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Recension parue dans le N°434 de juin 2005

Apprendre à philosopher

Jean-Charles Pettier, Chronique Sociale, Lyon, 2004

27 mai 2005

L’ouvrage d’un des militants de la pratique du « philosopher » pour des enfants et adolescents fait suite à d’autres du même auteur, instituteur spécialisé en collège et auteur d’une thèse sur « La philosophie en éducation adaptée ».
Pour l’auteur, il y a pour l’homme et le citoyen, en régime démocratique, pour reprendre l’expression de J. Derrida, un « droit à la philosophie ». Je préférerais pour ma part parler d’un « droit de philosopher ».
Reste à poser la question du comment, pour favoriser les conditions de réalisation d’un droit qui, sans cette effectuation, resterait purement formel. J.-C. Pettier analyse différents modèles d’enseignement du philosopher : historique avec Socrate, mais aussi moderne, avec la version républicaine de l’enseignement magistral et celle de recherches didactiques récentes. Cet état des lieux débouche sur une prise de position, privilégiant le Socrate problématisant contre le Platon doctrinal.
Autre intérêt de l’ouvrage : il cherche à favoriser « l’éducabilité philosophique » des élèves en difficulté, particulièrement ceux de SEGPA. C’est là un défi didactique pour une discipline réputée abstraite qui suppose, pour les tenants de son institution qui la cantonnent à la classe terminale, maîtrise linguistique, capacité d’élaboration conceptuelle, acquisitions culturelles et maturité psychique préalables. Position provocante et courageuse, qui entre, au-delà des proclamations de principes, dans le détail du faire, prouve le mouvement en marchant, et montre par la pratique que le réel est a fortiori possible.
Dans cet ouvrage où il élargit le propos à tous les élèves, J.-C. Pettier tente de relever le défi de Diderot : « Rendons la philosophie populaire ! ». En commençant par l’école, et sans oublier les adolescents en difficulté scolaire.

Michel Tozzi