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Recension parue dans le N° 415 de juin 2003

Administrer, gérer, évaluer les systèmes éducatifs. Une encyclopédie pour aujourd’hui

Jean-Jacques Paul (dir.), ESF, 1999.

6 juin 2003


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Ce livre stimulant rappelle que la réflexion sur le système éducatif ne peut se dispenser, sauf angélisme certes plus confortable, de prendre en considération le coût de toutes les mesures souhaitables, et de se demander si l’on obtient bien des ressources mobilisées la plus grande efficacité possible. Une recherche de 1992 montrait qu’une scolarisation précoce en maternelle, à deux ans, entraîne une progression plus rapide des enfants, non pas au CP mais au CE, et supérieure, pour un même coût supplémentaire, à celle qui résulterait d’une réduction de cinq élèves du nombre d’élèves par classe primaire : il y a là un choix à faire. Mais en sachant que cette scolarisation précoce n’a pas par elle-même d’influence sur les différences d’origine sociale entre les enfants et que son avantage disparaîtrait peut-être si l’entrée à deux ans était généralisée, avec la constitution de classes d’âge homogène.
Travailler sur le rapport coût-efficacité n’est pas, comme certains le disent trop vite, sacrifier au libéralisme et faire rentrer l’éducation dans l’économie de marché : même si l’enseignement est à financement public, et, souhaitons-nous, doit le rester, ses besoins se heurtent à d’autres besoins, logement, emploi, santé, etc. Les Cahiers l’avaient relevé en 1978 (n° 160) en posant des « Questions à (la) gauche », toujours valables.
Une bonne partie du livre est consacrée aux définitions, concepts, méthodes, indicateurs utilisés, mais en notant que « l’analyse économique standard souffre de deux défauts. D’une part, elle est dans l’incapacité de préciser quel devrait être le partage optimum entre diverses sources de financement dans une situation donnée, en particulier en raison du fait qu’une partie des avantages de l’éducation sont difficiles à mesurer et incertains parce que futurs. D’autre part, en raisonnant uniquement en termes d’investissement, elle néglige les problèmes d’équité qui devraient pourtant être au cœur de la réflexion sur l’éducation ». C’est sur la perspective assignée à l’efficacité (quelles priorités, y compris budgétaires, à l’égalité des chances et à la lutte contre l’échec scolaire ?) que le débat doit porter, et non sur le principe de recherche de l’efficacité.
Seulement quelques éléments. La relation entre coût et efficacité est loin d’être automatique. Dans les facteurs de progrès d’une classe, ce sont les caractéristiques personnelles des élèves (et leur niveau initial) qui pèsent le plus, mais, à côté, un « effet-maître », « mesure indirecte de l’efficacité pédagogique personnelle des enseignants » l’emporte de beaucoup sur la taille, le niveau et l’hétérogénéité des classes, le niveau de formation et l’ancienneté des enseignants. Dans la mesure où l’essentiel des coûts d’un établissement n’est pas supporté par son budget propre (les traitements relèvent de l’État, les installations des collectivités locales), il y a une tendance à ne pas tenir compte du coût induit par ses décisions d’organisation, par exemple les redoublements.
Le livre fournit beaucoup de données sur différents pays et sur les comparaisons de résultats. L’efficacité d’un système d’éducation n’est pas directement liée au nombre d’années de scolarité ni à la dépense nationale pour l’éducation. Pour les temps qui viennent, sans doute faut-il miser davantage sur le continuum entre formation initiale, formation continue et auto-formation ; « ceci implique bien sûr que la formation initiale apprenne de plus en plus à apprendre ». On s’aperçoit maintenant que le lien entre éducation et croissance n’est pas automatique (déjà, le développement de l’école primaire obligatoire était postérieur à la révolution industrielle) et que le modèle occidental n’est pas le seul possible.
Ce livre convaincra que l’enseignement aussi demande une analyse économique ; là où la revendication de plus de moyens s’impose, elle gagne en force de conviction si elle s’appuie aussi sur une argumentation en termes d’efficacité.

Jacques George


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