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Au secours !


Nous avons le sentiment de vivre une drôle d’époque pleine de dangers tous plus menaçants les uns que les autres. Combien de « sauvons » ou de « il faut sauver » pour introduire slogans, prises de position, pétitions, livres et organisations diverses ? Cela fleurit dans le secteur de l’éducation : les lettres, l’histoire, les maths, la géométrie, les arts plastiques, le latin et le grec, la lecture, ou bien encore les garçons...
Les disciplines scolaires apparaissent ainsi comme les cibles de terribles périls qui pourraient compromettre leur existence même, qu’ils proviennent des réformes en cours, du « pédagogisme » ou des évolutions sociales. Et cela dès l’école primaire où les fondamentaux, forcément disciplinaires, auraient disparu. Mais peut-on discuter sérieusement de la place des disciplines, d’une approche des savoirs la plus utile aux élèves, sans en rester à des considérations horaires et aux nombres de postes qui vont avec, sans non plus en rester la nostalgie d’un âge mythique où les élèves étaient sages, les professeurs vénérés et les savoirs bien établis et correctement transmis ?
Plus généralement, on ne cesse, surement à des fins électoralistes, de mettre en avant l’insécurité, et particulièrement en ce moment la violence à l’école. Et pourtant de ces peurs et crispations qui témoignent d’une société en crise, ne devrions-nous pas d’abord nous inquiéter pour nos élèves et les citoyens qu’ils deviendront ?
La légitimité d’une discipline réside dans le regard qu’elle permet de porter sur le monde, qu’il soit de l’ordre des sciences humaines, de la culture technique, littéraire ou scientifique. Un regard qui se croise avec d’autres, qui s’appuie sur des connaissances et qui permet de construire des capacités à réfléchir, à interroger et à construire de la pensée et des savoir-faire. La bonne démarche ne consiste pas à établir à priori des catalogues de savoirs ou de pré-requis, mais de partir de questions complexes pour concevoir des enseignements où chaque discipline contribue à un édifice commun, où chaque élève puisse bénéficier d’une progression individualisée. C’est pour cela que, sans naïveté quant à la difficulté de le mettre en œuvre, nous défendons et promouvons un « socle commun » trop souvent absent des débats actuels sur l’école.
Dans notre dernier dossier (n° 479 – Les apprentissages fondamentaux à l’école primaire), Philippe Perrenoud nous invite à « accepter que, dans une certaine mesure, la connaissance se construit dans le désordre ou du moins à la faveur de cheminements plus complexes qu’on ne le croyait et qui varient d’un élève à l’autre. » Ce dossier montre bien ce qui est fondamental : pas le lire, écrire et compter en soi, mais apprendre à lire, à écrire et à compter pour de vrai. C’est-à-dire en allant aussi chercher ailleurs, dans la construction d’une culture, à travers les sciences ou les arts, avec les apports de toutes les disciplines dans ce qu’elles peuvent donner du sens aux apprentissages et au monde.
Dépassons donc tous ces « sauvons », en nous préoccupant avant tout de faire en sorte que chaque élève apprenne et progresse dans la maitrise des nombreuses compétences indispensables dans le monde actuel, en contribuant à les aider à aborder et préparer sereinement l’avenir.

François Malliet