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N°472 - Dossier "Les sciences économiques et sociales"

40 ans de bacheliers ES

Des témoignages d’anciens élèves de la série B et ES - Synthèse réalisée par Pierre Maura

À partir des témoignages d’anciens élèves de la série B et ES, recueillis sur le site de l’APSES, Pierre Maura montre la pluralité des parcours suivis et nous livre des extraits de récits où les anciens élèves racontent leur série ES.

Que sont-ils devenus ? Qu’est ce que la filière B (ES depuis 1994) leur a apporté ? L’Association des Professeurs de Sciences Economiques et Sociales a proposé aux anciens bacheliers ES de témoigner sur son site Internet. En quelques mois l’association a recueilli plus de 400 commentaires, révélant la pluralité des parcours empruntés par les titulaires de ce bac qui mène à tout. Ingénieur, assistante sociale, consultant, énarque ou avocat... ils racontent leur filière ES.

De la PME à la grande entreprise

Rémy, ingénieur et gérant de PME, a obtenu son bac en 2000. Il affirme que la filière ES lui a appris « le plus important » : « penser par moi même, sans ethnocentrisme ni dogme vis à vis du monde qui m’entoure. Ces outils de lecture ainsi que le vocabulaire et les concepts de base, en particulier en économie, sont essentiels pour analyser le fonctionnement du pouvoir, l’économie de marché, l’organisation et la mobilité sociale, le rôle des politiques, comment se forme nos choix, nos normes et valeurs. »

Pour Virginie, bachelière 2001, le Bac ES a été « le bon compromis. » Ni littéraire, ni scientifique, elle ne pense pas qu’elle aurait pu décrocher son bac si la filière ES n’avait pas existé. Après un DUT gestion logistique et transport, puis une licence de gestion de la production industrielle, elle est aujourd’hui assistante logistique dans une entreprise de 400 salariés.

Marine, directrice clientèle d’une agence de communication, a passé son bac B en 1994. Après une maîtrise d’économie, elle obtient le DEA « Marketing et Stratégie d’entreprise » délivré conjointement par l’Université Panthéon-Assas Paris II et l’Ecole Supérieure de Commerce de Paris. 15 ans plus tard, elle reconnait les apports de la filière ES : « [elle] m’a vraiment aidée à aborder les sujets économiques et sociaux avec une ouverture d’esprit, une rigueur, une réflexion 360° sur ce monde, cette société où les relations sont tellement complexes et imbriquées. Je n’ai pas galéré dans mes études, ni dans ma recherche d’emploi, j’ai choisi un parcours professionnel très axé sur le relationnel client, les problématiques stratégiques de communication de marque. Pour moi, la filière ES m’a préparée aussi bien dans la méthode que dans la réflexion. »

Pour Eric, lui aussi passé par « Sup de Co », c’est l’équilibre de la filière ES qui fait sa force. Alors qu’il n’avait aucun projet à son entrée en 1ère, les SES vont lui permettre de s’intéresser aux problématiques commerciales. En IUT il va « apprécier tout l’apport de son bac ES, particulièrement en économie, mais également d’un point de vue de culture générale et d’ouverture d’esprit (ni que matheux, ni que littéraire) ». Il est aujourd’hui ingénieur commercial dans un grand groupe informatique (40 000 salariés), à la tête d’un service d’une trentaine de personnes, et travaille dans un environnement international, avec des équipes du monde entier : « heureusement que les langues ont toujours pris une part prépondérante dans mon parcours scolaire avec deux langues obligatoire tout le long de ma scolarité et des coefficients (notamment au bac) qui imposent de bien travailler ces matières. » Eric « aime sa boîte », et son passage par la filière ES ne semble pas étrangère à cela : « Je pense que mes deux années en ES m’ont réellement ouvert l’esprit et que c’est en partie grâce à elles que je peux aujourd’hui m’épanouir dans mon travail. »

À tous les échelons de la fonction publique
Dans le secteur public comme dans le secteur privé, on retrouve des bacheliers ES heureux de leur orientation.

Ainsi pour Guillaume, inspecteur du Trésor Public, « la rigueur exigée par les cours de sciences économiques et sociales lui a été utile durant ses études de droit, mais également dans sa profession actuelle. » Bien préparé pour l’enseignement supérieur, mais également mieux armé pour comprendre l’actualité politique, économique et sociale. Pour Guillaume « la filière ES a permis d’avoir les bases nécessaires pour appréhender les débats sur ces questions, souvent présentées de façon simpliste par les médias. »

Pour Séverine, attachée territoriale, la filière ES lui a permis d’acquérir de solides bases en culture générale du fait de la diversité des matières enseignées. « Cela s’est révélé très précieux, notamment durant mes études supérieures en Institut d’Etudes Politiques (ce sont mes bases en économie et sociologie qui m’ont permis d’obtenir le concours) ». Nadège, également attachée territoriale, rejoint sa collègue sur son constat : « j’estime que cette filière devrait être la plus valorisée étant donné son absence de spécialisation à outrance à laquelle se livrent les filières S et L. Le cursus ES me paraît le mieux adapté aux débouchés actuels. » Et de poursuivre sur la question de méthodes et des programmes : « j’ai acquis une méthode de travail rigoureuse et intelligente. La présence importante des dissertations m’a contraint à l’esprit démonstratif et logique que je maîtrisais peu. Mes connaissances se sont accrues par la qualité du programme et sa pertinence au regard de la société. »

La filière ES peut ainsi s’enorgueillir de la diversité des parcours suivis pas ses bacheliers mais également par l’excellence de certains d’entre eux. Deux élèves de la promotion Aristide Briand de l’Ecole Nationale d’Administration ont témoigné leur attachement à leur filière d’origine : « Les enseignements étaient corrélés aux sujets de tous les jours : l’économie, l’emploi, les richesses ; les journaux commençaient alors à plus me parler, grâce à cet enseignement qui nous conduisait aussi, ce faisant, vers la citoyenneté, vers le monde adulte, d’une manière plus concrète qu’aucun autre. »

La filière ES ouvre des portes très diverses dans les cursus de l’enseignement supérieur. Le bac B de Sandrine lui a permis « de faire une école d’assistante sociale proposant un double cursus (diplôme d’état et licence AES) ». Elle a « pu poursuivre en maitrise AES et faire également un DEUG de droit ce qui dans [sa] profession [lui] donne des connaissances supplémentaires et [lui] permet une évolution de carrière plus ouverte. »

Encore quelques exemples...

Un consultant
On note parmi les 400 témoignages quelques salatiés d’Ernst&Young ou encore de CapGemini Consulting. Emmanuel, consultant à Paris, avait le choix entre la filière S et la filière ES dans « un lycée parisien reconnu » : « j’ai préféré me tourner vers la voie ES. Les professeurs ont insisté, y compris jusqu’à la fin du premier trimestre de 1ère, pour que je passe en S : rien n’y a fait. Aujourd’hui je ne regrette pas ce choix. Après une prépa HEC à Carnot (Paris 17e) et l’EDHEC, je constate encore combien les lycéens passés par la voie ES sont plus ouverts sur le monde grâce à leur études d’économie et de sociologie. » Au procès en idéologie fait à l’enseignement de SES, il répond : « L’enseignement de sciences sociales en voie ES n’est pas crypto-marxiste ou gauchisant : il s’agit de présenter les diverses théories avec leurs limites intrinsèques. La plupart des élèves y ont ainsi bâti leur propre perspective politique, parfois différentes (dans un sens ou dans l’autre) de celle de leur environnement social, mais toujours plus approfondie. »

Une avocate
Marjorie, avocate dans un cabinet anglais, a passé son bac ES en 1997. « Même si j’aime beaucoup les lettres et la littérature, la filière littéraire ne répondait pas à mes attentes, je voulais suivre une formation plus concrète et plus collée à la réalité politique et économique de mon pays. Il était important pour moi d’apprendre à comprendre ce qui se passait autour de moi et de pouvoir m’impliquer dans ma vie de jeune citoyenne. (...)Les mathématiques ne sont pas oubliées dans cette formation et adaptées à l’orientation choisie (je pense notamment à l’étude approfondie des probabilités). Ceci m’a été d‘autant plus utile que j’ai suivi une formation de fiscaliste. En résumé, la filière ES n’est pas une filière hybride mais une formation à part entière qui est la plus à même de préparer les futurs étudiants en droit, commerce, sciences politiques, économie. »

Un conseiller en gestion de patrimoine
Tout comme Marjorie, Grégory a obtenu son bac en 1997 : « J’ai intégré par la suite l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne en Economie et gestion option gestion. Après plusieurs années d’études, j’ai choisi d’entrer directement dans le marché du travail en intégrant LCL - Le Crédit Lyonnais. Je suis actuellement conseiller en gestion de patrimoine adjoint au directeur d’une agence. Les SES m’ont apportées une connaissance directe des rouages de l’économie. Mon avis sur cette filière est assez simple : Il s’agit certainement d’une des plus difficiles mais une des plus complètes. Je ne regrette absolument pas le choix que j’ai fait en fin de seconde et qui m’a permis d’être ce que je suis aujourd’hui. En une phrase : N’abandonnons pas la filière ES ! »


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