Accueil > Publications > Articles en ligne > À la croisée des chemins entre l’éducatif et la pédagogie : Une expérience (...)


N° 415 - Dossier "Existe-t-il une vie scolaire ?"

À la croisée des chemins entre l’éducatif et la pédagogie : Une expérience d’étude tutorée

Par Frédérique Idrissi

La corrélation entre la pédagogie et l’éducatif sembleincontournable et pourtant la synergie n’est pas toujours automatique. Ici on nous relate une expérience d’« étude tutorée » comme exemple de cette synergie possible.

Quel CPE ne se heurte-t-il pas à des difficultés alors qu’il tente d’entrer en pédagogie ? Les nostalgiques du surgé pourront alors lui reprocher de s’écarter de sa mission première de garant du bon ordre et de la discipline !

Expert du transversal

Certes, le CPE n’est pas spécialiste d’une discipline, mais il est toutefois expert en transversalité par l’enseignement, qu’il dispense quotidiennement aux élèves, des notions de citoyenneté, de responsabilisation, d’autonomie, de respect, d’éducation à la santé, de représentation mais aussi de démocratie... Pourtant le cloisonnement entre l’enseignement et la sphère éducative est parfois encore si pesant ! Et trente ans après sa disparition, l’ombre du surveillant général plane encore sur plus d’une vie scolaire.
Si les missions du CPE ont évolué, la représentation du métier reste encore bien floue : CPE garant de l’ordre ? Éducateur ? Pédagogue ?... Et si c’était un peu tout cela ? On note une certaine difficulté à articuler le temps classe et le temps hors cours.
Pourtant, on voit ici et là des actions réussies qui témoignent d’une réelle osmose entre le « périphérique » (la vie scolaire, la cour, les intercours...) et ce qui est parfois perçu comme « l’essentiel » : l’enseignement.

Une expérience d’« étude tutorée »

C’est une expérience vécue dans un collège semi rural du Sud-est à Aramon, dans le Gard. (Peut-être nous avez-vous entendu parler d’Aramon lors des inondations de septembre 2002 aux cours desquelles nous avons été sinistrés...)
Après avoir établi un constat plutôt attristant sur l’heure d’étude, nous nous sommes attachés en équipe (vie scolaire, enseignants, direction) à donner davantage de sens et de contenu au temps hors cours afin d’en finir avec l’archétype de l’étude synonyme de chahut, d’indiscipline, de conflit, de répression, mais aussi d’ennui et de perte de temps. Tout d’abord, nous avons proposé aux élèves un éventail d’activités diversifiées durant la dernière heure de la journée : clubs, ateliers débat autour d’un film ou d’un livre, plein air, tutorat, activités sportives, étude classique... Cette gestion plus active du temps hors classe s’inscrit dans le cadre du projet vie scolaire et plus globalement du projet d’établissement et a permis par ailleurs de consolider l’équipe, de valoriser le travail de chacun et de conférer ainsi à la vie scolaire toute sa dimension éducative.

Perm ou temps éducatif ?

Notons que l’heure d’étude est souvent communément baptisée heure de permanence ou perm, nous lui préférerons les termes « temps éducatif » ou « heure éducative ». Permanence a, nous semble-t-il une connotation un peu négative, elle réfère au temps statique où l’élève n’est pas pris en temps qu’acteur, la perm renvoie au sens militaire : le soldat qui part en perm comme si l’élève devait se libérer du carcan de l’école. La sémantique pèse donc aussi sur la réalité de ce temps hors classe. L’étude tutorée contribue à la réussite de l’élève en l’amenant à chaque moment de sa scolarité, et même dans les situations d’échec, à devenir acteur.
Cette étude s’adresse donc, dans un premier temps, à de petits groupes d’élèves en difficulté (quatre ou cinq par séance) proposés par leurs professeurs. Elle repose sur la notion de contrat entre l’élève, les tuteurs et leurs parents. C’est avant tout un lieu de remise à niveau en français et mathématiques - nous élargirons probablement dès l’an prochain à d’autres disciplines -, nous pourrons même envisager à l’avenir un accès libre au centre de ressources d’autoformation.

Les tuteurs

L’encadrement est assuré par des tuteurs : surveillants et aides éducateurs volontaires, ayant participé activement à la réalisation du projet, et des tuteurs élèves, volontaires également, cooptés par les enseignants. La prise en charge et le suivi de l’élève sont individualisés, les contrats, établis par les enseignants, fixent la durée (nombre de séances) et les contenus sous forme de plans de travail.
Les outils de formation sont adaptés à la pédagogie active de l’autoformation assistée pratiquée durant ces séances. Le tuteur sert donc de guide dans l’accès aux documents, dans la méthodologie et dans l’aide à la recherche de solutions. Les exercices sont auto correctifs. Cette pédagogie modifie bien sûr le rapport de l’élève au savoir ainsi que la relation enseignant enseigné.
Ce projet a permis un réel travail coopératif au sein de la vie scolaire il a favorisé les échanges avec les enseignants dans le cadre des réunions depuis la conception du projet jusqu’à sa réalisation, lors des rencontres de bilans mais aussi dans la mise en place du centre de ressources.
L’expérience est enrichissante pour chacun : élèves fréquentant l’étude tutorée, tuteurs élèves tuteurs professeurs, CPE car il n’existe aucune confusion des rôles. L’enseignant demeure le spécialiste de sa discipline, il propose les plans de travail et oriente les élèves vers l’étude tutorée, il évalue le travail fourni pendant la durée des contrats et contribue en collaboration avec l’équipe vie scolaire à la veille pédagogique du centre de ressources. Les tuteurs, eux par leur intervention en tant que guides contribuent à une meilleure socialisation de l’élève. Ils le conduisent à une plus large autonomie et le responsabilisent. Grâce à la pédagogie de l’autoformation et au tutorat assuré par les pairs, l’image de l’élève en difficulté est restaurée. De plus, au travers de cette action, on perçoit mieux encore le possible trait d’union entre pédagogie et vie scolaire. Chaque CPE peut bien sûr trouver d’autres liens possibles : formation des délégués élèves, formation des personnels vie scolaire, animation de séances d’heures de vie de classe, tutelle de CPE stagiaires, actions concertées autour du projet personnel de l’élève, etc.

Le rapprochement entre les deux sphères n’est pas toujours simple : il est fonction des individualités, de la dynamique des équipes, du contexte de l’établissement et de son histoire. On ne doit pourtant pas se retrancher derrière des difficultés alors qu’on sait que le mariage entre les pôles éducatif et pédagogique confère au métier de CPE tout son sens et lui permet d’assurer un meilleur suivi de l’élève grâce à la connaissance distancée et globale du jeune, tout en s’appuyant, entouré de l’équipe vie scolaire, sur les compétences des spécialistes que sont les enseignants.

Frédérique Idrissi, CPE Collège d’Aramon (Gard)- Formatrice à IUFM de Nîmes - Coauteur du Guide pratique du CPE (Édition Weka)


 Les Cahiers pédagogiques sont une revue associative. Pour nous permettre de continuer à la publier, achetez-la, abonnez-vous et adhérez au CRAP.


  • Dans la même rubrique

  • Bibliographie commentée
  • N° 556 - Sujets à émotions

    Les émotions à l’école
  • N° 556 - Sujets à émotions

    Toute la gamme
  • N° 556 - Sujets à émotions

    Faire le programme ou s’occuper des émotions ?
  • N° 556 - Sujets à émotions

    Arrête de te plaindre et dépêche-toi !
  • N° 555 - Droits des enfants, droits des élèves

    Droit à la santé des élèves : les textes et les actes
  • N° 555 - Droits des enfants, droits des élèves

    Vivre les droits de l’enfant à l’école, ça s’apprend ensemble
  • N° 555 - Droits des enfants, droits des élèves

    « S’élever à la hauteur de leurs sentiments »
  • N° 555 - Droits des enfants, droits des élèves

    Le rôle de la Défenseure des enfants
  • N° 555 - Droits des enfants, droits des élèves

    Le texte de la Convention