Accueil > Ressources > Nous avons lu > Au coeur des dispositifs d’accrochage scolaire. Continuité et alliances (...)


Au coeur des dispositifs d’accrochage scolaire. Continuité et alliances éducatives

Catherine Blaya, Chantal Tièche, Christinat Valérie Angelucci, EME Editions, 2019

15 mai 2019

Cet ouvrage regroupe une série de contributions qui tentent de clarifier les notions d’alliances et de continuités éducatives à partir de nombreux dispositifs et programmes « d’accrochage » scolaire. Il s’agit également de pistes pour réduire l’isolement professionnel des enseignants face aux difficultés des élèves et permettre une meilleure compréhension du phénomène de décrochage ainsi qu’une prise en charge des élèves dans leur totalité et dans leur environnement. Les alliances éducatives relèvent d’une géométrie variable d’interdépendances avec de nombreux professionnels qui se regroupent autour de projets et actions commune autour de situations à risque de décrochage. Les chercheurs questionnent l’évidence que toute alliance éducative provoquerait immédiatement de la continuité éducative, parce que les élèves peuvent fréquenter de nombreux dispositifs et par là même vivre des transitions ainsi que des ruptures et ne pas bénéficier réellement d’une réelle continuité éducative. Nous donnerons un aperçu non exhaustif des contributions de divers chercheurs du Laboratoire LASALE de la Haute Ecole Pédagogique du Canton de Vaud en Suisse.

Catherine Blaya explique quels sont les leviers de développement professionnel chez les accompagnateurs du projet ADHERE – qui a permis aux enseignants de dépasser une culture individualiste et de collaborer avec d’autres professionnels.

Anne Lessard et Chantal Poulin se situent au niveau de l’accrochage des élèves en difficulté dans les pratiques enseignantes, à travers là encore un exemple québecois avec une question décisive : comment favoriser les interactions et le développement du dialogue pédagogique en classe. Elles s’appuient sur un outil d’observation des pratiques en classe – CLASS (Classroom Assessment Scoring System / soutien émotionnel, organisation de la classe, soutien à l’apprentissage) à partir de pratiques filmées et discutées avec les enseignants et sur un cadre théorique TTI (teaching through interactions). Cet accompagnement vise à changer les croyances, les représentations des enseignants et une pratique réflexive envers l’apprenant en difficulté afin de développer des interactions, des soutiens émotionnels et pédagogiques, nécessaires à favoriser l’engagement scolaire chez les adolescents.
 
Jacques Méard s’attelle à montrer une meilleure compréhension des alliances éducatives à travers l’analyse de la réforme des rythmes scolaires en France, en partant de l’exemple de deux écoles maternelles d’une petite ville du sud de la France. La recherche montre des réponses mitigées concernant la continuité éducative étant donné des difficultés organisationnelles, les inégalités territoriales en fonction des offres d’activités périscolaires, des tensions qui apparaissent dans la manière d’interpréter son travail et son propre rôle dans l’empilement de ces dispositifs, superpositions des rôles des uns et des autres.
 
Michèle Guigue analyse le partage éducatif dans deux dispositifs luttant contre le décrochage et l’échec scolaire, à savoir PREMIS (Programme pour la Réussite à l’Ecole et une Meilleure Insertion Sociale) et Démission impossible. Pour PREMIS, la chercheuse a investigué dans deux collèges à partir d’observations ethnographiques hebdomadaires dans les réunions de concertations entre différents acteurs et des entretiens. Quant au dispositif Démission impossible, il s’agit de données extraites de nombreux entretiens avec les jeunes, les parents et les travailleurs sociaux, les médecins scolaires et les professionnels de l’école. Dans les deux dispositifs, la chercheuse expose de risques de brouillages, car on met en évidence une réelle opacité créée par la complexification du partage du travail éducatif. Il devient flou ce qui appartient et revient en propre à l’école et ce qui est à faire à l’extérieur de l’école pour la prise en compte des jeunes en difficultés. De même, il y a des décalages statutaires, des soupçons et des critiques ainsi nommés par la chercheuse entre les professionnels de l’école et des institutions et les parents. On observe aussi que les élèves interviewés dans ces dispositifs montrent une satisfaction à ce que leur itinéraire scolaire soit personnalisé. Les professionnels, représentant une minorité, interviennent dans ces dispositifs par des tâches nouvelles dans une institution encore bien « réglée » voire « corsetée ». L’existence même de ces dispositifs est encore peu connue par la plupart des professionnels.

Danielle Desmarais, Johanne Cauvier, Maryvonne Merri et Annie Dubeau étudient les parcours de raccrochage sous l’angle du genre. Les auteures s’appuient sur des données issues de récits biographiques de jeunes filles en décrochage scolaire.

Marco Allenbach analyse la fabrication de la continuité éducative au sein du travail dans les espaces inter-métiers à partir de recherches menées dans le canton de Vaud (Suisse), et des séances d’analyse de pratique regroupant une grande variété de pofessionnels… Par la présentation d’un cas d’analyse de pratique, l’auteur montre comment ces lieux d’interactions sont des espaces de construction d’alliances, de négociation et de continuités entre les différents professionnels.

Chantal Tièche Christinat rappelle les explications multifactorielles du décrochage scolaire. La chercheuse explicite les enjeux de la construction et de la continuité du dispositif des MATAS (Module d’activité temporaire alternatif à la scolarité, dans le canton de Vaud-Suisse) dans une perspective écologique prenant en compte différents systèmes d’interaction dans le développement humain. A partir de données d’entretiens et de focus group, la chercheuse met aussi en évidence la fragilité de la continuité éducative car elle dépend de multiples acteurs, interactions et alliances éducatives, tout cela croisant un ordre politique, structurel et expérientiel.
 
Andreea Capitanescu Benetti