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Apprivoiser les écrans et grandir

Serge Tisseron, Erès éditeur, 2013, 134 pages

7 janvier 2014

Un véritable petit manuel du bon usage des écrans de l’avant-trois ans (c’est-à-dire si possible pas du tout d’usage) à l’après 12 ans, par le psychologue bien connu qui a notamment participé à l’avis de l’Académie des Sciences sur le sujet.
Serge Tisseron, avec beaucoup de simplicité et de sens des nuances, nous livre un certain nombre de recommandations pour que nos enfants ne soient pas prisonniers du monde des écrans, mais au contraire profitent au mieux des potentialités qu’il peut ouvrir, en se préservant des dangers qui les guettent.


Un véritable petit manuel du bon usage des écrans de l’avant-trois ans (c’est-à-dire si possible pas du tout d’usage) à l’après 12 ans, par le psychologue bien connu qui a notamment participé à l’avis de l’Académie des Sciences sur le sujet.
Serge Tisseron, avec beaucoup de simplicité et de sens des nuances, nous livre un certain nombre de recommandations pour que nos enfants ne soient pas prisonniers du monde des écrans, mais au contraire profitent au mieux des potentialités qu’il peut ouvrir, en se préservant des dangers qui les guettent.

L’auteur est conscient de ce que les conseils qui donnent seront peu lus par un grand nombre de ceux pour à qui ils sont destinés ; peu lus ou peu suivis, car, par exemple, les invitations à la modération de la consommation ne peuvent s’adresser qu’aux jeunes et s’avérer donc anxiogènes et culpabilisants pour certains parents, donc être inefficaces. C’est pourquoi Serge Tisseron fait appel aux institutions comme l’école pour développer de bonnes pratiques dès le plus jeune âge.

La majeure partie du livre s’adresse davantage aux parents, en développant la règle des 3-6-9-12, vue davantage comme un slogan-choc que comme un dogme, en édictant un certain nombre de conseils, souvent très pratiques : partager, verbaliser, éviter les isolements, ne pas être « complexés » par l’idéologie du « digital native ». La consommation excessive des écrans fait des dégats, surtout quand elle empêche au plus jeune âge un développement sensoriel , déréalise, détourne des règles du jeu social (pratique trop précoce d’internet)… Ainsi, les automatismes de la console de jeu ne favorisent ni le développement de sa motricité fine, ni celui de sa créativité. Et bien sûr la pratique des réseaux sociaux dévoile parfois trop de la personne à travers une recherche excessive d’« extimité ».

Mais Serge Tisseron, s’il n’entonne pas un hymne aux nouvelles technologies, comme on peut le lire parfois sous la plume( !) de Michel Serres, n’en est nullement un contempteur. Il refuse qu’on brandisse trop vite le terme d’« addiction », met en avant les habiletés développées par exemple par les jeux vidéo. Il met en doute la nouveauté des « difficultés d’attention » et relativise la grandeur du livre face à l’écran.

Le plus intéressant pour nous est sans doute les conséquences pour les pratiques pédagogiques de cet état de fait avec lequel il faut vivre, qu’on aime ou non. Serge Tisseron préfère plutôt que les anathèmes montrer quelles pratiques pourraient être positives et épanouissantes. Ainsi, avec le désormais célèbre jeu de simulation dit des « trois figures », on apprend à « faire semblant » très jeune. Puis, le développement de pratiques de débats et controverses, de coopération et d’entraide, d’explicitation des démarches peut entrer en résonance avec les pratiques des réseaux sociaux. L’auteur évoque aussi bien sûr les « serious games  » et toutes sortes de logiciels pour motiver, pour inciter à la création et à l’inventivité. Mais il rappelle à juste titre que « celui qui n’a pas intégré les repères spatiaux et temporels court le plus grand risque de se perdre dans les écrans » et que si empiler des cubes virtuels sur un écran peut être une activité intéressante, cela n’est le cas que si on a d’abord empilé de vrais cubes.

Un livre à recommander, très utile pour un dialogue nuancé avec les parents et avec nos élèves.

Jean-Michel Zakhartchouk