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Recension parue dans le N° 384 de mai 2000

Apprentissage et socialisation

Coordonné par M. Tozzi et J.-Y. Rochex, CRDP du Languedoc-Roussillon

12 mai 2000

L’ouvrage, dans la série Actes et rapports pour l’éducation, consacre un colloque organisé par les CRAP-Cahiers pédagogiques sur le thème Apprentissage et socialisation. Michel Tozzi note en introduction les quatre points conclusifs qui lui semblent avoir émergé :
La socialisation des élèves par les contenus d’enseignement conduisant à une structuration de la pensée par le langage, développant une activité rationnelle partageable et une sensibilité aux autres et à l’environnement, nécessite :
- Que l’élève donne du sens à son rapport au savoir.
- Que le savoir ainsi construit apparaisse comme le résultat d’un processus davantage que comme un produit, comme « un état provisoire, relatif et cependant non arbitraire par l’exigence de faire la preuve ».

La socialisation des élèves par le vivre ensemble en apprenant nécessite simultanément de les aider à se structurer vis-à-vis de la loi par l’explicitation du non négociable et de la hiérarchie des normes juridiques, la coélaboration et la négociation de règles communes, une pédagogie du contrat et du projet, la formation de délégués élèves et leur prise en compte dans les conseils de classe et d’établissement, le partage de la parole des responsabilités et du pouvoir.

La socialisation des élèves implique la socialisation des enseignants qui se traduit par « la capacité à travailler en équipes pédagogiques et éducatives, à contractualiser à l’interne avec les élèves et l’administration, et à l’externe avec les partenaires du système éducatif ».

Ces données conduisent à une recomposition de l’identité professionnelle de l’enseignant.

L’ouvrage comporte en outre le texte de l’intervention de Jean-Yves Rochex qui puise aux analyses d’Henri Wallon, rappelant que « nous ne sommes pas à l’école pour apprendre à vivre ensemble, mais pour apprendre à se quitter ». L’image fait choc et traduit une posture sans doute nécessaire pour ne pas faire de la socialisation une mièvrerie dégoulinante de bonnes intentions, mais existe-t-il des deuils sans rencontres préalables, des ruptures sans amours d’abord ? Pour se quitter il faut s’être rencontré, et par les temps qui courent la difficulté scolaire est peut-être davantage dans la liaison que dans la déliaison. Prolongeant cette exigence d’une socialisation dépassant le seul objectif de coopération, il serait utile de penser le couple socialisation et politique. La socialisation à l’école conduit à vivre ensemble pour apprendre à se quitter... et à se retrouver dans la cité.

L’ouvrage comporte par ailleurs le compte rendu d’une table ronde à la suite de l’intervention de Jean-Yves Rochex. Celle-ci était riche des travaux de quatre ateliers avec une entrée pédagogique, une entrée didactique, une entrée sociologique et une entrée psychologique du thème du colloque dont les apports sont indiqués.

Le débat autour du thème apprentissage et socialisation se poursuivra. Le prochain titre de colloque sera peut-être « apprendre pour socialiser » à moins que ce ne soit « socialiser pour apprendre ». Au début du siècle, à la question « pourquoi l’école ? », Émile Durkheim ne répondait-il pas : « pour former la personne, le citoyen et le travailleur ».

Michel Develay