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Colloque "Quelle autorité à l’école" (25 et 26 octobre 2004)

Atelier "Autorité et identité professionnelle"

Par Elisabeth Bussienne et Michel Tozzi


La relation entre autorité et identité renvoie à la part de personnel dans le professionnel. Si on part du principe que l’identité professionnelle se construit et que l’autorité n’est pas innée, cela pose la question des compétences à acquérir et de la formation. Dans une professionnalité (une culture professionnelle commune) qui se cherche, quels sont les gestes professionnels à mettre en place progressivement, pour articuler le rapport au savoir et le rapport à la loi de façon à répondre à la crise du sens à l’école ? Quelle autorité pour articuler un rapport non dogmatique à la loi et un rapport plus coopératif au savoir ?

L’atelier a travaillé en deux temps :
- en groupes, chacun devait chercher dans son itinéraire, dans l’histoire de sa conquête de l’autorité, s’il y avait des moments, des événements, des évolutions qu’il peut repérer a posteriori comme ayant fait bouger l’image qu’il a de lui en tant que professionnel,
- après mise en commun et échange, deux textes ont été travaillés : un montage de larges passages du chapitre 3 de l’ouvrage de Rayou et Van Zanten, Enquête sur les nouveaux enseignants, et les textes de Guy Lavrilleux parus dans le Cahier pédagogique n° 426.
On n’indiquera ici que les éléments de conclusion (qui sont parfois de nouvelles questions) auxquels est parvenu le groupe.

Par rapport à l’autorité, l’identité professionnelle se construit à travers une série de tensions dans lesquels se retrouvent et interagissent un pôle plus "personnel" et un pôle plus "professionnel".

- 1 - Tension entre l’image qu’on a de soi et le regard des autres
- 2 - Tension entre le mandat qu’on a (celui que nous donne l’institution, au poste où nous sommes) et l’autorité qui nous est donnée, accordée, par les personnes sur qui nous avons (institutionnellement) de l’autorité
- 3 - Tension entre la toute puissance et la vulnérabilité : certes, les élèves doivent "apprendre ce que je sais" et "respecter mon autorité et celle du savoir que je veux leur enseigner", mais nous devons aussi faire le deuil de l’omniscience et de l’omnipotence. On pourrait avancer l’hypothèse que la vulnérabilité reconnue et assumer peut être une force et fonder l’autorité.
- 4 - Tension entre l’idéal et la réalité : ce que nous voulons faire n’est pas toujours ce que nous faisons ; ce que nous croyons faire n’est pas toujours ce qu’en réalité nous faisons. C’est aussi une tension entre les valeurs qui interviennent dans l’exercice de l’autorité, un choix dans la façon de les hiérarchiser : équité ou égalité ? Comment appliquons-nous la loi : de manière indifférenciée ou ajustée aux différents cas qui se présentent ?
- 5 - Le rapport à l’autorité se construit et évolue ; cela contribue à faire évoluer l’identité professionnelle du sujet. Cette évolution peut se faire dans la rupture ou dans la continuité ; il est utile aussi de se demander dans quelle temporalité elle s’inscrit.

Les textes étudiés dans l’atelier montrent que l’isolement (devant une classe par exemple) est préjudiciable. L’équipe (pédagogique et éducative) est souvent citée comme solution possible pour qu’il y ait de l’autorité dans l’établissement. Mais il y a des dérives inscrites : se défausser sur quelqu’un qui devient "le spécialiste", avoir une liste collective de sanctions pour les divers manquements (il n’est pas sûr que cela résolve les problèmes). Le "collectif" ne doit pas devenir une incantation magique ; il faut se demander à quelles conditions l’équipe sera un outil efficace, comment chacun y tient son rôle, comment construire une façon à la fois collective et individuelle d’habiter la fonction d’adulte à l’école pour y exercer une autorité assez "aidante" pour qu’elle aide à grandir..
La formation a son rôle à jouer ; mais nous sommes dans un domaine délicat : si chacun a "ses trucs", peut dire comment il s’y prend, ce sont des savoirs d’action : la question se pose de ce qui en eux est transférable, modélisable. Si un modèle de formation fondé sur le compagnonnage se met en place comme cela semble se profiler, il n’est pas sûr que ce soit efficace. On peut construire son identité professionnelle, et trouver sa place de détenteur de l’autorité qui en est un élément) en bricolant ; la formation peut accompagner cela en permettant d’aller plus loin.

Elisabeth Bussienne et Michel Tozzi