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N°468 - Dossier "As-tu fait tes devoirs ?"

AFEV : Et si on faisait autre chose que les devoirs ?

Par Eunice Mangado-Lunetta

L’Association de la Fondation Etudiante pour la Ville ne mobilise ni des enseignants ni des spécialistes de la pédagogie mais des étudiants qui souhaitent s’engager contre les inégalités et qui ont choisi de le faire dans le champ de l’éducation et de la citoyenneté. Aperçus d’un accompagnement qui va plus loin que les devoirs...

L’AFEV : ce sont aujourd’hui 7500 bénévoles qui interviennent auprès de 10 000 jeunes.
Ces étudiants mènent des « accompagnements individualisés » auprès d’enfants et d’adolescents scolarisés essentiellement dans les « zones urbaines sensibles ».
Lorsqu’un étudiant rencontre pour la première fois l’enfant qu’il va suivre et sa famille il doit se confronter à leur attente qui se situe la plupart du temps du côté du soutien scolaire.
Il est toujours difficile de parvenir à faire comprendre à l’enfant et sa famille que, non, l’accompagnement proposé ne va pas se résumer à l’aide aux devoirs alors que c’est pourtant là que réside leur angoisse. Mais, pourquoi au fond, ne pas se contenter de mobiliser les étudiants pour faire du soutien scolaire individualisé à domicile pour ceux qui n’auraient pas les moyens de s’offrir les services privés (et lucratifs) des entreprises qui fleurissent dans ce secteur ?
Deux raisons principales à cela :

  1. Parce que l’éducation nationale a mis en place depuis un an un dispositif pensé comme une réponse à ce développement effréné du secteur privé de coaching scolaire qui accroît les inégalités sociales : l’accompagnement éducatif. Ce dispositif n’est pas sans poser problème : manque de ciblage, renforcement scolaire proposé au sein des établissements scolaires ce qui n’est pas forcément la meilleure option pour les enfants en difficulté avec l’école, mise en concurrence avec le secteur associatif....) Il restera à voir s’il se réefficace...
  2. Parce que les étudiants ont mieux à faire que refaire l’école après l’école ! Et qu’ils peuvent, vu leur posture unique, créer un autre rapport avec l’enfant qu’ils accompagnent (et sa famille) que celui qu’un enseignant ou un travailleur social pourrait nouer. Il peut notamment les amener à regagner confiance en eux, à mieux se projeter dans un parcours scolaire... certes en les aidant avec leurs devoirs, mais... pas que !

Pour tenter d’analyser et de mesurer les effets des "accompagnements individualisés" sur les jeunes notamment en termes d’impact scolaire et éducatif l’AFEV a mené en 2006 / 2007 une évaluation de ses actions avec un cabinet extérieur spécialiste de l’évaluation des politiques éducatives territoriales.

Que font ces étudiants avec les enfants ?

L’étudiant bénévole se met à disposition d’un enfant deux heures chaque semaine sans objectif pédagogique ni méthodologie spécifique. Il intervient majoritairement à domicile et essaye de tisser un lien avant tout humain et de créer pour l’enfant, un espace tiers, une fenêtre lui permettant à la fois d’être écouté, et de pouvoir sortir d’un contexte étouffant notamment scolaire. Souvent en début d’action, il est plus rassurant de se greffer sur le cadre scolaire et faire les devoirs (c’est vrai pour l’enfant mais aussi pour l’étudiant) mais au fil des rencontres, le binôme constitué va multiplier les sorties : culturelles ou tout simplement dans et en dehors du quartier ce qui permet de travailler sur la mobilité... Il va parler avec l’enfant de manière informelle de son propre parcours, de ses difficultés et de ses réussites, il va l’inciter à se projeter, réaliser parfois avec lui des projets divers...
Il va parler avec sa famille de l’enfant, de l’école, répondre comme il le peut à des préoccupations exprimées sur l’avenir scolaire, rassurer les parents, parfois, sur leur demande, les accompagner à des rendez-vous avec les enseignants...

Que montre l’enquête ?

Ce que l’on constate : les jeunes suivis en fin d’action ont réalisé des progrès significatifs dans leur rapport à l’école, dans leur organisation, dans leur comportement, et même dans leurs résultats scolaires. Parce que des étudiants ont pris le temps de s’occuper d’eux et ont tout simplement cru en eux, des jeunes, initialement en risque d’échec, ont repris confiance en eux et opéré des changements constatés par les enseignants eux-mêmes...
Alors que les deux tiers des parents d’adolescents font de la réussite scolaire leur principal sujet d’inquiétude, il est louable que les pouvoirs publics et au premier lieu l’Education Nationale se ressaisissent de la problématique des inégalités scolaires. Mais, soyons attentifs, toutefois, à ne pas- armés des meilleures intentions- produire des effets inverses à ceux escomptés, à travers un renforcement de la pression scolaire (et donc de l’angoisse scolaire des familles).
Considérons que la réalité d’un jeune aujourd’hui c’est qu’il passe autant de temps devant les acteurs de l’éducation formelle (ses enseignants) que devant son ordinateur, la télévision, ses pairs, ses parents. Que la diffusion des techniques d’information et de communication a bouleversé le rapport à l’information et au savoir. Et que par conséquent l’institution scolaire ne détient pas le monopole de l’éducation.
En bref, ménageons ce tiers lieu éducatif qui n’est ni la famille, ni l’école et dont les étudiants de l’afev se veulent une figure de proue. Considérons les différents espaces et acteurs de l’éducation, aux différents moments de parcours d’une vie : on se rendrait alors compte que l’on peut apprendre autrement, apprendre de ceux qui ne détiennent pas le savoir, apprendre de soi, apprendre autrement qu’en faisant les devoirs.

Eunice Mangado-Lunetta, Déléguée aux Accompagnements Educatifs - Pôle national AFEV.
eunice.mangado@afev.org

Références
AFEV, 2005, Etre utile : Quartiers défavorisés, jeunes en difficulté : des étudiants s’engagent, INJEP.
L’évaluation des actions de l’afev menée par Trajectoires-Reflex fera l’objet d’une publication. A retrouver en attendant sur www.afev.org


L’AFEV est victime d’une scandaleuse baisse des moyens financiers et humains que lui accordait jusque-là le ministère de l’Éducation nationale.
Programmation 2014-2015 Danger pour l’éducation dans les quartiers :
pour un moratoire sur les subventions aux associations


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