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N°490 - Dossier "Le temps d’apprendre"

Angers - L’affaire de tous

Par Luc Belot

Passionnée, passionnante, essentielle, la réflexion sur les rythmes scolaires connait une nouvelle actualité. Il est temps de tirer le bilan de la suppression de l’école le samedi matin et d’ouvrir de nouvelles perspectives.

Cette nouvelle organisation s’ajoutant à plusieurs mesures qui touchent à la qualité de la prise en charge scolaire et éducative (aide personnalisée, suppression partielle des Rased, fin progressive de l’accueil des 2-3 ans...), a provoqué dans la communauté éducative, au plan des organisations nationales comme aux échelons locaux, des bouleversements aux effets souvent négatifs. Dans certaines communes, un mouvement pour aller vers des temps scolaires mieux adaptés a dû s’enclencher, sans rien obérer des conséquences dans tous les autres champs de l’organisation de notre société.

Un autre aménagement est possible

À Angers, dès les Journées de la démocratie locale et la première Conférence des Parents organisées par la municipalité en novembre 2008, nombreux ont été les témoignages (parents, enseignants, associations) évoquant les difficultés et inquiétudes ressenties (surcharge, fatigue, stress…) suite à la mise en place de cette semaine de 4 jours.
Dans la logique de son Projet Éducatif Local, la Ville d’Angers est attentive au bien-être et à la réussite des enfants en même temps qu’à l’accompagnement des parents. C’est pourquoi elle a fait le choix de proposer une vaste consultation sur cette question, le texte ministériel offrant - malheureusement seulement de manière secondaire - une alternative de déploiement sur 9 demi-journées incluant le mercredi matin.
Durant le premier trimestre 2009, vingt réunions ont été organisées, dans tous les quartiers de la ville, qui ont permis le débat et la réflexion avec l’ensemble des acteurs, au premier rang desquels les parents. Dans plusieurs écoles, les enfants ont également donné leur point de vue dans le cadre des « Récrés citoyennes » initiées par la Ville et animées par l’association « Graine de citoyen - Lâche la violence ». Le colloque du 28 mars « Rythmes des enfants, vie des familles, temps de l’école » les a rassemblés pour permettre une synthèse de toutes ces rencontres, pour s’enrichir d’expériences d’autres villes françaises et européennes et d’éclairages d’experts (dont François Testu et Nicolas Le Floch) et, enfin, pour dégager les premières perspectives d’amélioration.
En avril 2009, la possibilité d’un autre aménagement des temps scolaires a fait l’objet d’une large concertation, permettant, en mai, de soumettre aux conseils d’écoles (publiques) et d’établissements (privés) un questionnaire portant sur les rythmes de l’enfant et de l’école : bilan de la nouvelle organisation sur 4 jours, intérêt et conditions d’une hypothèse à 4 jours et demi incluant le mercredi matin (scénarios horaires, durée de la pause du midi, restauration « self », nouvelles activités éducatives, allongement de la garderie du soir, nouvelle organisation du mercredi…).
Cette participation et ce dialogue ont permis de faire le point, ils ont contribué à faire sens sur la question des temps scolaires et des organisations éducatives vis-à-vis des rythmes de l’enfant : il s’est agi de rendre possible et durable un autre aménagement plus respectueux des temps de chacun, dans des projets élaborés à l’échelle du territoire.
La Ville a relayé par une lettre ouverte au ministre les conclusions de cette consultation, en fonction desquelles plusieurs engagements ont été pris.

L’Isoret groupe scolaire d’expérimentation

Depuis la rentrée 2009, la Ville accompagne la démarche menée au sein du groupe scolaire de l’Isoret qui est situé dans un quartier jouxtant une zone d’éducation prioritaire et qui compte dix classes (quatre en maternelle et six en élémentaire) accueillant 250 élèves. Sur la base d’une forte implication des familles (regroupées dans l’association des parents d’élèves « APIEL »), des directions et enseignants, et d’une réelle coopération éducative Parents-Ecole-Ville-Acteurs socio éducatifs, les deux écoles réunies en conseil unique le 9 février 2010, ont proposé l’expérimentation pour 3 ans d’une organisation hebdomadaire sur 9 demi-journées de classe dont le mercredi matin, avec 4 journées raccourcies (fin de la classe à 15 h 30, puis activités éducatives).
Suivant la procédure dérogatoire, le conseil municipal a donné en mars 2010 un avis favorable pour une expérimentation à partir de la rentrée de septembre.
Le nouvel aménagement fait bénéficier les enfants d’une meilleure répartition des temps d’enseignement et de nouvelles offres éducatives et de loisirs après la classe. Il permet de proposer aux familles des prises en charge le mercredi après la classe puis l’après-midi. Par ailleurs, l’extension de la garderie du soir jusqu’à 18 h 30 offre une meilleure articulation des temps de travail, de l’école et de la famille. Il demande aux services municipaux et aux partenaires l’adaptation des temps d’accueil et des activités proposées. La mise en place d’un « self » contribue à améliorer la qualité du temps du midi.

Évaluer

Les villes d’Angers, Brest, Lyon, Nevers - avec les écoles et en lien avec les services académiques impliqués - collaborent sur des bases communes à l’évaluation des expérimentations en cours. Avec le concours de spécialistes et de chercheurs, l’observation et l’analyse des organisations et fonctionnements mis en place, des effets et des résultats, du ressenti des enfants, des parents, des professionnels, sont en effet des éclairages nécessaires pour apprécier, améliorer les expériences en cours, en dégager les enseignements pour l’avenir, et faire fructifier les approches et coopérations pédagogiques ainsi que socio-éducatives.
Le schéma d’évaluation intègre les « plans » ci-après :

Il tient compte pour l’enfant de l’interdépendance des temps (apprentissages, activités éducatives, « temps pour soi »…) et pour les partenaires, de leurs objectifs respectifs.
Il prend également en compte la nécessité de distinction selon que l’on se situe en maternelle ou en élémentaire.
Il lui est demandé d’apprécier et de mesurer les conséquences du nouvel aménagement à court terme et dans une certaine durée, sur :
- le bien-être de l’enfant et la réussite des parcours scolaires ;
- le « plus » culturel des nouvelles offres éducatives : qu’ont-elles favorisé ?
- la socialisation et les comportements (vs violence) ;
- les échanges enfants-familles, familles-enseignants ;
- les adaptations rendues nécessaires de tout l’environnement des nouveaux rythmes : locaux scolaires, accueils hors l’école, transports, moyens en personnel, sécurité et fluidité des organisations ;
- les relations dans la communauté éducative et dans le quartier.
Le projet d’école comprend déjà un certain nombre de paramètres, et d’autres indicateurs sont en cours d’élaboration afin de couvrir les différents champs retenus.
Ces informations qui seront croisées avec une écoute suivie des acteurs permettront d’analyser et de produire les éléments d’évaluation indispensables eu égard aux enjeux de développement humain, de réussite éducative et scolaire et de politiques publiques de cette expérience. C’est une ambition collective partagée par tous les acteurs angevins.

Luc Belot
Adjoint au Maire d’Angers, en charge de l’Éducation et de l’Enfance

Les résultats de la consultation


L’intérêt porté par tous

Parents, enseignants, éducateurs, enfants, ont participé nombreux, à cette démarche d’écoute et de dialogue. 1135 questionnaires on été remplis, dans les 73 Conseils (sur 78) qui ont participé.

Un bilan plutôt sévère pour la semaine de 4 jours

Si dans l’ensemble les avis sont partagés, les membres des Conseils dénoncent fortement, pour l’élémentaire, les changements survenus : 53 % regrettent le samedi matin, 39 % constatent plus de fatigue et 57 % jugent la journée de 6 heures d’enseignements ( voire 6 h 30 avec aide personnalisée) trop longue.

Le mercredi matin en question

42 % préfèrent le maintien de la semaine de 4 jours.

37 % estiment qu’un aménagement avec école le mercredi matin est souhaitable soit en 2009 soit plus tard ; cette préférence s’exprime majoritairement par les réponses individuelles dans 19 Conseils. À ce jour, 1 groupe scolaire expérimente le mercredi matin scolarisé, plusieurs écoles sont en réflexion.

54 % jugent intéressant qu’un nouveau rythme scolaire soit l’occasion pour la Ville de renforcer ses offres éducatives gratuites pour tous les élèves…

Les engagements de la ville

Ne pas généraliser l’école le mercredi sans l’accord des écoles, développer la restauration en « self » pour améliorer le temps du midi, étendre la garderie du soir, poursuivre en lien avec l’Inspection académique la démarche engagée sur ces questions.


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