le même sujet il faut lire dans Politis, le témoignage d’un professeur d’Histoire-Géographie en collège qui explique comment il procède avec ses élèves pour travailler sur le sentiment d’être français. Et il montre aussi avec justesse combien le projet de déchéance de nationalité complique son travail et d’une manière générale cette construction de l’identité. Au fait, le texte a pour titre “ On n’est pas des « Français-Français » monsieur !

Etat/Marseille
Dans une lettre conjointe, publiée vendredi matin dans la Provence , la ministre de l’Education, Najat Vallaud-Belkacem, et celui de la Ville, Patrick Kanner, estiment que “la situation particulièrement préoccupante des conditions de scolarisation des élèves du premier degré dans les établissements marseillais nécessite une réponse rapide et cohérente qui sache à la fois traiter l’urgence et établir sereinement les conditions d’une amélioration durable”.
Rappelons que dans son édition de mardi, Libération faisait sa une sur l’état des écoles marseillaises, relayant la colère des parents et des enseignants (notamment une lettre ouverte d’une enseignante) contre la municipalité, seule compétente légalement dans la construction et l’entretien des locaux. La réaction première de la Mairie et de son maire, Jean-Claude Gaudin, a été de minimiser les problèmes et d’accuser Libération de « manipulation politicienne » . Le froid ? « c’est parce que les gens qui font le ménage aèrent » ou alors « Tous les jours, il y a des travaux dans nos écoles ». Mais depuis la parution de l’article, les services de l’Education nationale ont reçu de nombreux témoignages de directeurs d’école, de tous les quartiers de Marseille, pointant les problèmes rencontrés, parfois graves, et venant s’ajouter à ceux déjà identifiés.
 Avec cette demande des deux ministres au Préfet, l’affaire prend un tour nouveau et relativement inédit. Car en effet, les écoles sont de la responsabilité matérielle des communes. Les choix des conseils municipaux sont de leur entière responsabilité. On sait que la ville de Marseille, comme d’autres en France, n’ont pas fait de ce sujet une priorité. On l’a vu aussi avec la gestion des rythmes scolaires. Avec ce bras de fer entre le représentant de l’État qu’est le préfet et la municipalité, on voit une tension entre la logique des lois de décentralisation et l’égalité républicaine.
En tout cas, depuis cette interpellation, le même journal Libération nous apprend le 6 février que plusieurs enseignants des écoles citées dans la presse ont rapporté que des petits travaux, réclamés depuis des mois, ont été faits cette semaine, alors qu’un conseil municipal se tient lundi...
Relayer les alertes citoyennes, faire un travail d’investigation et d’information, exercer un droit de suite, quand la presse ne se contente pas de fabriquer et reproduire des faux scoops, elle joue un rôle indispensable !

Grave ou circonflexe
Voici une bonne polémique comme la Frrrrâââânce éternelle en a le secret !
L’académie française (repaire de gauchistes comme chacun sait...) a voté il y a 25 ans en 1990 une "orthographe rectifiée". Le bulletin officiel spécial de l’Education nationale n°11 du 26 novembre dernier (celui où sont publiés les nouveaux programmes) rappelle (pages 23, 114 et 236) que “L’enseignement de l’orthographe a pour référence les rectifications orthographiques publiées par le Journal officiel de la République française le 6 décembre 1990.”. TF1 dans un texte sur son site (le 03/02/16) puis un reportage présente comme un scoop le fait que les manuels scolaires vont devoir enfin en tenir compte et porter un macaron portant la mention "Nouvelle orthographe". Il semblerait que des éditeurs de manuels, en mal de publicité et dans des stratégies de concurrence, aient communiqué sur ce fait comme le souligne Marie Estelle Pech dans Le Figarodu Vendredi 5 février : “Comment faire parler de soi à peu de frais lorsqu’on est un éditeur de manuel scolaire en quête de ventes ? Promettre que la « réforme de l’orthographe » sera appliquée dès la prochaine rentrée dans tous les manuels de primaire…”.En fait, c’est en principe déjà le cas depuis 2008 (même si c’était plus discret et que tous les manuels ne le faisaient pas). Notons par ailleurs que le nouveau socle commun et les nouveaux programmes de 2014-2015 ont eux-mêmes été rédigés en respectant ces recommandations orthographiques (et les Cahiers Pédagogiques l’appliquent aussi depuis longtemps !). Donc, si on résume, il n’y a rien de neuf et d’original dans cette information, ce qui est présenté comme une “réforme” (le mot qui fait peur aujourd’hui) est la continuité d’un processus engagé depuis 25 ans ! Mais tout le monde (ou presque) s’est engouffré dans ce pseudo buzz qui combine tous les ingrédients des polémiques actuelles notamment dans l’éducation : immédiateté, non vérification des sources et copiage circulaire, nostalgie, déploration, sentiment d’expertise de tous...
Si cette polémique est le résultat d’une stratégie marketing et d’une logique médiatique, elle a aussi un soubassement politique et idéologique. Très vite, on a vu sur les réseaux sociaux des hommes politiques et des syndicats de droite s’indigner contre cette “réforme” (pourtant initiée par Maurice Druon !) et fustiger la “baisse du niveau”, le “nivèlement par le bas” et la politique égalitariste et laxiste de la Ministre (qui devait être elle même à l’école primaire en 1990) parce que l’on rectifie l’orthographe de 2000 mots et qu’on supprime quelques accents circonflexes. On retrouve des ingrédients déjà présents dans la composition de la polémique autour du latin : défense de la “Culture éternelle” forcément menacée, référence à l’élitisme républicain, déploration, attaque contre des experts jugés irresponsables et méconnaissant le terrain. Michel Lussault, président du Conseil Supérieur des Programmes interviewé par Sandrine Chesnel de L’Express y voit clairement une manipulation politique et déclare “Je suis très choqué de voir que des enseignants, des éducateurs, n’hésitent pas à falsifier la réalité en faisant un rapprochement qui n’a pas lieu d’être avec la réforme du collège. Chacun a le droit de critiquer l’action du ministère, mais cette critique ne peut pas reposer sur des mensonges éhontés. ”. Plus largement, cette polémique sert aussi de révélateur à tout un tas de rancœurs exprimées de manière de plus en violente et excessive. Et on a même l’impression que la Ministre semble désormais catalyser sur sa personne les haines qui étaient jusque là concentrées sur Christiane Taubira...
Le cabinet de la Ministre devant l’emballement a aussi été obligé de produire un communiqué. A moins que la manipulation politique et médiatique l’emporte, on peut espérer que le soufflé retombe aussi vite qu’il est monté. Heureusement, à côté des articles et reportages télévisés surfant sur la nostalgie on a vu très vite apparaitre (sans ^) des articles faisant un vrai travail d’investigation et de mise en contexte et dégonflant le buzz et les fausses rumeurs. Ainsi, c’est le cas, d’un article de la rubrique “Les Décodeurs sur le site du Monde ou encore une intervention sur Europe1 ou on parle de “ tempête dans un verre d’eau”. Plus surprenant, le titre de Marianne : Quand Twitter s’excite pour rien. Signalons aussi le texte de Louise Tourret sur Slate.fr ainsi qu’un billet du blog Charivari à l’écoleJ’enseigne en nouvelle orthographe et... tout va bien. et pour finir on peut aller lire le texte plein d’humour et d’ironie de Johan Hufnagel dans Libération . Je vous le laisse découvrir, un pur régal.

Pour nous résumer, ce qui se passe depuis trois jours est le produit d’une double logique. D’abord une logique de marketing : certains éditeurs de manuels scolaires ont décidé de communiquer là dessus pour relancer un peu de publicité et surtout reconquérir des parts de marché en mettant en difficulté ceux qui ne voulaient pas appliquer ces recommandations. Ensuite une logique médiatique. TF1 a construit de A à Z le "buzz" autour de cette info en prospérant sur le terreau très fertile de la nostalgie et de la déploration ("tout fout le camp, ma bonne dame, même les accents circonflexes !”) et tous les journaux et les réseaux sociaux s’y sont engouffrés.
Débat classique dans l’éducation aux médias : si on peut rétorquer que dès l’instant où c’est en débat dans l’opinion il faut que la presse en parle, on peut aussi considérer que les journalistes ont une responsabilité dans le choix de ce qu’ils mettent à l’agenda ou pas et dans la hiérarchie de l’information…
On aurait pu se dispenser de tomber dans ce double piège et éviter de s’exciter sur le circonflexe pour mettre l’accent sur des difficultés plus aigües et des causes bien plus graves...

Bonne Lecture et bon weekend (sans tiret) !...

Philippe Watrelot

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