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Exposition

À la Découverte, « De l’amour »

Entretien avec Astrid Aron

17 octobre 2019

Avant la fermeture pour rénovation pendant quatre ans du Palais de la Découverte, on peut y amener sa classe visiter une formidable exposition intitulée « De l’amour » (clin d’œil littéraire à Stendhal) qui, au vu des réactions des lycéens rencontrés le jour de l’ouverture, devrait rencontrer un grand intérêt chez les jeunes (et les moins jeunes).
Alors que les Cahiers s’apprêtent, au printemps prochain, à publier un dossier sur l’éducation à la sexualité, nous avons voulu échanger avec une des commissaires de l’exposition, Astrid Aron, en attendant des échos de visites et de réactions qui trouveront sans doute leur place dans le futur dossier.


Qu’est-ce qui peut amener un enseignant à visiter l’exposition avec ses élèves ?
Ce que nous avons voulu, c’est aborder la notion d’amour dans toutes ses dimensions et de ce fait, cela va bien au-delà du cours de SVT (Sciences de la vie et de la Terre). L’exposition se décline autour de quatre acceptions du terme amour à partir des mots grecs : agapè, philia, storgè et bien sûr éros. On aborde donc aussi bien l’amour filial ou maternel, l’amitié, les relations sociales. Objets, dioramas, sons, poèmes, citations en tous genres, éclairent l’amour au prisme de ces quatre mots.

Le premier espace, « la galerie des attachements », est très culturel. On y montre combien l’amour est à la fois universel et très particulier à chaque individu. Sont convoqués la peinture, la littérature, le cinéma, pour nous offrir un panorama attirant et qui peut donner lieu à de multiples exploitations pédagogiques. Ce peut être l’occasion de présenter la poésie contemporaine et classique autour de l’amour. Et de permettre une réflexion sur le sens des mots sachant qu’en fin d’exposition on peut fabriquer son calligramme, un hommage à Apollinaire. La poésie : un moteur de l’amour ?

Une bibliothèque accueille les élèves, elle permet de montrer comment les livres ont été de magnifiques ambassadeurs de l’amour, et ce depuis le début de l’écriture. Des citations interviennent aussi dans le parcours comme des ponctuations dans une réflexion amoureuse.

Cinq contes permettent de montrer l’universalité de l’amour et la singularité des cultures.

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Enfin, des dioramas citent quelques exemples autour des chefs d’œuvre de la littérature (Stendhal, Primo Levi, Proust, Marivaux…).

La partie scientifique permet de comprendre ce qui est en jeu dans les différentes dimensions de l’amour : les molécules, hormones ou neurotransmetteurs, sont actives dans différents types de relations. Savoir relier telle émotion à un support biologique n’est en rien réducteur, mais aidera chacun à mieux comprendre ce qui se passe quand on « aime ». L’exposition a bénéficié d’un partenariat scientifique avec le Centre interfacultaire des sciences affectives de Genève, qui étudie notamment ces supports biologiques de l’amour ainsi que les régions du cerveau impliquées. La sociologie est également sollicitée et l’exposition s’est construite en collaboration avec l’Institut national d’études démographiques (INED).

Que peuvent dire ces enseignants accompagnateurs pour « rassurer » d’éventuelles familles réticentes vu le sujet ?
Il faut surtout dire qu’il ne s’agit pas d’une exposition sur la seule sexualité et que les choses sont abordées avec tact et pudeur, grâce à la symbolisation et l’évocation souvent poétique (les extraits de roman, les poèmes, mais aussi les innombrables chansons d’amour). Et dans le même temps, il faut sans doute montrer les liens avec les programmes scolaires, y compris en EMC (Enseignement moral et civique) : respect de l’autre, réflexion très actuelle sur le « consentement ». Nous proposons en fait un outil pour réfléchir à une question qui concerne tant les adolescents, mais avec un grand respect (des orientations sexuelles, par exemple).

Donc, il faut aller voir l’expo, même si l’on n’est pas enseignant de SVT ?
Oui, et comme je l’ai dit, la dimension littéraire et artistique est très importante. Après tout, au lycée, le thème de l’amour est présent dans une grande partie des œuvres qu’on étudie. On insiste aussi beaucoup sur la dimension langagière, sous diverses formes, y compris la langue des SMS (messages de déclaration amoureuse, de rupture, etc.) ou les expressions crues parfois surprenantes et qui dénotent une belle créativité ! Les élèves peuvent aussi pratiquer des jeux de rôle ou écrire des calligrammes. Ajoutons par exemple des aspects particuliers qui peuvent intéresser les professeurs d’Histoire, comme les phénomènes traumatiques post-guerres à travers une partie sur la théorie de l’attachement découverte dans le contexte très particulier de l’après Seconde Guerre mondiale.

Si l’exposition peut être vue dès la quatrième, elle peut être occasion d’approfondissement pour des lycéens : on peut aussi inscrire sa classe pour un exposé qui aborde une thématique telle que « ce qui se passe dans le cerveau ».
Qu’est-ce qui est proposé au-delà de la visite (en amont pour la préparer, en aval pour l’exploiter, sur place -exposés…

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Et par la suite, l’exposition a-t-elle vocation à circuler ?
Le site internet propose un parcours de visite et un dossier pédagogique guidera l’accompagnateur. L’exposition est conçue ensuite pour circuler au-delà de Paris. On peut aussi se procurer le beau livre édité par Actes sud et qui propose, comme l’exposition, plusieurs regards disciplinaires illustrés sur l’amour ainsi qu’un livret de textes littéraires.

Propos recueillis par Jean-Michel Zakhartchouk


Pour en savoir plus :
Le site de l’exposition, qui se tient jusqu’au 30 aout 2020, avec des ressources pédagogiques en ligne.

Bientôt sur la librairie

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Sujets à émotions
Parution le 25 octobre prochain.


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