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Recension parue dans le N°447 de novembre 2006

Apprendre à lire à l’école - Tout ce qu’il faut savoir pour accompagner l’enfant

Roland Goigoux et Sylvie Cèbe, Retz, 2006, 80 pages, 3,90 euros.


Dans un État de droit, les fonctionnaires ont à appliquer la loi (et les enseignants les programmes officiels) et non pas à se soumettre à l’arbitraire des injonctions orales d’un ministre dont les propos sur l’apprentissage de la lecture contredisent les textes officiels qu’il a lui-même signés. Dans un système scolaire soucieux de la réussite des élèves, chercher à s’appuyer sur l’état effectif des savoirs issus de la recherche vaut mieux que de justifier des préjugés sur l’efficacité de telle méthode par des citations tronquées de propos de chercheurs. Dans une école où l’on préfère l’intérêt des enfants à la polémique, on sait combien sont précieux la confiance et le dialogue entre parents et enseignants et l’on ne cherche pas à jeter le discrédit sur les pratiques de ces derniers : les conflits d’appartenance vécus par les enfants sont sources en effet de bien des difficultés scolaires !
C’est pourquoi le petit livre de Roland Goigoux et de Sylvie Cèbe sur la lecture vient à point dans l’atmosphère délétère de ces derniers mois. Son but est de s’adresser aux parents, en termes clairs, afin de rendre transparent le travail des enseignants et de montrer aux parents comment ils peuvent de leur côté accompagner leur enfant dans cet apprentissage parfois délicat. Les auteurs s’attachent donc à présenter de manière concrète les pratiques de classe au cours préparatoire et à expliciter les instructions officielles qui leur servent de bases ainsi que les savoirs scientifiques qui les justifient. Pas à pas, à partir d’exemples, ils s’attachent à dissiper quelques malentendus... et par la même occasion ils fournissent des clarifications qui peuvent être bien utiles aussi à des enseignants débutants. N’en donnons qu’un seul exemple : l’exercice fréquent qui consiste à faire trouver dans une liste un mot identique au mot étiquette est-il à rejeter dans l’enfer de la méthode globale ? En fait, simple exercice de discrimination visuelle si les élèves ont devant les yeux en même temps le modèle et la liste, il devient un véritable exercice de traitement orthographique et de mémorisation des mots si on utilise un dispositif recto verso.
Six composantes de l’apprentissage sont passées en revue : lire des mots, les écrire, comprendre des phrases, comprendre des textes, en produire, entrer dans la culture écrite. Donner une place équilibrée à ces différents aspects est d’ailleurs un point fondamental. Certes, la découverte systématique des correspondances entre graphèmes et phonèmes est indispensable et l’automatisation de ces correspondances demande du temps et un entraînement répété. Cette importance du décodage a été parfois sous-estimée, dans le passé, par certains enseignants ou par des formateurs. Mais axer le débat uniquement sur la meilleure manière de décoder les mots comporterait des risques non moins graves, car confier tout le reste à la charge du seul milieu familial ne serait pas le meilleur moyen de favoriser la réussite de tous les élèves.

Jacques Crinon

N.D.L.R. : les droits d’auteur de l’ouvrage sont versés à l’ONG Inter Aide qui soutient l’aide à la scolarisation des jeunes enfants dans les pays en développement.