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Autonomie des établissements du second degré et de l’enseignement supérieur

Jean-Luc Villeneuve (coord.) - Le Manuscrit, 2010, 154 p.

20 mai 2011

Cet ouvrage est issu d’un colloque de l’Institut de recherche, d’études et d’animation (IRÉA) du SGEN-CFDT de novembre 2009. Quelle belle idée d’avoir réuni les établissements du second degré, issus d’une tradition chrétienne puis impériale, qui ont tardivement et parfois à contre-cœur rejoint l’école de la république, et les universités dont les éclipses liées à l’adoption du modèle allemand d’Humboldt, contraire au centralisme, montrent la marche vers une « introuvable autonomie » (Toulemonde, p. 41) !
De fait, la lecture est facilitée par une organisation rigoureuse qui suit l’ordre des six tables rondes faisant interagir des spécialistes de l’action (Michèle Amiel, Bernard Toulemonde, José Fouque, etc.) et des chercheurs (Jean-Louis Derouet, Yves Dutercq, Agnès Van Zanten, etc.) ainsi que quelques personnes engagées dans des postes de responsabilité qui ont eu ou auront à se prononcer sur ce sujet délicat.
Quel est le problème posé ? C’est celui du mammouth de sinistre mémoire. Si tout le monde s’accorde à vouloir le rendre plus souple, plus réactif et plus efficace, l’histoire montre que le remède de l’autonomie peut tout aussi bien tuer la bête qu’aboutir à un éclatement du système (Derouet, p. 19). Bizarrement, les partisans de l’autonomie poussée à son paroxysme financier, comme Yves Mérindol (p. 32), tentent de faire croire que les nouvelles ressources accroitront les marges de manœuvre des établissements alors que les budgets 2011 montrent que les plus prompts à entrer dans cette autonomie doivent puiser dans les fonds de réserve (jusqu’à 3 millions d’euros !) et/ou geler le recrutement d’enseignants-chercheurs pour régler les salaires des personnels revalorisés par l’État avant d’être confiés à la seule responsabilité des universités. La distribution d’une prime au mérite de 20 % pour les présidentes et présidents qui s’engagent dans cette aventure montre que l’affaire ne va pas de soi.
C’est toute la question du sens de ce mot-valise d’autonomie qui est posée par la plupart des intervenants : ainsi Yves Dutercq montre-t-il facilement que l’autonomie de l’établissement gérée par son chef aboutit au « non-rôle » du conseil d’administration (p. 49). Il est relayé par Michèle Amiel qui « depuis 1984 n’a pas vu beaucoup évoluer l’autonomie des établissements », écartelée qu’elle est entre les myriades de volets que l’administration centrale s’ingénie à introduire dans un édifice fragilisé et l’espoir que représente le conseil pédagogique. En effet, ce qu’elle préconise avant tout c’est le développement d’une « culture du projet dans l’établissement » (p. 55) et pour cela elle met en avant la nécessité d’une formation aujourd’hui aux abonnés absents.
En est-il de même dans les universités dotées de l’autonomie financière et pédagogique depuis la loi Faure de 1968 ? Bizarrement, le débat ne se situe pas sur le plan de la Loi relative aux libertés et responsabilités des universités (LRU) mais sur des comparaisons avec l’étranger ou sur des exemples franco-français qui montrent bien qu’on ne réforme pas l’université par décret et que les « ruses de l’histoire », selon l’expression de Claude Lelièvre, aboutissent à des effets que n’avaient pas prévus les réformateurs.
Yves Durand, député-maire socialiste, met les pieds dans le plat et montre qu’il y a deux projets possibles dans la mise en œuvre de l’autonomie : le sien porté sur la coopération et celui de la droite reposant sur la mise en concurrence avec les conséquences inéluctables de la loi du marché. « Évidemment, on est tous pour l’autonomie » proclame-t-il (p. 86) mais n’y aurait-il pas d’irréductibles Gaulois pour aller contre cette fausse évidence ? Agnès Van Zanten exprime bien son malaise par rapport à une concurrence qui « ne semble pas être le bon instrument pour accroître l’efficacité et encore moins l’équité des systèmes éducatifs » (p. 95) mais elle n’avance guère qu’un vœu pieux pour que l’autonomie soit « pensée par rapport au construit organisationnel que sont les établissements tant du point de vue de leur organisation interne que des rapports qu’ils entretiennent avec leur environnement social, institutionnel et administratif » (p. 96). J’avoue que cette formule conclusive me laisse perplexe.
Une question n’est pas esquivée, celle qui a trait au rapport de l’autonomie et du développement de la vie démocratique dans le secondaire et le supérieur. Cette table ronde animée par Françoise Clerc montre les limites de l’exercice puisque l’autonomie est bien « la meilleure et la pire des choses » (Finance, p. 108) selon que le nerf de la guerre permet de développer les marges d’initiative ou se résume à un désengagement du principal financeur malgré ses rodomontades (l’État qui est encore à 85 % puisqu’il maintient les droits d’inscription les plus faibles des pays de l’OCDE). José Fouque nous ramène à la réalité en nous rappelant l’incapacité de toutes les réformes à changer les pratiques : « Le véritable enjeu se trouve dans l’évolution des pratiques et la redéfinition des rôles si l’on veut fonder une école démocratique » (p. 111). Sa démonstration, après celle de Michèle Amiel, me parait la plus convaincante pour le secondaire dans la mesure où il détermine l’établissement comme le lieu du changement et l’autonomie comme une simple condition facilitant cette métamorphose. « C’est pourquoi je pense que la formation doit devenir une authentique fonction de l’établissement avec la nomination de responsables. Il faut passer d’une formation instituante à une formation clinique. Il s’agit alors de s’incliner, de se pencher sur le travail, de procéder à un examen direct, sans référence à la théorie, de procéder à des ajustements et de faire les apports nécessaires » (p. 119-120).
La dernière table ronde est l’occasion de propositions déjà présentée en d’autres temps et d’autres lieux comme le découplage entre la présidence du conseil d’administration et la direction d’établissement, la prise au sérieux d’instances comme le conseil pédagogique ou le conseil de la vie lycéenne, la négociation et la contractualisation de la Dotation Horaire Globale et la (re)naissance du dialogue social dans l’établissement (Bigaud), ce qui ne fait pas oublier la question des moyens ainsi que la catastrophe à venir liée à la suppression de la carte scolaire. Alain Boissinot joue bien son rôle de responsable politique élevé dans le sérail et interprète une partition volontairement optimiste en soulignant l’émergence de nouveaux dirigeants plus dans le « pilotage » (terme répété p. 139) et moins dans la tradition. Il enfourche le destrier du désengagement de l’État quand il invite les établissements et les collectivités à « un tour de table qui permette de régler les conditions de leur fonctionnement » (p. 144). En ce qui concerne le supérieur, Jean-François Méla voudrait quant à lui mettre l’État en face de ses responsabilités, de son double langage, et le contraindre à tenir ses engagements, mais n’est-ce pas une « perspective exagérément optimiste » (p. 148) comme il l’avance lui-même ?
Voilà un livre dont l’utilité ne se discute pas dans la mesure où la plupart des auteurs, à l’exception de quelques thuriféraires du pouvoir actuel, reconnaissent étrangement les tensions, voire les contradictions, de l’autonomie, mais ne voient que cette piste pour une démocratisation de notre système. Je retiendrai pour ma part les contributions minoritaires mais lourdes d’expérience de Michèle Amiel et de José Fouque qui ont longuement pratiqué les discours sur l’autonomie et la persistance d’une commande institutionnelle aussi bien verrouillée que prompte à s’emparer de l’autonomie pour supprimer sa participation à l’effort qu’elle essaie de promouvoir. Ils emploient les mêmes mots de projet et de formation pour donner plus de contenu à une démarche réellement démocratisante.

Richard Étienne

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