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Apprendre par l’autonomie

Marie-Louis Zimmermann-Asta, Chronique sociale, 2015.

2 octobre 2015

L’ouvrage s’ouvre sur une préface très intéressante d’André Giordan, qui rappelle au lecteur qu’apprendre est un processus très complexe consistant «  autant à évacuer des savoirs peu adéquats que de s’en approprier d’autres  » et que l’apprentissage est plutôt un processus de transformation et d’intégration, que d’assimilation.

L’introduction définit l’apprentissage par l’autonomie (APA) comme une méthode pédagogique utilisée pour l‘enseignement des sciences, et plus particulièrement de la physique, avec des démarches et des dispositifs qui s’apparentent très fortement à ceux mis en œuvre dans l’approche par compétences, ou dans d’autres pédagogies actives. L’accent est mis sur la déconstruction des représentations initiales des élèves, sur l’importance de la liberté de cheminement à leur laisser dans la résolution des problèmes et sur la place à donner à l’erreur. Dans ce contexte, «  l’enseignant n’est donc plus un transmetteur de connaissances, mais celui qui crée des conditions favorables à l’apprentissage  ».

Une description plus précise des pratiques pédagogiques de l’APA dans les chapitres suivants laisse à penser que cela est assez proche de la démarche d’investigation scientifique et technologique ou des tâches complexes : des phases de recherche qui permettent à l’élève de tâtonner, de se tromper, de laisser cours à sa créativité, des phases de mise en commun pour structurer les savoirs, et des phases de réinvestissement et d’évaluation qui proposent trois types de test, des tests de connaissances, des tests de réflexion et des tests de pratique. Une attention est portée par l’auteur sur l’agencement de la classe et sur les possibilités de déplacement des élèves.

Une réflexion un peu gênante toutefois sur la nécessité de mettre de nombreuses notes car, «  l’expérience nous a prouvé que lorsque les élèves sont notés, ils travaillent mieux.  »

Les différents chapitres présentent et analysent les étapes de cette méthode, et plus précisément les notions de «  conceptions  » et de «  perturbations conceptuelles  », au cœur du dispositif. «  Lorsque les élèves reconnaissent un problème de type scolaire, ils utilisent leurs connaissances scolaires. Dans les autres cas, ce sont leurs conceptions qui resurgissent.  » Et cette prise en compte doit impérativement devenir le point de départ de tout projet éducatif, car «  elles révèlent l’existence de certains obstacles prévisibles et dépassables (Les conceptions-obstacles) et deviennent l’occasion de repérer une progression de la conceptualisation  ». L’auteur donne ensuite différents exemples de questionnements pour faire émerger les représentations des élèves : questionnaires fermés, à choix multiples, avec dessins, sur productions d’élèves, sur entretien. Les perturbations conceptuelles sont, quant à elles, un outil didactique pour déstructurer le modèle explicatif des élèves. «  Pour provoquer une véritable déconstruction, l’apport culturel est peu efficace, une argumentation ne suffit pas, car l’apprenant n’entend pas forcément l’objection.  »
Néanmoins, l’entrée dans la réflexion reste disciplinaire, et même si certaines problématiques sont transférables, l’ouvrage n’outille pas réellement pour toutes les disciplines.

On reste sur sa faim en ce qui concerne la réflexion sur l’autonomie : en effet, en dépit du titre de l’ouvrage, ce n’est pas finalement la pierre d’angle de la réflexion de l’auteur.

Cet ouvrage reste cependant intéressant pour des enseignants de sciences souhaitant mettre en œuvre sans leurs classes une démarche de résolution de problèmes. Une démarche qui correspond aux attentes de la nouvelle réforme du collège, qui résonne avec l’approche par compétences et l’apprentissage de la complexité et qui vise à rendre l’élève «  auteur de son parcours de son formation  ».

Céline Walkowiak