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À la rencontre de l’écrivain

Marie-Pierre Stévant-Lautier

Lire et écrire font partie de l’ordinaire de l’école, jusqu’à être parfois ressentis comme des activités un peu rébarbatives. Sortir pour rencontrer l’écrivain que l’on a lu en classe, lui lire un texte écrit à son intention fait basculer dans le sensationnel.

Lire, écrire, écouter : trois étapes d’un projet « littérature » mené avec ma classe de CM1 en partenariat avec la Villa Gillet, haut lieu de culture à Lyon. La lecture du roman Tobie Lolness de Timothée de Fombelle fut suivie d’une première rencontre avec l’auteur. Elle a déclenché un énorme désir de lire, de trouver des idées, de savoir ce que l’auteur allait penser des retours que les élèves allaient faire de leur lecture.

La deuxième étape fut l’écriture d’un texte que nous avons voulu collectif, à mettre en voix et en espace pour la dernière étape : la sortie d’une journée pour participer aux Assises internationales du roman [1], en présence de Timothée de Fombelle, et des trois autres classes impliquées avec nous.

Cette sortie prévue en mai a fortement contribué à maintenir l’appétit, la curiosité. Chaque élève s’est approprié le projet à sa mesure. Mon rôle est celui d’un passeur de textes pour mes élèves, et d’un coordinateur d’idées pour mener à bien l’écriture, d’un « chef de chantier » chargé de récolter, d’aider à trier, choisir, garder un cap narratif. Et surtout, d’entretenir le plaisir d’écrire chez les enfants.

Le jour de la sortie, la classe est en ébullition ! Nous prenons les transports en commun pour aller à Lyon. À leur arrivée, les enfants se regroupent dans la cour des Subsistances, la plupart entrent dans ce lieu pour la première fois. Une ambiance de festival y règne, banderoles, chapiteaux, hautparleurs. Les différentes classes s’observent de loin, appréhension et excitation mêlées.

On entre enfin dans la « verrière »...

Les enfants peuvent alors écouter les quatre auteurs du projet raconter leur propre histoire de lecture, leurs gouts et dégouts de lecteurs, leur rêves d’enfant. Puis chaque auteur lit à haute voix un extrait qu’il a choisi, un coup de cœur, une lecture de son enfance, un bonheur de lecture partagé. C’est une lecture émue, pas experte. Malgré la chaleur intense sous le toit de verre, le public est attentif, captivé par la voix des auteurs. Puis les organisateurs remettent aux enfants le texte que la classe a écrit pour cette rencontre, transformé en petit livre, publié par une maison d’édition.

L’après-midi est le deuxième rendez-vous de la journée, avec le compte rendu du travail effectué en classe, en présence de l’auteur concerné. Sur une petite scène, la classe lit, porte son texte en voix devant les autres. Les personnages inventés sont mis en valeur, prennent sens devant l’auditoire. L’extrait est également mis en espace, avec un choix dans l’orientation des corps, des regards, des gestes. Le commentaire final proposé par l’auteur contribue à terminer cette présentation du travail.

Notre sortie à Lyon a été l’aboutissement du projet, une valorisation du travail de toute l’année. Surtout, elle a pleinement été un moment de travail. Les élèves ont eu une responsabilité au cours de la journée, vécue comme un rendez-vous de plaisir, mais aussi de travail. Il y a eu un rôle à jouer, une place à tenir. Devant les autres classes, les autres maitres, l’auteur, ils ont pris la parole, ont rendu compte de leur démarche d’écrivants, ils ont appris à écouter les textes des autres classes, à faire des retours sur ces textes, sur le sens, les effets, les obscurités, la qualité de l’oralisation.

Cette sortie a été riche de rencontres, de mots, de partage. Elle a sans doute appris aux enfants à aller au bout d’un engagement, et à trouver « un sens pour soi » à cet échange de textes. En tout cas, elle a mis les élèves dans un rapport sensible et intime avec le sens.

Cette journée particulière, hors les murs, à la rencontre des écrivains, a été une possibilité d’échanges et de réflexions sur le monde, sur soi-même, à travers une expérience de vie. Comme si sortir de l’école dans ce cas-là donnait encore plus de responsabilités à chacun, plus d’identité.

Lors de cette journée aux Assises, les enfants peuvent à la fois éprouver la culture dans une dimension individuelle, un vécu personnel, et se décentrer, intégrer une dimension plus collective de réflexion. Les échanges avec et autour de l’auteur permettent de se décentrer, d’ouvrir d’autres champs possibles dans la compréhension, dans l’écriture.

Marie-Pierre Stévant-Lautier
École Ampère, Oullins (Rhône)


Une des plus belles journées de ma vie en CM1

« Je m’appelle Lucil, j’ai 10 ans. J’ai participé à un super projet en CM1 : “Des élèves qui rencontrent un écrivain”.

Nous avons tenu une correspondance avec lui, puis il est venu à notre école. Et enfin, nous sommes allés à la villa Gillet où nous avons lu notre roman devant toutes les autres classes et les auteurs. Notre histoire a été beaucoup appréciée, car on y a mis la pêche et toute notre voix ! Un seul petit défaut à cette journée : nous étions dans une salle où il faisait très chaud, car le plafond était en verre !

C’était sans doute l’une des plus belles journées de ma vie au CM1 ! Ce fut un plaisir ! J’ai même rapporté à mes parents : un souvenir sur moi… un super coup de soleil sur les épaules ! J’ai découvert la passion de lire ! Et d’écrire ! C’était une aventure pleine d’émotions ! »


[1Manifestation littéraire qui se déroule aux Subsistances de Lyon


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