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L’actualité éducative du N°485 de décembre 2010

Aider et accompagner les élèves, dans et hors l’école

Par Jean-Michel Zakhartchouk - Retour sur notre colloque - Vidéos en ligne

Le colloque organisé par le Crap-Cahiers pédagogiques les 25 et 26 octobre
a été un franc succès. Plus de deux-cents participants, malgré les problèmes
de transport liés aux grèves, et une grande diversité de regards et de témoignages autour de l’aide et l’accompagnement, thèmes centraux de ces deux jours.
Quatre vidéos permettent de retrouver des moments importants du colloque : l’ouverture et les conférences de Jean-Paul Delahaye, Jean Houssaye et Françoise Clerc.

On trouvera des échos sur l’ensemble aussi bien sur notre site que dans le Café pédagogique, Patrick Picard nous y proposant un compte-rendu précis et vivant. Et plus que cela, dans le hors série numérique, augmenté en février 2011, qui reprend la plupart des interventions des conférenciers comme des « témoins » d’ateliers.

Une situation lourde d’inquiétudes

On pourra y lire tous les motifs de se désoler de la situation actuelle qui n’incite guère à l’optimisme : les critiques acerbes de l’aide personnalisée mise en place au primaire, par André Ouzoulias, le long et passionnant historique de l’aide à travers plus de cent ans de circulaires établi par Jean-Paul Delahaye qui donnent parfois l’impression d’être les Sisyphes de l’éternel recommencement, l’amer constat de Jean Houssaye selon qui « la pédagogie de soutien » a tué la « pédagogie différenciée », la mesure de la distance qui nous sépare de la Finlande et de son école si préoccupée de prendre en charge très tôt les difficultés des élèves et n’oppose pas qualité de l’enseignement et démocratisation.

Des pratiques innovantes malgré tout

On pourra aussi y retrouver tous les motifs d’espérer, à travers les témoignages positifs : le journal des apprentissages qui accompagne les jeunes écoliers d’un des quartiers les plus populaires de Paris, l’engagement d’un lycée professionnel autour de l’accompagnement personnalisé ou encore ce que peut être un vrai travail d’équipe dans un collège autour des PPRE ou du socle commun. Et on retrouvera la brillante « relecture » du colloque par notre amie Françoise Clerc pour qui l’accompagnement est peut-être un bel héritier de la tradition de la pédagogie différenciée et pour qui il y a là un nouveau paradigme à développer, en lien avec la notion de compétence bien comprise et celle de parcours.
Nous voudrions ici plutôt donner un écho de l’ultime table ronde au caractère plus « politique » qui a réuni un pédagogue du Crap, un associatif engagé, une syndicaliste et une élue, représentant la mairie du 20e arrondissement qui a si bien accueilli ce colloque organisé en partenariat avec elle.

L’accompagnement, l’affaire de tous

Christophe Paris, responsable de l’Afev, cette association qui mobilise 7 000 étudiants pour un accompagnement individualisé à de jeunes élèves dans toute la France, a vigoureusement dénoncé le marché de l’angoisse qui pousse tant de parents, y compris peu fortunés, à se tourner vers les officines privées, en utilisant d’ailleurs l’argent des contribuables puisque les heures payées permettent une réduction d’impôts. Pour l’Afev, il ne s’agit surement pas d’être concurrent de l’école, puisque les élèves accompagnés sont repérés par les enseignants et que le principal objectif des accompagnants est d’aider ces jeunes à retrouver cette confiance en soi si souvent perdue. On ne fait pas mieux apprendre que l’enseignant, mais on peut redonner un peu d’envie d’apprendre…
Anne-Charlotte Keller, maire-adjointe du 20e arrondissement, plaide pour une plus grande ouverture de l’école, et pour un véritable partenariat entre celle-ci et les collectivités territoriales. C’est en travaillant ensemble qu’on pourra mieux aider à la réussite des plus en difficulté. C’est ce qui est fait dans l’arrondissement, comme en ont témoigné des acteurs locaux dans les ateliers de la veille (accompagnement à la scolarité, aide à la parentalité). Il est important de montrer les enjeux politiques de ces questions d’accompagnement, qui doivent faire partie des débats à venir pour les échéances électorales. Il s’agira de combattre la toute puissante idéologie libérale méritocratique, de promouvoir une modification des rythmes scolaires et d’être à l’écoute de ce que nous disent les recherches, trop souvent méprisées par les politiques.

Quelles conditions de la réussite ?

Michelle Olivier, du SNUipp, doute de l’efficacité du dispositif d’aide personnalisée dans le primaire tel qu’il a été mis en place, notamment dans le cadre de la semaine de quatre jours. Elle s’indigne de ce que le ministère ait déclaré qu’avec l’accompagnement, il s’agit de faire de « l’Acadomia » pour les pauvres. L’essentiel aujourd’hui serait d’abord de faire évoluer les pratiques dans la classe, de donner des moyens pour la création de postes surnuméraires qui permettraient d’intervenir à deux à certains moments, ou bien sûr de mieux former les enseignants à cet accompagnement bel et bien indispensable.
Patrice Bride, pour le Crap, souligne combien tout ce qui est « soutien scolaire » interpelle l’école qui, certes, doit être son propre recours, mais ne doit pas prétendre tout régenter, tout s’approprier. On n’apprend pas qu’à l’école : comment alors prendre en compte ces autres savoirs ? Comment faire de la réussite scolaire (et l’entrée dans la citoyenneté) l’affaire de tous ? Cela implique bien des transformations de l’école et un élargissement de la notion de « compétences » : quelle maitrise donne-t-elle sur des pratiques de la vie et pas seulement sur des connaissances scolaires ?
L’accompagnement pourrait bien être ce pansement qui aide à mieux supporter l’échec d’un trop grand nombre d’élèves (après tout, on a fait ce qu’on a pu !) ; il peut servir d’alibi au conservatisme pédagogique en donnant bonne conscience. Il peut être aussi un levier de changement, un aiguillon qui nous aide à sortir de l’hypocrisie scolaire qui laisse de côté tant d’élèves tout en laissant l’impression que « le programme a été fait » et que les plus faibles ont été aidés (s’ils ont bien voulu l’être). L’accompagnement, nouvelle posture pour les acteurs de l’école, peut alors être orienté vers une autre voie pour notre système éducatif en proie à la perte de sens et à l’accroissement des inégalités.

Jean-Michel Zakhartchouk


L’ouverture du colloque

Intervention de Anne-Charlotte Keller, adjointe au maire chargée des affaires scolaires, péri-scolaires et du conseil municipal des enfants

La conférence de Jean Houssaye

Le soutien contre la pédagogie différenciée

La conférence de Jean-Paul Delahaye

Histoire de l’aide dans notre système éducatif

La conférence de Françoise Clerc

Intervention finale et synthèse