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N° 492 - Dossier "Les arts, quelle histoire !"

Au mariage de Figaro

Par Céline Walkowiak et Francis Blanquart


La mise en scène par nos élèves d’extraits du Mariage de Figaro de Beaumarchais, en les confrontant avec l’opéra de Mozart, a été montée en associant quatre disciplines : éducation musicale, EPS, français et technologie. Les apprentissages imposés par les programmes disciplinaires ont été respectés : le théâtre et le XVIIIe siècle en français, l’opéra en éducation musicale, les arts du cirque et de la jonglerie en EPS et la domotique appliquée à la structure d’une salle de spectacle pour la technologie. Quant à nos apprentis artistes, ils devaient présenter un extrait de la pièce de Beaumarchais, chanter en groupe l’air de « Chérubin », mettre au point une chorégraphie de jonglerie et d’arts du cirque pour le mariage de Figaro et de Suzanne, réaliser une maquette de décors motorisés, accompagnée d’un dossier technique.

Planning serré

Les élèves ont travaillé par groupes de cinq durant un mois dans les quatre disciplines. Des cours interdisciplinaires en français et technologie et des ateliers de répétition ont été mis en place. Les décors et les costumes ont été laissés à la charge des élèves en dehors des cours. Ils avaient un planning de travail pour s’organiser entre eux. Cela a permis d’évaluer l’investissement et la prise d’initiative de chacun, en dehors des cours. Lors de l’évaluation en situation, chaque groupe a présenté ses différentes performances artistiques, un carnet de mise en scène, une maquette pour les décors et un dossier de décors motorisés, devant un jury constitué des enseignants investis dans le projet.
Le bilan est d’abord mitigé. Les prestations des élèves sont parfois décevantes en terme de performance artistique. Comme dans toute évaluation, nous avons des élèves qui ont bien dominé la problématique, certains qui se sont perdus en chemin et d’autres qui ne se sont jamais vraiment mis au travail. Nous avons essayé de mieux comprendre ce qui s’était passé.

Travail en groupe, pas de panacée

Nous leur avons proposé un véritable travail d’équipe, sur une durée assez longue et pour quatre disciplines : difficile pour des élèves de cet âge ! Certains groupes ont réussi à mutualiser leurs compétences et à se répartir le travail demandé dans les différentes disciplines. D’autres groupes n’ont pas fonctionné, à cause de tensions internes, d’absences répétées de certains élèves et de difficultés récurrentes de mise au travail. Même si la différenciation de la pédagogie et le changement de supports sont attirants pour la plupart des élèves, ceux qui ont perdu l’habitude de se mettre rapidement et efficacement au travail ne la retrouvent pas miraculeusement. Sans doute a-t-il été préjudiciable pour certains élèves de ne travailler que par groupe, sans un temps de réflexion individuelle indispensable à la stabilisation des savoirs et de la concentration.
Nous prévoyons pour l’année prochaine une évaluation transdisciplinaire [1] qui permettrait d’évaluer, après l’évaluation en situation, à tête reposée, les acquis individuels des élèves et leur capacité à transférer ce qu’ils auront appris durant le projet.

Quand évaluer ?

Nous nous sommes souvenus qu’il ne s’agissait pas d’une représentation artistique, mais bien d’une évaluation des apprentissages effectués durant un mois dans quatre disciplines. Certaines compétences ont été évaluées en amont de l’évaluation finale (investissement, créativité, travail d’équipe) ; d’autres le jour même (par exemple, « Dire de mémoire des textes patrimoniaux », validée pour les élèves connaissant leur rôle sans le support du texte, ou bien des compétences de technologie, évaluées en transfert sur l’analyse d’un dossier technique pour des décors motorisés) ; d’autres enfin le lendemain, à l’écrit, en classe, pour vérifier certaines connaissances d’histoire des arts et la compréhension de l’œuvre littéraire. Nous avons de plus demandé aux élèves de s’auto-évaluer par rapport aux compétences qu’ils pensaient avoir acquises lors de ce mois de projet.

Et les connaissances historiques ?

Les élèves ont souvent bien du mal à se situer dans une perspective historique. En l’occurrence, nous avons constaté avec satisfaction qu’ils savaient tous que Le Mariage de Figaro est une pièce écrite au XVIIIe siècle, juste avant la Révolution française, et qu’ils associaient à ce siècle le compositeur, Mozart. Lors de la visite au château de Compiègne quelques jours avant l’évaluation, ils ont observé avec intérêt les intérieurs du château en pensant à leur maquette de décors, et ont posé au guide des questions qui démontraient une réelle base de connaissances sur le sujet. Nous les avons donc aidés à se construire de façon durable un repère culturel, qu’ils pourront à l’avenir consolider par leur expérience personnelle.

À la hauteur de l’ambition

Le projet était ambitieux et les élèves en avaient conscience. Ils ont aimé les cours interdisciplinaires en lettres et en technologie. Ils sont contents d’avoir surmonté leur peur le jour de l’évaluation. Ceux qui ont réussi à apprendre leur texte étaient fiers de l’avoir fait.
Les bons élèves ont perçu rapidement la marge d’autonomie que leur libérait la situation de projet : ils s’en sont emparés rapidement et ont fourni un excellent travail, avec des résultats très encourageants au niveau de l’investissement et de l’ancrage des savoirs. Les élèves timides ont vécu le mois comme un calvaire, s’inquiétant sans cesse du jour de la représentation. Mais ils sont parvenus à surmonter leur peur et ont joué leur rôle avec courage le jour de l’évaluation. Certains élèves en difficulté ont fortement adhéré au projet et s’y sont investis avec beaucoup de plaisir. Les élèves les plus en difficulté, même s’ils ne sont pas parvenus à la totalité de ce qu’il leur était demandé, ont joué le rôle de figurants lors de l’activité cirque ou travaillé la domotique en technologie. Personne n’a été exclu ou ne s’est exclu du projet.

Les élèves ont, durant tout un mois, côtoyé au quotidien le texte de Beaumarchais, la musique de Mozart, le contexte historique, la mise en scène d’un texte théâtral et les contraintes techniques que cette mise en scène imposait. Alors oui, nous pensons avoir touché un certain nombre d’entre eux que nous n’aurions pas touché sur un sujet aussi exigeant d’histoire des arts et de performance artistique.

Céline Walkowiak, Francis Blanquart
Enseignants de lettres et de technologie au collège de Loos-en-Gohelle (Pas-de-Calais)


[1Voir notre article dans la rubrique « Faits et idées » du n° 478 des Cahiers pédagogiques.


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