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À l’école des dispositifs

Revue Diversité (Canopé), n°190, janvier 2018. Dossier coordonné par Régis Guyon

12 février 2018

Qu’est-ce qu’un « dispositif » dans l’Education nationale ? Sa définition reste floue, mais on sait qu’ils prolifèrent depuis un certain nombre d’années, on dit parfois qu’ils s’empilent, et on constate que beaucoup sont abandonnés plus ou moins officiellement et remplacés par d’autres sans qu’on ait vraiment évalué leurs effets. Ce dossier est donc précieux pour y voir plus clair et pour mieux poser la question de la pertinence ou non de ces dispositifs. L’axe central semble être la question : s’agit-il de palliatifs, d’alibis, qui permettent de « changer » (un peu) par ne pas changer (le système) ou de « marges qui réiinvetent la forme scolaire » selon une expression utilisée par Régis Guyon dans la présentation du dossier ?

Pour y répondre, d’abord trois entretiens passionnants. Anne Barrère suggère que les dispositifs « se justifient par l’idée qu’il faut agir sur des difficultés insolubles sans eux », le problème étant de savoir si c’est vraiment toujours le cas. D’où l’intérêt de la typologie des dispositifs qu’elle propose et des distinctions qu’elle opère entre projets et dispositifs, posant également la question de la durée et de l’évaluation de ces dispositifs. L’évaluation, il en est question dans l’entretien avec Dominique Glasman qui insiste sur l’importance du qualitatif et montre combien parfois ce qui marche dans un certain contexte ne peut s’étendre à un public plus large sans se dénaturer. Quant au sociologue Sylvain Broccolichi, il insiste sur la nécessité d’accompagner les enseignants, parfois lassés par l’accumulation de dispositifs (et souvent la paperasserie qui va avec, notamment dans le cas d’élèves à besoins particuliers). Pour ce chercheur, il faut « créer les conditions qui permettraient aux enseignants de s’approprier effectivement ces dispositifs comme des outils de travail au service d’objectifs professionnels », ce qui est encore loin d’être le cas.

Le dossier ensuite se décline en trois grandes parties. La première tente de répondre donc à la question « qu’est- ce qu’un dispositif ? » On notera la très stimulante contribution de Roger-François Gauthier intitulée malicieusement « Un Mammouth, un dispositif, un curriculum » et qui montre les contradictions qui peuvent exister entre la mise en place de dispositifs spécifiques et un fonctionnement d’une école inclusive qui n’aurait pas forcément besoin d’autant de dispositifs hors classe ou hors établissement ordinaire. Mais d’un autre côté, il ne faut pas décourager les dispositifs qui peuvent être des leviers d’un « apprendre autrement » sans quoi on peut revenir à une école qui ne savait pas y faire appel et même s’y refusait (cf. les résistances initiales à la notion d’éducation prioritaire). La conclusion : sans doute « banaliser les dispositifs », faire d’eux un élément parmi d’autres d’une école davantage tourné vers la réussite de tous, à travers les curriculums et le socle commun. Dans cette première partie, les contributions d’acteurs de la lutte contre le décrochage (ou pour le raccrochage plutôt) sont un autre élément de réponse à la question définitoire du dispositif.

Dans la seconde partie sont présentés plusieurs dispositifs de lutte contre les inégalités. Philippe Tremblay montre tout l’intérêt du co-enseignement, ce qui est confirmé par le témoignage d’un chef d’établissement Julien Maraval. Marie Toullec-Théry montre les promesses d’un dispositif hélas en voie d’extinction, le fameux PDMQC (plus de maitres que de classes) et Julien Netter analyse le fonctionnement de dispositifs dans le primaire à travers le fonctionnement d’un atelier théâtral, analyse sévère qui offre assez peu de perspectives, comme c’est parfois le cas des regards sociologiques portés par des membres de l’équipe ESCOL, ce qui met un peu mal à l’aise.

Dans la dernière partie, diverses pratiques sont présentées qu vont de témoignages sur un dispositif passerelle pour enfants allophones à des actions pour améliorer le climat scolaire (quelque peu à la marge du thème du dossier), en passant par un exemple de scolarisation sous contrôle judiciaire ou de travail avec les Gens du Voyage. Ce qui montre bien l’extension de cette notion très englobante de « dispositif ».

Jean-Michel Zakhartchouk