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Antoine de La Garanderie

Nous apprenons la disparition du "père de la gestion mentale".

13 juillet 2010

Antoine de La Garanderie est décédé au début de l’été, dans sa quatre-vingt-onzième année. On sait que plusieurs de ses livres ont influencé nombre d’enseignants qui, dans les années 1980, ont tenté de mettre en œuvre en classe les principes exposés notamment dans Les profils pédagogiques et Pédagogie des moyens d’apprendre. Les Cahiers pédagogiques leur ont souvent donné la parole, mais on peut toujours avoir le regret qu’Antoine de La Garanderie n’ait jamais répondu à nos sollicitations, et en particulier accepté de débattre de questions qu’on était en droit de se poser à la lecture de ses ouvrages, notamment lorsque nous avons publié les travaux d’Alain Lieury qui remettaient en cause ses conceptions. On peut retrouver certaines de ces critiques dans le dossier du n°474 Aider à mémoriser.

Les théories de la gestion mentale ont été souvent simplifiées ou caricaturées, réduites à un découpage entre visuels et auditifs ou à des tests pour déterminer en quelques questions « un profil pédagogique ». Elles ont eu en revanche le mérite, même si elles peuvent être critiquées sur un plan scientifique, de proposer des pistes concrètes pour aider par exemple les élèves à être attentifs, à s’approprier une leçon, à travailler des gestes mentaux aussi fondamentaux que l’anticipation ou l’imagination créatrice.

Dans un ouvrage collectif, [1] nous écrivions dans une contribution sur les relations entre ces théories et notre revue : « L’intérêt premier des conceptions de La Garanderie : remettre en cause les voies royales, introduire de la diversité, briser les idées simplistes sur la méthode unique et la ligne droite qui mène au savoir, miner ce que André de Peretti appelle le « mythe identitaire », et c’est bien pour cela que ces conceptions occupaient une place importante dans les dossiers sur la différenciation pédagogique, qui ont été un moment marquant dans l’histoire des Cahiers pédagogiques » . Mais aussi : « Sans doute, en fait, existe-t-il une version conservatrice de la mise en œuvre de la gestion mentale qui risque de conforter certains dans des pratiques très traditionnelles ou détourner d’autres d’innovations plus riches et surtout d’interrogations sans complaisance sur les responsabilités de l’école dans l’absence de sens de bien des activités proposées aux élèves. Sans doute faut-il mettre en garde contre cette foi béate qui éloigne de l’exigence intellectuelle et parfois, par son simplisme et sa naïveté, discrédite un certain courant pédagogique ou certaines notions. »

Le bilan de l’œuvre de La Garanderie reste contrasté. Encore une fois, on peut regretter l’absence de débats autour de cette œuvre (d’un côté le silence parfois méprisant de chercheurs vis-à-vis de celle-ci ; d’un autre côté le refus quasi constant de répondre aux objections de l’auteur). Les Cahiers ont malgré tout été un lieu de débats avec des partisans de la « gestion mentale », débats qui ne sont pas achevés. Qu’on nous permette en tout cas de rendre hommage en cette occasion à un humaniste généreux, qui a très certainement apporté une pierre à la réflexion pédagogique et à une centration plus grande sur l’élève non tel qu’il devrait être, mais tel qu’il est réellement.

Jean-Michel Zakhartchouk
Rédacteur aux Cahiers pédagogiques


[1Gestion mentale en questions coordonné par Charles Gardou, Erès, 1995