Accueil > L’actualité vue par le CRAP > L’actualité éducative > Assistants pédagogiques : un « examen de pratique » pour entrer dans le (...)


L’actualité éducative du N°456 d’octobre 2007

Assistants pédagogiques : un « examen de pratique » pour entrer dans le métier

Par Gaëlle Brodhag

Les assistants pédagogiques ont fait leur entrée en septembre 2006 dans certains collèges. Bilan d’une première année dans un établissement d’Amiens et zoom sur quelques témoignages collectés en fin d’année.

Le recrutement des assistants pédagogiques par l’équipe de direction du collège, en lien avec les équipes pédagogiques et disciplinaires, s’est organisé, lors d’entretiens individuels, autour d’une double exigence. Il s’agissait, d’une part, de réunir des assistants pédagogiques venant de formations universitaires différentes, qui représenteraient aussi bien les disciplines scientifiques, littéraires que sportives afin de permettre une adéquation entre des projets d’aide particuliers et des compétences spécifiques.
D’autre part, il importait que les assistants aient le désir de se retrouver en proximité avec des élèves, majoritairement en difficulté, et de chercher les moyens de les aider de manière efficace et positive. Autrement dit, il était important qu’ils aient le souci de découvrir
des élèves avec un autre regard que leur propre regard d’« ancien élève » et de s’interroger sur leur fonction et les activités qu’ils auraient à mener.
La plupart ont comme projet de devenir enseignants et étaient, ou sont, inscrits à des concours de recrutement de l’Éducation nationale (pour être professeurs des écoles ou
du secondaire).

Être formé et accompagné

Prendre en charge des petits groupes d’élèves, voire des élèves individuellement, suppose d’avoir en tête ce qui peut se passer dans un groupe classe, comment les enseignants mènent les activités dans leur classe, comment
se déroule une journée de collège pour un élève qui enchaîne différentes disciplines. Aussi, a-t-il paru fondamental de donner aux assistants pédagogiques un temps d’observation dans les classes, à la rentrée : pendant deux semaines, ils ont eu l’occasion de voir fonctionner élèves et professeurs dans le cadre de la classe entière. Première approche du « terrain » et des pratiques pédagogiques, cette période a fait émerger chez les assistants de nombreuses questions et a permis de les mettre face à la réalité des élèves du collège, auxquels ils seraient confrontés, et face à la réalité de l’acte pédagogique.
En parallèle, les enseignants « missionnés » ont pu les aider à mettre en commun leurs questions et à bâtir une réflexion à partir de leurs observations et de leurs ressentis pour mieux définir le cadre de leur mission. Tout au long du premier trimestre, des réunions hebdomadaires
ont été consacrées à l’organisation des séances de prise en charge des élèves et à une réflexion commune sur la manière de conduire ces heures d’aide individuelle ou d’études
dirigées. À cela s’est ajoutée une formation particulière des assistants pédagogiques sur l’aide aux élèves et la difficulté scolaire.
Il semble que l’ensemble de ces dispositifs d’accompagnement aient été jugés utiles et éclairants par l’ensemble des assistants pédagogiques. Néanmoins, rien ne remplace la pratique comme le rappelle Alexandra : « J’ai
découvert la fonction d’assistant pédagogique dès lors que j’ai eu en charge mes premiers groupes d’élèves », ou encore Adeline : « Je n’ai compris véritablement ma fonction que lorsque j’ai pris en charge des études dirigées. »

Construire une relation pédagogique

Être confronté aux difficultés des élèves, se frotter à des personnalités avec lesquelles il faut, comme le souligne Adeline « créer un climat de confiance », c’est commencer à entrevoir les multiples facettes du métier d’enseignant
qui consiste à tisser un lien pédagogique particulier, différent selon que l’on encadre un petit groupe en étude dirigée ou un élève en particulier, dans le cadre d’un suivi individuel, comme l’ont fait Adeline ou Alexandra avec des élèves dyslexiques (encadrement au sein de la classe pour apprendre à s’organiser, et en dehors pour apprendre à cerner les consignes des devoirs à faire à la maison).
Cette proximité pédagogique avec les élèves a amené les assistants pédagogiques à envisager la difficulté scolaire et le rapport qu’entretiennent les élèves avec l’école, avec un autre regard, loin des idées reçues, comme l’explique Thibault : « Ces élèves sont très attachants et pour la plus grande partie, manifestent une grande envie d’apprendre ». Nadia de son côté a compris que « la difficulté scolaire revêtait beaucoup d’aspects (estime de soi, motivation...) ».
Ainsi, l’aide au travail personnel s’est avérée, à travers l’expérience de ces assistants pédagogiques, être une aventure complexe et difficile autant que passionnante, le but étant, selon leurs mots, que les élèves « comprennent ce qu’ils apprennent ». Ainsi, Thibault conclut son année en affirmant vouloir poursuivre sa mission l’an prochain pour « pouvoir voir les progrès des élèves qu’[il a] encadrés cette année ».

Découvrir l’école, avec un autre regard...

Cette expérience professionnelle a été, pour tous les assistants, une occasion particulièrement riche d’avoir une vue d’ensemble sur divers aspects du métier.
Dans un premier temps, les assistants ont pu découvrir, de
l’intérieur, des établissements scolaires - collège ou écoles -, et en ont une meilleure connaissance, ainsi Nadia, qui s’est rendu compte qu’un établissement scolaire était « très hiérarchisé ». La nécessité du « travail en équipe » au sein d’un établissement est constamment reprise dans tous les bilans.
Très vite, chacun a pu aiguiser son esprit critique. Fatiha
insiste sur l’importance de savoir « se remettre en question », de « dialoguer, écouter et accepter les critiques » et Sarah relève le fait de pouvoir « rester objectif ». Avoir pu observer des heures de cours dans différentes disciplines a amené chacun à se poser des questions importantes sur les conditions qui peuvent amener les élèves à apprendre, aussi bien que les obstacles. Ce regard critique les a amenés à réfléchir sur leur propre pratique. À la lecture des différents témoignages collectés, la lucidité des assistants pédagogiques, à ce sujet, est tout à fait frappante : faisant le tour des diverses actions qu’ils ont menées, très méthodiquement, ils notent ce qui a marché et ce qui n’a pas marché, en essayant d’en analyser les raisons. Pas d’angélisme, ni de désespoir : un véritable examen de pratique, avec la volonté de trouver des solutions.
Tous découvrent, au fil des semaines, qu’il est vital de mettre en commun ses difficultés, de « parler de ce qui ne va pas » (Julie), de « faire appel à quelqu’un sans avoir peur d’un jugement négatif sur son travail, notamment lors de conflits avec certains élèves » (Laetitia). C’est ainsi qu’Alexandra peut dire maintenant qu’elle se sent « capable de gérer une classe, car [elle] a pris confiance en [elle] ». Elle est « beaucoup plus à l’aise, même quand elle « ne connaît pas les élèves », n’a plus peur « faire preuve d’autorité : [elle] se sent métamorphosée ».
Enfin, tous relèvent l’importance de la réflexion sur la maîtrise des contenus et des compétences liées aux disciplines, qu’il leur a fallu mener, en collaboration avec les enseignants, pour pouvoir apporter aux élèves l’aide adéquate. Alexandra, qui se destine à l’enseignement de l’anglais, l’évoque de manière assez éloquente : il lui a fallu renforcer ses acquis en anglais pour une utilisation différente de la langue. « Pour les élèves, la personne qui est en face d’eux « sait tout » en anglais, surtout en vocabulaire : j’étais censée être un dictionnaire ambulant... De plus, lorsqu’on étudie la langue anglaise et qu’on en fait usage en milieu universitaire, on ne se pose pas de questions particulières au sujet de la grammaire, de la syntaxe car c’est quelque chose que l’on a acquis inconsciemment au fil du temps. Or, enseigner une langue c’est mettre des mots sur le fonctionnement de cette langue et expliquer certains processus de manière simplifiée. Une explication peut nous sembler évidente mais finalement ne pas l’être pour les élèves. »

À l’heure du bilan

Laetitia pensait préparer un Capes d’histoire-géographie :
« Il y a eu des moments difficiles, de solitude mais aussi de bonnes choses, en particulier avec les élèves de primaire... ils m’ont marquée, la preuve : je vais tenter le Cape l’année prochaine. »
Thibault prépare le Capeps (professeur d’EPS) : « J’ai passé une année agréable et très enrichissante. Cette première expérience dans le monde de l’enseignement me conforte dans mon choix professionnel. Être au service des élèves, tout mettre en oeuvre pour qu’ils réussissent, sont vraiment des missions qui me tiennent à coeur ; et faire partie de l’équipe pédagogique qui va permettre à ces élèves de devenir de futurs citoyens adultes est très grisant. »
Nadia : « Après une année d’expérience et de rencontres avec les différents acteurs des établissements et les élèves, je me sens impliquée et enthousiaste pour poursuivre ma mission ».
Alexandra s’est présenté cette année au Capes d’anglais : « Si j’échoue, je souhaite poursuivre mes missions en tant qu’assistante pédagogique, c’est en effet un travail passionnant et très enrichissant. De plus, c’est un vrai tremplin vers le métier que j’ai choisi. Cela me permet d’acquérir une expérience qui portera ses fruits lorsque je serai professeur. Je pense que ce type d’emploi est une chance pour les futurs professeurs. »
Julie préparera le Cape (professeur des écoles) l’an prochain : « Cette année m’a beaucoup apporté, m’a épanouie même. [...] Aujourd’hui je sais que je veux enseigner. »
Ces témoignages, enthousiastes et rafraîchissants, invitent
à considérer cette fonction d’assistant pédagogique comme
une entrée particulièrement intéressante dans le métier d’enseignant : toutes ces personnalités, aux horizons différents, ont pu se confronter à la réalité des élèves, commencer à s’interroger sur le métier autour de questions fondamentales... Qu’est-ce qu’aider un élève ? Comment faire progresser ? Comment construire des contenus d’enseignement ?
Ces futurs enseignants ne rêveront pas à un élève idéal, qui n’existe pas, mais se mettront d’emblée à chercher, pour les élèves qu’ils croiseront, les moyens les plus adaptés pour les aider à apprendre et leur transmettre les contenus de leurs enseignements. Ils sauront, aussi, qu’à travers la relation pédagogique qu’ils instaureront, se joueront des rencontres humaines singulières.

Gaëlle Brodhag, professeur au collège Arthur Rimbaud à Amiens (classé « ambition réussite »).