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Recension parue dans le N°454 de juin 2007

Apprentissages et enseignement. Sciences cognitives et éducation

Sous la direction de Philippe Dessus et Édouard Gentaz. Dunod, 2006.

6 juin 2007

Philippe Dessus et Édouard Gentaz récidivent. Après le très intéressant Comprendre les apprentissages (2004), ils viennent de faire paraître un autre ouvrage conçu dans le même esprit. Treize chapitres, rédigés par des spécialistes différents, font le point sur des domaines de recherche susceptibles d’éclairer les pratiques des enseignants. Certains mettent l’accent sur la synthèse de recherches expérimentales et l’énoncé de leurs implications pour la classe, d’autres sont centrés sur l’évaluation de dispositifs d’enseignement apprentissage. Dans un cas comme dans l’autre, l’objectif de mettre à la disposition d’un public d’enseignants ou de futurs enseignants des recherches inspirées pour l’essentiel par le paradigme cognitiviste, d’une manière claire mais exigeante, est parfaitement atteint.
Le premier chapitre est consacré à l’écriture (former les lettres et les mots) et met en évidence la complémentarité nécessaire des approches visuelles, motrices et verbales. L’impact de dispositifs de « lecture partagée » pour l’enseignement de la compréhension au cycle 3 de l’école primaire est étudié dans le chapitre 2. L’acquisition de l’orthographe des mots (chapitre 3) met en jeu plusieurs facteurs : correspondances phonèmes graphèmes, connaissances morphologiques (les « familles » de mots...), analogie avec les mots déjà connus. Un autre aspect de l’apprentissage de l’orthographe est l’articulation des processus explicites et implicites (chapitre 4). Le chapitre 5 aborde les apprentissages arithmétiques et plus particulièrement le rôle qu’y joue le langage. Les psychologues accordent une importance toute particulière à la mémoire de travail pour rendre compte des processus d’apprentissage et de cognition : le chapitre 6 en définit le rôle dans la lecture, la production d’écrit et l’apprentissage du nombre.
Après ces études consacrées aux apprentissages « de base », les suivantes, groupées dans une deuxième partie, s’intéressent principalement à l’enseignement secondaire. Ainsi l’apprentissage du résumé de texte (chapitre 7), qui s’articule étroitement avec la compréhension du texte, peut être facilité par l’utilisation d’un logiciel spécialisé. Le chapitre 8 revisite la notion de motivation et présente la théorie de la motivation autodéterminée. Le chapitre 9 traite de l’enseignement de la technologie au collège et analyse des situations d’utilisation d’un logiciel de conception assistée par ordinateur (CAO).
Enfin la troisième partie est centrée sur l’enseignant. Concevoir des documents électroniques pour ses élèves en tenant compte des contraintes ergonomiques afin d’obtenir de les rendre plus lisibles (chapitre 10). Maximiser l’efficacité du travail de groupe, du tutorat à la controverse (chapitre 11). Mieux comprendre les apprentissages en s’intéressant à la microculture d’une classe et à la manière dont les normes en usage se construisent ; l’étude de classes de mathématiques en primaire illustre cette approche où la didactique des mathématiques prend étroitement en compte le contexte des interactions sociales (chapitre 12).
Le dernier chapitre occupe une place particulière dans l’ouvrage. Les précédents reposaient sur la conviction qu’il est important, pour le développement professionnel d’un enseignant, qu’il tienne compte de l’état des savoirs de recherche sur l’élève, les processus cognitifs, les interactions dans la classe... Mais, nous dit l’auteur du dernier chapitre, J.-J. Maurice, les manières de faire de l’enseignant (et les schèmes qui sous-tendent celles- ci), ne se construisent pas seulement à partir des connaissances déclaratives (notamment transmises en formation). Elles ont à voir avec les contraintes du métier. Il montre ainsi la tendance des enseignants à « caler » leurs exigences sur un certain niveau de difficulté des tâches, quitte à aider les élèves faibles à effectuer les tâches trop difficiles (mais non à apprendre).
La diversité et la richesse de ce livre collectif peuvent en faire un livre d’initiation à lire d’une traite ou un livre de référence à consulter en fonction d’un intérêt précis. C’est, en outre, un miroir de « questions vives » qui mobilisent aujourd’hui l’intérêt des chercheurs en psychologie des apprentissages travaillant sur l’école.

Jacques Crinon