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A2, B1, qui sera coulé ?

Par Christian Puren

18 juin 2009

Les professeurs de langue des collèges réagissent vivement aux directives concernant la validation des niveaux de leurs élèves pour l’obtention du Diplôme National du Brevet (DNB). On leur demande d’utiliser les échelles du CERCL (Cadre Européen de Référence Commun pour les Langues), ce qui implique de profondes évolutions dans les modes d’évaluation. Le moins que l’on puisse dire, c’est que beaucoup d’enseignants considèrent que les directives de l’administration ne les aident pas à s’y retrouver... Une réaction de Christian Puren, Président d’honneur de l’APLV (Association des Professeurs de Langues Vivantes).


Les échelles de niveaux de compétence du CECRL sont utilisées dans toute l’Europe, à tous niveaux et par de nombreuses institutions (publiques et privées) pour calibrer des épreuves de certification : il n’est donc pas du tout aberrant en soi qu’on les utilise de même dans l’Éducation nationale française pour certifier un niveau atteint à un certain moment en langue par des élèves. Ce qui est aberrant, c’est que cette certification se fasse sur la base du contrôle continu, et non d’une épreuve terminale. Il faut en effet distinguer :
- le contrôle continu, qui prend en compte traditionnellement (et à juste titre) non seulement le niveau atteint en cours d’année par un élève, mais aussi ses progrès, sa motivation, ses efforts (qui peuvent laisser présager qu’il pourra suivre et profiter des cours l’année suivante) ;
- une certification terminale, qui relève de la seule logique du niveau finalement atteint par rapport aux exigences institutionnelles.

Le nouveau projet du DNB suggère que la certification (pardon, la "validation"...) du niveau A2 pourrait très bien se faire dès la classe de 4e pour les élèves qui ont atteint ce niveau. C’est un progrès. Il faut aussi permettre que ce niveau puisse n’être validé qu’en seconde : il est temps de mettre enfin un peu de flexibilité dans cette monstrueuse machine à décourager et sélectionner (ou sélectionner par le découragement, si l’on préfère) qu’est l’Éducation nationale, comme le demandent tous les pédagogues depuis un siècle ! Cela suppose que la validation du niveau A2 en langue se fasse par des épreuves terminales, et qu’on laisse au contrôle continu jouer par ailleurs ses fonctions spécifiques et indispensables.

La logique du CECRL est une logique de valorisation de ce que les élèves sont capables de faire et non une pénalisation de ce qu’ils ne sont pas encore capables de faire. Cette logique positive est la suivante :
a) On a des descripteurs de performance pour tel niveau, par exemple le A2.
b) On a un niveau fixé par l’institution : le A2 à valider impérativement entre la 4e et la seconde (si je suis mon idée plus haut, il faudrait organiser les épreuves 2 ou 3 fois par an, y compris en tout début d’année - certains élèves peuvent travailler pendant les vacances, ou aller passer un séjour dans le pays étranger).
c) Ce qui implique que si un élève atteste dans ses productions qu’il a bien atteint ce niveau, il a "tout bon", comme on dit, on n’a pas à prendre en compte ce qu’il ne sait pas encore faire puisque ce n’est pas demandé à ce niveau. Alors, "il a tout bon", ça veut dire logiquement qu’il a "20/20" - ou "un score de 100%", si vous voulez, quelle que soit la transcription chiffrée : "il a le maximum". Mais une note de 20/20 en langues à prendre en compte dans une évaluation finale faite sur la base de coefficients entre matières et d’une moyenne générale, vous voyez ce que ça provoque dans le système (et chez les collègues des autres disciplines) !

Le manque d’exemples concrets d’évaluations adossées au CECRL "validés" par l’inspection est un problème. L’absence de formation des enseignants au CECRL est un problème. Mais il faut arrêter de confondre contrôle continu (même intégrant les exigences du niveau A2) et validation du A2, sinon on marche sur la tête, parce que les quelques problèmes rapidement listés ci-dessus ne posent pas du tout les mêmes questions et ne relèvent pas du tout des mêmes solutions dans les deux cas. Belle illustration que ce témoignage d’une collègue angliciste sur une liste de diffusion : « J’ai failli me faire écharper l’an dernier parce que je n’ai pas validé une élève dont on m’a dit qu’elle était méritante."

À partir de ces constats, quelle action prévoir ? L’APLV, pour sa part, se propose de faire le point le plus large possible sur la mise en œuvre effective de cette validation A2 cette année, en lançant une nouvelle enquête sur la question. Je ne sais pas si ses résultats (prévisibles...) et leur communication au MEN feront avancer quoi que ce soit. Le ministre n’a jamais répondu aux deux courriers du président de l’APLV concernant la validation A2 au DNB, le second co-signé par l’APLV, le SE-UNSA, le SGEN-CFDT, le SNALC-CSEN et le SNES-FSU.


De notre côté, les Cahiers Pédagogiques proposeront dès la rentrée un hors-série numérique, outil de réflexion à toutes ces questions, tant du côté de l’évaluation que de celui des pratiques de classe.