Accueil > Publications > Articles en ligne > Au cœur d’un projet photo


N° 567, Enseigner l’attention

Au cœur d’un projet photo

Monique Rieutord

19 février 2021
Développer l’attention peut se faire à l’occasion d’un projet sur le long terme qui offre « du temps pour la pensée » (Philippe Meirieu, en janvier 2014 dans la revue Esprit https://esprit.presse.fr/article/meirieu-philippe/a-l-ecole-offrir-du-temps-pour-la-pensee-37678), dès lors que cette attention est une composante indispensable à la réussite de ce projet.

Une opportunité de concours photographique sur l’habitat [1] proposé à l’une de mes deux classes de 2de, l’année dernière, est à l’origine de cette modeste expérience sur l’attention, transférable auprès de chacun de nous avec peu de moyens.

Ainsi, dès le départ, début octobre, de façon étonnante, le groupe classe s’emballe pour participer au concours alors même que ce projet, comme tout projet, comporte des contraintes. La réponse aux questions individuelles et les désirs de faire, d’apprendre plus en photographie, de concourir, nourrissent les perspectives de préparation.

Ma trentaine d’élèves décide du calendrier de travail. Tout le monde est d’accord pour alterner des étapes individuelles (prises de vue hors du lycée) avec des étapes collectives (retours sur les photos en classe). Chacun sait qu’il a droit à l’erreur et que le débat fera partie des moments de préparation. Chacun a compris qu’il s’engage à faire réussir la classe même si les photos sélectionnées sont celles d’un autre élève. Mais on a peu de temps, peu de moyens.

Faire, en restant concentré sur la tâche

Être attentif aux consignes de préparation, de production est une exigence acceptée par les élèves désireux de faire autrement de la géographie et de l’EMC (enseignement moral et civique) [2]. Ce rapport autre au travail soutient, me semble-t-il, le choix unanime de devoir être ouvert à l’espace vécu, aux autres aussi, et à penser. Un des premiers effets se traduit par l’engagement de cet ensemble d’élèves fort hétérogène

Soirée d’été à Alès

La motivation collective et individuelle fait qu’à chacune des étapes de travail en classe l’attention est mobilisée. Les éparpillements sont contenus. Le responsable de chaque microatelier veille à la régulation de son groupe, à l’indispensable focalisation sur la consigne à faire. De mon côté, je veille à adapter les postures d’étayage en fonction des besoins exprimés par les groupes de travail. Un effort est réalisé pour dépasser tant bien que mal son égo et établir une relation interpersonnelle dans les microateliers de travail tout comme dans le collectif classe au moment des débats.

La démarche est-elle lourde ? D’abord, il s’agit de former les élèves, en microateliers de travail, à la lecture d’images et à la pratique photographique pendant le cours d’EMC en classe entière. Aucun partenaire n’est associé à l’action. Les prises de vue autonomes se font sur le temps libre des élèves avec leur téléphone portable. Les ateliers de travail se reconstituent librement pour le choix des photographies à présenter et la réflexion argumentée sur leur sens. Au nom de la classe, quatre clichés légendés sont à présenter au concours.

Objectif

Aussi les groupes se centrent-ils sur les choix de clichés et leurs textes. Le débat sur le choix de ces clichés dotés de sens anime la classe. Avec une régularité étonnante, la classe garde les yeux sur l’objectif final : fournir les quatre meilleures photos accompagnées du texte le plus pertinent possible. La volonté de gagner au concours gagne du terrain.

Les activités de groupe sur le message photographique plongent dans le travail des capacités. Essentiellement, sont mobilisées celles du travail coopératif et collaboratif, l’implication dans un travail d’équipe et un projet de classe, l’argumentation en oral et en écrit, la considération des autres.

Le port et la station balnéaire du Grau du Roi

L’effet d’attention dans ce concours se traduit par une bonne ambiance de classe, porteuse dans les cours jusqu’au confinement. Les focalisations menées en classe contribuent globalement à améliorer l’attention dans les cours, à pratiquer couramment du travail d’équipe, à devenir plus attentif aux consignes. Réfléchir sur les façons d’habiter, de dire et de montrer la diversité tout simplement humaine du territoire habité facilite la prise en compte humaine, sociétale, dans mes cours de géographie.

Et au-delà, la réussite au concours maintient une bonne relation avec les élèves, même s’ils ne sont plus dans mes classes. Une photographie reçoit le prix lycée, les trois autres figurent aussi dans le livret du CAUE (conseil d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement) édité pour ce concours et l’exposition itinérante.

Deux mots clés rassemblent ce qu’a apporté l’attention dans l’action : concentration et partage.

Monique Rieutord
Enseignante en histoire-géographie-EMC au lycée Hemingway (Nimes) et formatrice académique


[1Concours photographique 2020 « Habitats d’ici » organisé par le CAUE du Gard (Conseil architecture urbanisme environnement du département du Gard) pendant l’année scolaire 2019-2020.

[2Articulation de l’EMC (les libertés, la liberté au fondement de notre démocratie libérale) et de la géographie (les défis du monde en transition).

Sur la librairie

Voir le sommaire et les articles en ligne

 

Enseigner l’attention
Aujourd’hui se multiplient les pratiques visant à développer l’attention des élèves, de la méditation de pleine conscience à des dispositifs s’appuyant ou non sur des recherches cognitives. Nous reviendrons dans ce dossier sur la notion même d’attention et tout ce qu’elle implique comme activités et postures en classe.


 Les Cahiers pédagogiques sont une revue associative. Pour nous permettre de continuer à la publier, achetez-la, abonnez-vous et adhérez au CRAP.


  • Dans la même rubrique

  • N° 567, Enseigner l’attention

    Bibliographie & sitographie
  • N° 567, Enseigner l’attention

    Avec le Rased
  • N° 567, Enseigner l’attention

    Au cœur d’un projet photo
  • N° 567, Enseigner l’attention

    Pleine conscience
  • N° 566, « Co-intervention : à deux dans la classe »

    Parution du hors-série « Le débat en classe : modes d’emploi »
  • N° 566, « Co-intervention : à deux dans la classe »

    566 - Bibliographie
  • N° 566, « Co-intervention : à deux dans la classe »

    Accompagner le changement de paradigme
  • N° 566, « Co-intervention : à deux dans la classe »

    Co-intervenir à l’école : une nouvelle professionnalité éducative
  • N° 566, « Co-intervention : à deux dans la classe »

    Une pratique gagnante !
  • N° 566, « Co-intervention : à deux dans la classe »

    Comme au boulot !